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"Il faut vraiment que personne ne craque": aux urgences, un été sur la corde raide
Aux portes de Paris, dans une banlieue huppée mais pas épargnée par la pénurie de soignants, un petit service d'urgences tente de "maintenir le cap" et de pallier les fermetures "intempestives" de ses voisins, au prix de sacrifices répétés pour l'équipe.
"Des vacances? Je ne peux pas en prendre, il faut que je bouche les trous pour que les autres puissent partir": le Dr Florian Bernas a beau souligner que son service ne connaît "pas de manque d'effectif" et que pour les gardes de cet été "la grille est remplie", il n'en cache pas le prix.
"Tout le monde fait un peu d'heures sup', mais il faut vraiment que personne ne craque. Si on a le moindre arrêt de travail, je ne sais pas comment on fera", dit ce médecin de 41 ans, chef des urgences de Saint-Cloud (Hauts-de-Seine), qui recevaient en moyenne 60 patients par jour avant le Covid.
Mais "en ce moment, c'est plutôt 70", depuis que l'hôpital Foch de Suresnes, à quatre kilomètres au nord, a cessé d'accepter les "patients couchés" début juin. Un "délestage" des cas graves, contraint par le départ de plusieurs praticiens, qui se répercute sur les établissements voisins.
Sauf que beaucoup sont aussi dans une situation précaire. Les récentes "fermetures intempestives" de Versailles et Poissy (Yvelines) ne facilitent ainsi pas la tâche du Dr Bernas. "Le problème, c'est d'encaisser les pics. Au dessus de 90 par jour, les gens ne sont pas vus, ils repartent avant", dit-il.
Pour admettre les malades dans ses locaux exigus, sans laisser de brancard traîner dans les couloirs, les huit boxes de consultation sont souvent "dédoublés" avec des paravents. Tant pis pour l'intimité. D'autres salles hébergent des patients qui ne devraient plus rester aux urgences, faute de places "dans les étages".
La direction de l'hôpital le reconnaît: "D'habitude, on ne fermait pas de lits l'été", mais cette année "on a moins de solutions". A Saint-Cloud, "la médecine polyvalente a dû fermer des lits". A Sèvres, la gériatrie réduit la voilure de moitié. Pas d'autre choix, car "il faut tenir compte de l'épuisement des personnels et leur donner leurs congés".
- "Rapidement à saturation" -
Pendant ce temps, dans l'unité d'hospitalisation de courte durée accolée aux urgences, "c'est plein", constate la jeune infirmière Ophélie Leroy, 23 ans, qui entame ce mercredi sa tournée matinale. Au programme, "un peu de tout": décompensation cardiaque, détresse respiratoire, crise d'épilepsie, hépatite médicamenteuse, chute à domicile...
Après deux ans de ce régime, elle s'apprête à partir en octobre. "Pour un déménagement", précise-t-elle, "mais j'ai besoin de changer". Tout l'inverse de sa collègue Léa Couasnon, 31 ans, qui "aime bien quand ça bouge" et se trouve "très bien aux urgences", où elle officie d'ordinaire de nuit - 13 par mois - pour mieux s'occuper de son fils de 5 ans.
"Quand je suis de jour, j'ai pas de vie de famille", explique cette ancienne aide-soignante, qui accumule pourtant les heures supplémentaires - "plus de 300" l'an dernier - quitte à moins voir son "bout de chou". Trois semaines de congés lui tendent les bras, mais "c'est possible qu'on m'appelle en août pour prendre une garde", prédit-elle. Bien sûr, "c'est pas obligatoire, mais on pense aux autres filles, on ne peut pas les laisser comme ça".
Une solidarité essentielle, car dans ce petit service, "on arrive rapidement à saturation", relève Florence Tougne, 27 ans, elle aussi infirmière. Positionnée à l'accueil, elle est chargée d'effectuer le premier tri entre les vraies urgences et le reste.
"Certains viennent avec un diagnostic en tête, ou pensent que ce sera plus rapide pour avoir une IRM", raconte-t-elle. Parfois, l'hôpital est aussi le seul recours: "Pendant le pont du 14 juillet, les gens n'avaient pas leur médecin traitant, donc ils venaient parce qu'ils ne trouvaient pas d'autre solution".
Heureusement, l'effectif paramédical est quasiment au complet. "J'ai beaucoup de chance", souffle la cadre de santé Stéphanie Dubus, 38 ans, qui n'a elle non plus "pas de trous" dans ses plannings "jusqu'au mois de septembre".
Mais rien n'est acquis, "il faut maintenir le cap" malgré les déboires des hôpitaux voisins, ajoute-t-elle. "A côté, ça s'effondre. On doit essayer de se préparer à tout".
F.Pavlenko--BTB