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De la maison de campagne à la mairie, les propriétaires de résidences secondaires s'immiscent dans les municipales
Un sentiment de ras-le-bol, mais avec vue sur mer. Dans certaines communes touristiques où se loger est de plus en plus difficile, les propriétaires de résidences secondaires se rebiffent contre une majoration de leur taxe d'habitation et tentent de peser sur les élections municipales.
Domiciliés ailleurs que dans leur commune de villégiature, ces résidents occasionnels n'y votent pas, mais sont soumis aux décisions du conseil municipal qui peut, dans les zones jugées tendues en matière de logement, majorer la taxe d'habitation sur les résidences secondaires, jusqu'à +60% de la part communale.
"Je ne connais pas une taxe qui soit imposée à des personnes qui n'ont pas pu choisir l'élu qui impose cela", attaque Bernard Olivier, à la tête d'un collectif de propriétaires de résidences secondaires à Argelès-sur-Mer, dans les Pyrénées-Orientales.
Dans les zones touristiques, la multiplication des résidences secondaires et locations saisonnières contribue à faire grimper les prix immobiliers, éloignant les travailleurs locaux qui peinent à se loger toute l'année.
Mireille Sertout, présidente d'une fédération de résidents de stations de montagne, conseille à ses adhérents "d'inscrire au moins une personne par foyer sur la liste électorale" de la commune de villégiature, pour "être visible" et avoir un droit de vote.
Consigne appliquée à Argelès-sur-Mer, où Bernard Olivier estime que 700 résidents occasionnels se sont inscrits sur les listes électorales de la commune d'un peu plus de 10.000 habitants, motivés par le rejet de la surtaxe.
Des collectifs se sont créés et se mobilisent dans "plusieurs dizaines de communes", selon lui. "Il y a un ras-le-bol partout", confirme Mireille Sertout qui a organisé une réunion en décembre à Paris, où étaient conviés des collectifs de localités de montagne et du littoral.
Certains propriétaires sont prêts à aller encore plus loin et à se porter candidat à l'élection de leur commune de vacances.
- Pas de "matraquage" -
Sur la Côte d'Opale, Merlimont (Pas-de-Calais) compte 70% de résidences secondaires parmi ses 5.000 logements et constitue un "joyau" avec ses zones naturelles protégées et ses quartiers pavillonnaires, selon sa maire Mary Bonvoisin, qui brigue un troisième mandat à la tête de la commune de 3.400 habitants permanents.
Une liste concurrente avait été constituée par Thierry Pamart, qui détient une résidence secondaire depuis 30 ans, dans laquelle il s'est installé à son départ en retraite, il y a trois ans.
Il s'est retiré, pour raisons de santé, au profit d'Alain Boulanger, habitant de la commune depuis 31 ans et nouvelle tête de la liste, composée à 30% de propriétaires de résidences secondaires, dont la plupart prévoit de s'installer à Merlimont dans les prochaines années.
Son programme prévoit de "baisser progressivement la majoration de la taxe d'habitation" sur les résidences secondaires en fonction de l'endettement de la commune, et d'autres mesures autour des services publics et du logement des travailleurs saisonniers.
La maire sortante assure n'avoir "rien contre les résidences secondaires, au contraire. Mais si on a été classé en zone tendue c'est bien qu'il y a un vrai déséquilibre" dans l'accès au logement.
Elle défend son choix de majoration de la taxe d'habitation: "beaucoup de résidences secondaires sont fermées toute l'année. Si les propriétaires voient une hausse de la taxe, ils vont peut-être se poser la question de quoi faire de ce logement: le mettre en location, le rénover, le vendre".
La surtaxe représente "en moyenne 168 euros par résidence secondaire" à Merlimont, rappelle Mary Bonvoisin. "Les propriétaires ne sont pas matraqués fiscalement".
"On finance la collectivité alors qu'on représente moins de dépenses car on est moins là", estime de son côté Bernard Olivier, qui s'était aussi lancé dans la course aux municipales à Argelès-sur-Mer, avant de se rallier à une autre candidate.
Faux, pour Jean-Paul Lebas, du collectif national des habitants permanents. "Les résidences secondaires coûtent cher à la collectivité qui doit dimensionner ses infrastructures à un niveau nettement supérieur à sa population".
Où il vit, à Lège-Cap-Ferret (Gironde), "on passe de 8.000 habitants permanents à 100.000 personnes en été. En termes de gestion des eaux usées, par exemple, c'est très important" et cela "légitime la surtaxe" selon lui.
"Ce mouvement des résidences secondaires n'est pas légitime, c'est une réaction égoïste d'enfants gâtés", assène Jean-Paul Lebas.
A.Ruegg--VB