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Dans une Bulgarie dépeuplée, l'afflux de travailleurs ouzbeks
Nilfar Nazarova a troqué son métier de comptable en Ouzbékistan pour travailler comme femme de chambre sur la côte de la mer Noire, dans une Bulgarie en manque de bras face au vieillissement et à l'exode de ses habitants.
"La première année, nous étions très peu d'Ouzbeks. Aujourd'hui, nous sommes une centaine à venir chaque saison", raconte cette quadragénaire, qui a découvert la cité balnéaire d'Albena en 2022, comme la majorité de ses compatriotes arrivés après la pandémie de Covid-19.
Elle vante "les salaires stables" et "l'accueil familial", comme "dans un conte de fées".
Frappée par le départ en masse de ses résidents après la chute du communisme, l'Europe centrale et orientale accueille depuis des années des travailleurs venus d'Asie.
En Bulgarie, ils sont désormais devenus indispensables pour faire tourner le secteur du tourisme, qui représente près de 7% de la richesse nationale et où des dizaines de milliers de postes ne sont pas pourvus.
D'après un récent sondage mené auprès d'entreprises bulgares, huit patrons sur dix sont confrontés à une pénurie de main-d'oeuvre, la plupart disant être prêts à embaucher des employés de pays tiers.
- Petites mains -
Et ce sont les Ouzbeks qui tirent leur épingle du jeu.
"Ils sont actuellement environ 20.000", saisonniers compris, dans ce pays de 6,4 millions d'habitants.
"A ce rythme, ils pourraient devenir une importante minorité d'ici cinq ou six ans", commente Philip Gounev, spécialiste de la migration.
Cet ancien vice-ministre de l'Intérieur, qui dirige une entreprise d'importation de main-d'œuvre, a vu la demande exploser ces dernières années.
Dans le complexe d'Albena, prisé de visiteurs de tout le continent, les petites mains venues de l'étranger sont nombreuses en cuisine, derrière les comptoirs des bars ou dans les hôtels. Outre des Ouzbeks, on compte aussi des Indonésiens et des Kirghizes.
Jadis fierté du régime communiste et hôte de dirigeants de marque comme Fidel Castro, le site a échappé à la frénésie immobilière ayant transformé une grande partie du littoral bulgare.
Gülraykhan Muxanbetovna, une étudiante de 20 ans, s'affaire dans le restaurant bondé d'un établissement quatre étoiles surplombant la mer Noire. "Le travail est difficile, mais les gens sont gentils", dit-elle, sourire aux lèvres.
Une expérience qu'elle partage quotidiennement sur le réseau social Instagram. "C'est intéressant pour les gens de mon pays, eux aussi veulent venir. Avant, j'avais mille abonnés, j'en ai maintenant presque 10.000", s'enthousiasme-t-elle.
- "Question de survie" -
"Ils sont logés, nourris et perçoivent un salaire bien supérieur à ce qu'ils gagneraient chez eux, c'est ce qui les motive", commente Krasimira Stoyanova, responsable d'une des sociétés gestionnaires de la station.
"Là-bas, ils touchent 100/150 dollars par mois. Ici, les salaires commencent à 600 dollars et peuvent atteindre 800 et plus".
Les Ouzbeks apprécient aussi la proximité culturelle dans ce pays historiquement très lié à Moscou, où ils peuvent s'exprimer en russe.
L'Etat ne s'y est pas trompé en décidant de faciliter la délivrance de visas.
"De cette politique dépendra la démographie du pays dans une décennie", souligne M. Gounev, tout en déplorant "des procédures bureaucratiques lourdes" et des pratiques de corruption pouvant décourager les travailleurs.
Pourtant, "c'est une question de survie pour les entreprises bulgares", rappelle l'expert.
Depuis 1990, la Bulgarie a perdu environ deux millions d'habitants.
Si certains rentrent au pays, le phénomène reste marginal et le tableau est sombre: près d'un quart de la population a aujourd'hui plus de 65 ans.
B.Baumann--VB