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Le pétrole s'envole, le pouvoir iranien mobilise ses partisans
La guerre au Moyen-Orient nourrit lundi une flambée des prix pétroliers, l'Iran menant de nouvelles attaques chez ses voisins du Golfe, au lendemain de la désignation de Mojtaba Khamenei pour succéder au poste de guide suprême à son père, tué dans les frappes américano-israéliennes.
A Téhéran, le pouvoir et ses partisans ont affiché leur détermination, en dépit du pilonnage du pays depuis 10 jours.
"Dieu est grand", "Mort à l’Amérique", "Mort à Israël", ont scandé lundi des milliers d'Iraniennes et d'Iraniens, vêtus de noir, sur une place centrale de Téhéran, lors d'un rassemblement organisé en soutien au nouveau dirigeant de 56 ans, proche des Gardiens de la Révolution, l'armée idéologique de la République islamique.
Il n'est pas encore apparu publiquement, alors qu'Israël l'a déjà désigné comme "une cible", et que Donald Trump a prédit qu'un nouveau dirigeant iranien ne tiendrait "pas longtemps" sans son aval.
Sa désignation "a réduit au désespoir les ennemis hostiles et bellicistes" de l'Iran, a déclaré sur X le chef du Conseil suprême de sécurité nationale iranien, Ali Larijani.
Dans le même temps, l'Iran poursuit ses bombardements du territoire israélien, en riposte à l'attaque israélo-américaine lancée le 28 février, mais aussi des infrastructures pétrolières et des installations américaines se trouvant dans les pays du Golfe.
L'embrasement du Moyen-Orient entraîne une flambée des cours de l'or noir qui, si elle se prolonge, pourrait plomber l'économie mondiale et nourrir l'inflation.
- Ormuz restera dangereux -
Vers 13H40 GMT, le baril de Brent grimpait toujours de 10,09% à 102,04 dollars, et le WTI américain de 9,51%, à 100,40 dollars. Les Bourses étaient elles en conséquence en baisse, même si la chute était mesurée lundi.
L'envolée des prix des hydrocarbures provoque un "retour des pressions inflationnistes", ce qui est "l'un des principaux sujets d'inquiétude" des marchés, explique John Plassard, responsable de la stratégie d'investissement chez Cité Gestion Private Bank.
Une frappe a encore provoqué un incendie dans le complexe de raffinage d'Al-Maameer, à Bahreïn, selon un média d'Etat. Et l'Arabie saoudite a dû intercepter des drones visant le gisement de pétrole de Shaybah (sud-est), déjà attaqué dimanche.
Ce type d'attaques, associé au blocage du détroit d'Ormuz par lequel transite un cinquième de la production mondiale de pétrole et de gaz naturel liquéfié (GNL), ont poussé le baril au-dessus de 100 dollars.
Le détroit d'Ormuz restera impraticable, tant que la guerre durera, a averti Ali Larijani sur X.
Le chef de la diplomatie américaine, Marco Rubio, a accusé l'Iran lundi de chercher à "prendre le monde en otage", tout en assurant qu'Américains et Israëliens étaient en "bonne voie" de "détruire" la capacité de l'Iran à agir ainsi.
De son côté, le président français Emmanuel Macron a affirmé lundi à Chypre préparer une future mission internationale "purement défensive" pour "rouvrir" le détroit d'Ormuz.
Les ministres des Finances du G7, réunis dans la journée, ont décidé de ne pas puiser dans l'immédiat dans les réserves stratégiques de pétrole, indiquant néanmoins y être "prêts".
Et à Bruxelles, la Commission européenne a assuré qu'il n'y avait pas de risque de "pénurie imminente" de pétrole.
- "Petit prix", selon Trump -
Quant à Donald Trump, il considère que la guerre et ses conséquences sont un "tout petit prix à payer pour la paix et la sécurité". S'il souhaite la chute du pouvoir iranien, Washington affiche comme objectif de détruire les capacités balistiques du pays et l'empêcher de se doter de la bombe atomique - une intention que Téhéran dément avoir.
A plusieurs milliers de km de l'Iran, au Liban, le Hezbollah pro-iranien a prêté allégeance lundi au nouveau guide suprême. Le président libanais, Joseph Aoun, a accusé le mouvement chiite de vouloir provoquer la fin du Liban pour le compte de Téhéran.
Car en parallèle Israël pilonne sans relâche son voisin, depuis que la formation libanaise a entraîné le pays dans la guerre le 2 mars, avec une frappe sur le territoire israélien. Près de 400 personnes ont depuis été tuées au Liban par les frappes israéliennes, et plus d'un demi-million déplacées, selon les autorités.
Lundi matin, l'armée israélienne a mené plusieurs frappes sur des succursales de la société financière Al-Qard Al-Hassan dans la banlieue sud de Beyrouth, bastion du Hezbollah, après avoir renouvelé son appel à la population à évacuer. Le Hezbollah a lui revendiqué des tirs sur le nord d'Israël.
A l'étranger, le président russe Vladimir Poutine, allié de Téhéran, a assuré Mojtaba Khamenei de son "soutien indéfectible".
Pékin s'est limité à décrire une décision "conforme" à la Constitution iranienne.
Dans la nuit, l'armée israélienne a annoncé des frappes en Iran visant des bases de lancement de missiles, des centres de commandement, une usine de moteurs de fusées. Avant faire état d'une attaque "de grande ampleur" sur Téhéran, Ispahan (centre) et le sud du pays.
Des infrastructures pétrolières iraniennes ont aussi été visées par des frappes israélo-américaines. Des dépôts de carburant à Téhéran ont été touchés, provoquant des incendies qui ont plongé dimanche la capitale dans une obscurité apocalyptique.
"L'air est devenu irrespirable", a témoigné une habitante jointe par téléphone depuis Paris dénonçant des frappes destinées à "nous rendre encore plus pauvres que nous ne le sommes déjà".
Un drone iranien a blessé aussi 32 civils, dont quatre grièvement, à Sitra, à Bahreïn, selon le ministère de la Santé.
Un deuxième missile tiré depuis l'Iran a été détruit par l'Otan dans l'espace aérien turc, a annoncé Ankara. Le président turc, Recep Tayyip Erdogan, a fustigé des actions "extrêmement inappropriées et provocatrices" qui mettent "en péril l'amitié" entre les deux pays.
burx-dla-alf/cab
D.Schlegel--VB