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Face aux menaces de l'Iran, les Etats-Unis retirent du personnel du Qatar
Le pouvoir iranien a averti mercredi Donald Trump qu'il était capable de "riposter" à toute attaque américaine, Washington décidant de retirer par précaution une partie du personnel de sa base militaire au Qatar, frappée l'an dernier par Téhéran.
Le président américain, dont les intentions restent floues, a menacé plusieurs fois d'intervenir militairement pour mettre fin à la répression du mouvement de contestation, l'un des plus importants depuis la proclamation de la République islamique en 1979.
Les défenseurs des droits humains accusent la théocratie chiite de mener une répression brutale à huis clos, dans un pays de près de 86 millions d'habitants coupé d'internet depuis près d'une semaine sur décision des autorités.
Selon le dernier bilan de l'ONG Iran Human Rights (IHR), basée en Norvège, au moins 3.428 manifestants ont été tués depuis le début du mouvement, le 28 décembre. "Ce chiffre est un minimum absolu", avertit l'organisation, qui fait aussi état de plus de 10.000 arrestations.
- "Procès rapides" -
Des banderoles proclamant "mort à l'Amérique" et des photos du guide suprême, l'ayatollah Ali Khamenei, émergeaient de la foule, selon un journaliste de l'AFP, de même qu'une photo montrant Donald Trump, le visage ensanglanté, lors d'une tentative d'assassinat en 2024, avec la légende: "Cette fois il ne manquera pas sa cible".
Et plusieurs responsables ont durci le ton mercredi envers les Etats-Unis et Israël. L'Iran est prêt à riposter "de manière décisive" à toute attaque, a notamment averti le chef des Gardiens de la Révolution, Mohammad Pakpour.
Devant ces "tensions régionales", le Qatar a fait état du départ d'une partie du personnel de la base américaine d'Al-Udeid, la plus importante au Moyen-Orient.
L'ambassade américaine en Arabie saoudite a de son côté demandé à ses employés de "redoubler de prudence et limiter les déplacements" aux abords des installations militaires, et conseillé à ses ressortissants présents dans le royaume "de faire de même".
A Téhéran, le pouvoir judiciaire a promis des procès "rapides" et "publics", à l'issue d'une visite de cinq heures dans une prison de Téhéran où sont détenus des "émeutiers", le terme utilisé par les autorités.
"Si quelqu'un a mis le feu à une personne, l'a décapitée avant de brûler son corps, nous devons faire notre travail rapidement", a déclaré son chef, Gholamhossein Mohseni Ejeï.
La télévision d'Etat l'a montré assis devant un drapeau iranien dans une grande salle de la prison, interroger lui-même un homme en tenue grise de prisonnier au visage flouté. Le détenu est accusé d'avoir apporté des cocktails Molotov dans un parc de la capitale.
"Toute société peut s'attendre à des manifestations, mais nous ne tolérerons pas la violence", a insisté mercredi un responsable gouvernemental devant quelques journalistes, affirmant qu'aucune nouvelle "émeute" n'avait eu lieu depuis lundi.
"L'Iran n'a jamais vu un tel niveau de destruction", avait déclaré plus tôt le chef d'état-major de l'armée, Abdolrahim Moussavi, en référence aux actes de violence survenus lors des manifestations.
Les autorités ne fournissent pas de bilan officiel à ce stade, l'identification des victimes étant toujours en cours, a précisé un autre haut responsable.
- "Exécutions" -
Les défenseurs des droits humains s'inquiètent d'exécutions express à venir. Amnesty International et d'autres ont notamment dit craindre la possible exécution mercredi d'un premier manifestant, Erfan Soltani, 26 ans.
Les médias d'Etat ont aussi fait état de l'arrestation d'un ressortissant étranger, sans plus de détails.
Internet était toujours coupé mercredi dans tout le pays, pour le septième jour consécutif, entravant l'accès aux informations. Les communications téléphoniques restaient limitées.
Mais des rapports crédibles font état "de tueries à grande échelle menées par les forces de sécurité à travers le pays", a affirmé mardi l'ONG Human Rights Watch.
La répression pourrait être "la plus violente" de l'histoire contemporaine de ce pays, a déploré mercredi le ministre français des Affaires étrangères, Jean-Noël Barrot, exhortant les autorités à y mettre fin "impérativement".
Les condamnations internationales ont afflué ces derniers jours: l'ONU s'est dite "horrifiée" et la présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, a dit plancher sur de nouvelles sanctions contre Téhéran.
Donald Trump a lui annoncé mardi des sanctions à effet immédiat contre les partenaires commerciaux de l'Iran, des droits de douane de 25%.
"Au début, la police tirait des balles en caoutchouc, mais les jours suivants, je les ai vus tirer à balles réelles, même dans la rue devant chez moi", a dit à l'AFP Ridha, un informaticien irakien de 50 ans s'exprimant sous pseudonyme, qui a fui Téhéran.
La lauréate iranienne du prix Nobel de la paix 2003, Shirin Ebadi, a suggéré que les États-Unis mènent des "actions hautement ciblées" contre le guide suprême iranien Ali Khamenei et les commandants des Gardiens de la Révolution pour mettre fin au "massacre des Iraniens".
G.Frei--VB