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Frappes en Iran: le pétrole flambe et dépasse brièvement 80 dollars le baril
Les prix du pétrole ont flambé lundi, dépassant brièvement 80 dollars le baril avant de modérer leurs gains, le conflit engagé par des frappes américaines et israéliennes contre l'Iran faisant redouter des perturbations de l'offre de brut, alors que les investisseurs s'interrogent sur l'évolution de la crise.
Vers 06H30 GMT, le baril de Brent de la mer du Nord s'envolait de 7,56% à 78,37 dollars. Il avait ouvert à plus de 82 dollars, après le week-end. Le baril de WTI nord-américain gagnait, lui, 7,21% à 71,82 dollars.
Le Brent, référence internationale de l'or noir, avait déjà progressivement intégré une prime de risque géopolitique pour s'afficher à 72 dollars vendredi, loin des 61 dollars du début d'année.
Suite à l'attaque de deux navires dimanche au large des Emirats arabes unis et d'Oman, l'Organisation maritime internationale (OMI) a appelé les compagnies maritimes à "éviter" la région. Le prix des assurances devient prohibitif, et les principales compagnies ont confirmé suspendre leur passage.
Conséquence: le transport maritime via le détroit d'Ormuz, par où transite quelque 20% de la consommation mondiale de pétrole (environ 20 millions de barils par jour), est de facto suspendu.
En théorie, les pays importateurs de pétrole disposent de réserves, les membres de l'OCDE devant maintenir 90 jours de stocks.
Mais "en cas d'interruption prolongée des livraisons via Ormuz, le pétrole brut pourrait rapidement grimper jusqu'à 100 dollars le baril (...) notamment en cas d'attaques contre les installations pétrolières dans la région", prévient Eurasia Group.
La dernière fois que les prix du brut ont dépassé 100 dollars, c'était au début de la guerre en Ukraine, à l'unisson des prix du gaz, contribuant à un cycle inflationniste prolongé.
-L'Asie touchée-
Réagissant au conflit, l'Arabie saoudite, la Russie et six autres membres de l'alliance de pays exportateurs Opep+ ont augmenté dimanche leurs quotas de production de 206.000 barils par jour pour le mois d'avril.
"Même sans arrêt total de la production, la hausse des primes liées au conflit, les modifications d'itinéraires et la réévaluation des assurances peuvent maintenir les coûts du pétrole et du fret à un niveau élevé", observe cependant Charu Chanana, de Saxo Markets.
Certes, des "infrastructures alternatives au Moyen-Orient peuvent être utilisées pour contourner les flux transitant par le détroit, mais l'impact net demeure une perte effective de 8 à 10 millions de barils d'offre de brut", complète Jorge Leon, analyste chez Rystad Energy.
L'Iran lui-même figure parmi les dix plus grands producteurs mondiaux avec environ 3,1 millions de barils/jour: des frappes sur ses infrastructures pourraient avoir des conséquences durables.
Dans l'immédiat, les raffineurs chinois seraient particulièrement touchés par une perturbation prolongée des approvisionnements en pétrole iranien, dont ils achètent la très grande majorité --l'Iran représente environ 13% des importations chinoises de pétrole brut par voie maritime.
Et de façon générale, plus de 80% du pétrole et gaz transitant par Ormuz est destiné aux marchés asiatiques, selon l'Agence internationale de l'Energie.
Avec l'Iran, "la Chine perdrait une source de pétrole bon marché. La Russie pourrait en bénéficier, la demande indienne et chinoise se tournant vraisemblablement vers le brut de l'Oural", souligne TD Securities, cité par Bloomberg.
-"Talon d'Achille" de Trump-
"Le talon d'Achille du (président américain Donald) Trump, ce sont les prix pétroliers élevés", ajoute Michelle Brouhard, analyste chez Kpler, selon qui Téhéran pourrait chercher à maintenir hauts les prix du brut pour faire plier Washington.
Les prix du gaz risquent de bondir également: un cinquième du commerce mondial de gaz naturel liquéfié transite aussi par Ormuz, principalement en provenance du Qatar.
Pour autant, "il est peu probable qu'une perturbation grave et durable se produise", temporisent les exerts d'Oxford Economics.
"Cela obligerait l'Iran à maintenir un blocus naval sans précédent et à se défendre contre la riposte militaire, économique et diplomatique immédiate qu'il provoquerait de la part des grandes puissances", expliquent-ils, prévoyant plutôt un "impact de courte durée" sur les marchés.
Les cours pourraient régresser dans les semaines à venir si "aucune perturbation significative de la production n'est constatée", abonde Giovanni Staunovo, d'UBS.
De fait, selon Eurasia Group, "des dizaines" de pétroliers chargés se trouvent à proximité d'Ormuz, "la plupart amarrés ou ancrés dans des zones couvertes par des systèmes de défense aérienne" et si la crise s'apaise, "ces navires pourraient rapidement reprendre l'approvisionnement du marché mondial".
K.Sutter--VB