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BASF supprime des postes à Berlin pour relocaliser en Asie, colère des salariés
Le géant allemand de la chimie en crise BASF a annoncé vendredi vouloir tailler dans ses services administratifs, relocalisés en Asie pour réduire les coûts, une décision qui suscite la colère des salariés à Berlin, le site le plus touché.
Fournisseur de produits chimiques pour l'automobile, l'agriculture et la construction, BASF subit un ralentissement de la demande dans la chimie mondiale, conduisant à des surcapacités en Europe mais aussi en Chine et à devoir réaliser des économies supplémentaires.
Le groupe s'est déjà séparé d'activités non stratégiques, vise la mise en Bourse l'an prochain de sa division agricole, et a supprimé des emplois dans son fief industriel de Ludwigshafen, situé sur le Rhin (sud-ouest).
Il compte aller plus loin en taillant désormais dans ses emplois administratifs regroupés dans la division "BASF Global Business Services" comptant environ 8.500 personnes dans le monde, sur un total de près de 110.000 effectifs.
Et pour cela "rationaliser davantage les services dans les domaines informatique (IT), finance et ressources humaines", a expliqué le directeur financier du groupe, Dirk Elvermann, lors d'une conférence de presse sur les résultats 2025 du groupe, en net retrait au plan opérationnel.
Une grande partie des fonctions de support vont être regroupées dans deux "hubs" en Asie, au détriment d'un important site à Berlin : un nouveau centre va être créé à Hyderabad, en Inde, pour la finance et les RH, et celui existant à Kuala Lumpur, en Malaisie, va se spécialiser dans la gestion des approvisionnements, a détaillé M.Elvermann, confirmant des annonces faites il y a deux semaines.
L'élément nouveau: le tout se fera en "réduisant fortement les effectifs" au sein de l'ensemble des services centraux, selon le financier, qui n'a pas donné de chiffre précis.
- "Avenirs sacrifiés?" -
Quel avenir se profile pour le centre informatique de Berlin, qui emploie environ 3.000 personnes?
Brandissant des pancartes, dont l'une proclamant "Accords rompus, avenirs sacrifiés ?", environ 300 personnes ont manifesté vendredi dans la capitale allemande devant le siège européen de BASF Global Business Services, selon le syndicat de la chimie IGBCE, pour dénoncer le plan de réduction des coûts de la direction.
"Nous nous battons ensemble pour ce site" lancé il y a plus de vingt ans, a martelé le maire de Berlin Kai Wegner.
"S'il le faut, nous lutterons (...) de manière visible, bruyante et déterminée, pour l'équité et pour chaque emploi", a renchéri Stephanie Albrecht-Suliak, responsable régionale du syndicat.
"Cela va être une crise pour la ville, 2.000 personnes vont se retrouver au chômage", redoute Jesus Pinate, un Vénézuélien de 33 ans employé aux ressources humaines, interrogé par l'AFP.
"Je sentais que cela allait arriver, car j'ai vu beaucoup de changements ces dernières années", se résigne Iris Esteves, 40 ans, Portugaise arrivée à Berlin en 2021 pour travailler chez BASF.
"Nous ne prévoyons pas de fermer Berlin", mais celui-ci "disposera d'effectifs plus réduits qu'aujourd'hui", a déclaré à Ludwigshafen M. Elvermann, ajoutant que les consultations avec les représentants de salariés n'en sont qu'au début.
- Appartements vendus -
BASF voit 2026 comme une nouvelle année de transition, comme le prouve le relèvement de l'objectif d'économies annuelles à 2,3 milliards d'euros, contre 2,1 milliards précédemment.
Le résultat opérationnel ajusté devrait être compris entre 6,2 et 7,0 milliards d'euros, contre 6,6 milliards en 2025.
Signe que BASF cherche par tous les moyens à économiser, il a annoncé plus tôt la vente de 4.400 appartements détenus à Ludwigshafen, occupés pour la plupart par des salariés et anciens salariés.
Une décision que le syndicat IGBCE qualifie de bradage d'un "patrimoine précieux".
Face aux difficultés du secteur en Europe, BASF mise de plus en plus sur la Chine, où un nouveau site de production a été inauguré l'an dernier.
A.Ruegg--VB