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La dépendance des personnes âgées, bombe financière en approche
C'est une bombe financière et sociale dont le spectre plane depuis plus de vingt ans : la question du financement de la dépendance des personnes âgées n'a toujours pas été tranchée en dépit de l'explosion attendue du nombre de personnes concernées.
Tour d'horizon des enjeux à l'occasion des 80 ans de la Sécurité sociale dont une branche est spécifiquement dédiée, depuis 2021, à la perte de l'autonomie.
De quoi parle-t-on?
Le constat est connu : la France vieillit. Début 2024, les plus de 60 ans représentaient ainsi plus d'une personne sur quatre (27,7%) contre 19,6% en 1994. Les plus de 75 ans devraient quant à eux passer de 10,4% de la population à 16,4% en 2050, selon l'Insee.
Le nombre de personnes âgées en situation de perte d'autonomie - ayant besoin d'aide pour s'habiller, se laver, manger, se déplacer ou étant sujettes à une altération des fonctions mentales - suit la même trajectoire. Leur nombre devrait atteindre près de 4 millions en 2050, contre un peu plus de deux millions en 2015.
Quel coût?
A l'heure actuelle, le coût de la dépendance des personnes âgées est évalué à 30 milliards d'euros - soit 1,4 point du PIB - chaque année en moyenne. Plus des trois quarts de ce montant sont financés par les pouvoirs publics - notamment l'allocation aux personnes âgées (Apa) - le reste est à la charge des ménages.
Avec le nombre croissant de personnes âgées, le coût global devrait sans surprise s'envoler dans les prochaines décennies. Selon une étude de la Drees de 2017, la dépense publique devrait ainsi augmenter très fortement d’ici à 2060 pour atteindre 2,07 points de PIB, et la dépense totale doublerait quant à elle presque, à 2,78 points de PIB.
Quelles pistes ?
Pour financer cette nouvelle trajectoire, plusieurs pistes reviennent régulièrement : renforcer la prévention, instaurer une deuxième journée de solidarité, une hausse de la CSG ou une cotisation dédiée à la perte d'autonomie, faire contribuer les retraités "pouvant se le permettre" ou encore sept heures de travail supplémentaires non rémunérées.
Des pistes de financement individuel sont également citées, comme la création d'un contrat d'assurance obligatoire ou encore un système de viager mutualisé.
Mais pour l'heure aucune ne s'est concrétisée. Seule la cinquième branche de la Sécurité sociale dédiée à la perte de l'autonomie a vu le jour et est opérationnelle depuis 2021 mais elle ne dispose pas des ressources suffisantes.
Pourquoi ça patine?
Cette réforme du financement ne date pas d'hier : elle a été successivement promise par Nicolas Sarkozy, François Hollande et Emmanuel Macron - sans jamais être réalisée. Et pour cause : "ce sont des décisions éminemment politiques", relève Ilona Delouette, chercheuse en économie de la santé à l’IMT Nord Europe.
"La cotisation sociale, ou le point de CSG, c'est l'assiette la plus importante donc c'est ce qui permettrait de rapporter le plus", souligne-t-elle. "Mais c'est un tabou total".
La création d’une cotisation dédiée à la perte d’autonomie a "l'avantage d'être simple et lisible" mais a "l'inconvénient d'alourdir les prélèvements sociaux sur les seuls revenus d’activité et de retraites", relevait le Conseil économique, social et environnemental (Cese) en 2024.
Quelles conséquences?
Le temps presse: la trajectoire actuelle "ne permettra pas à notre pays de faire face à ses responsabilités", alertait fin 2024 le président du Conseil de la Caisse nationale de solidarité pour l'autonomie Jean-René Lecerf.
"Nous menons une politique intéressante et responsable, mais c’est une politique que je qualifierais d’au fil de l’eau, comme si la tempête du vieillissement de notre population, dès maintenant mais plus encore à partir de 2030, n’existait pas", a-t-il ajouté.
Si rien n'est fait, les conséquences seraient potentiellement lourdes en premier lieu pour les ménages dont le reste à charge devrait considérablement s'accroître, avertissent les spécialistes.
Faute de revalorisation des professionnels, le secteur devrait par ailleurs être rapidement confronté à une pénurie de main d’œuvre qualifiée, dégradant par ricochet la qualité de l'accompagnement des personnes dépendantes.
La charge devrait enfin également s'alourdir sur les proches aidants, un épuisement qui pourrait à terme avoir un impact sur la productivité du pays.
I.Stoeckli--VB