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A Nantes, une école pour enfants "neuroatypiques", "bouée de sauvetage" pour les familles
Plus de cris, ni de larmes. Casque anti-bruit à portée de main, Anna, 9 ans, entre sereine dans son école dédiée aux enfants touchés par certains troubles du neurodéveloppement: un "soulagement" pour les parents, longtemps démunis face à ses difficultés dans une école classique.
Troubles dys, du spectre de l'autisme, du déficit de l'attention, haut potentiel intellectuel... L'école primaire Mosaïque, à Nantes, prend en charge depuis un an des "enfants que l'école ordinaire ne comprend pas".
Pendant de longs mois, à l'heure de la sonnerie, Anna a pleuré, crié, vomi. "En CE1, j'ai commencé à avoir une phobie scolaire. Je ne sais pas pourquoi. C'était difficile", raconte la petite fille, queue de cheval et gilet rose, diagnostiquée notamment de troubles anxieux et dys.
Ces difficultés ont "écrasé" la vie de famille, raconte sa mère, qui a réduit ses heures de travail pour éviter la cantine, puis le périscolaire. "Il y avait en premier plan la détresse de mon enfant et puis les appels de l'école, le regard des autres parents qui avaient l'air de dire +cette pauvre mère complètement dépassée+... Ici, Anna se sent écoutée. Ca a été révolutionnaire", raconte Amélie Rogez.
"Dans un premier temps, les enfants doivent se sentir mieux, avoir une scolarité paisible. Mais on ne met rien de côté, l'objectif c'est aussi d'apprendre, d'avoir les acquis", précise Nathalie Boisson, présidente de l'établissement. Scolarisé l'an dernier à Mosaïque, son fils entre cette année en 6e dans un collège public.
- "Errance médicale" -
Accueilli par les enseignantes, Pascal Lougarre dépose ses fils de 6 et 9 ans pour leur première rentrée à Mosaïque. La famille habitait jusqu'ici en Thaïlande, mais le lycée français ne convenait pas à l'aîné, isolé et en difficulté. En l'absence d'alternative sur place, ils ont préféré déménager.
"Notre fils avait de nombreuses difficultés d'intégration, d'épanouissement. Il était rejeté par les autres enfants parce qu'il était différent. Il y a eu une petite errance médicale, puis on a eu la chance de rencontrer des professionnels qui ont pu poser des diagnostics précis", raconte le père de famille.
Les parents d'élèves évoquent souvent la même histoire: les difficultés à l'école, l'isolement de leurs enfants, voire le harcèlement et les "idées noires", les convocations quasi quotidiennes, les enseignants "souvent volontaires" mais "pas armés ni formés" pour s'occuper des cas particuliers.
"Je comprends que l'école classique soit faite pour peut-être 90% des enfants. Mais que fait-on pour les 10% qui restent ? Le fait que des parents se mobilisent, s'organisent, c'est une bouée de sauvetage, c'est formidable. Mais en même temps c'est inquiétant de savoir qu'il n'y a pas d'autre alternative", poursuit Pascal Lougarre.
L'école Mosaïque est financée à plus de 90% par le mécénat et les frais de scolarité. Calculés selon le quotient familial, ils s'élèvent par élève de 5.000 à 6.500 euros annuels.
Le gouvernement estimait en 2023 que les troubles dys touchent 8% de la population française, les troubles de l'attention avec ou sans hyperactivité (TDAH) 6% des enfants et 3% des adultes, les troubles autistiques, 1 à 2% de la population.
La stratégie nationale 2023-2027 pour les troubles du neuro-développement (TND) mettait notamment l'accent sur le dépistage "systématique" des enfants, sur la formation des enseignants et sur une plus large scolarisation.
"On aimerait bien sûr que notre école n'ait pas besoin d'exister. Que les parents n'aient pas besoin de payer une scolarité. Mais pour le moment l'école classique ne donne pas à nos enfants ce dont ils ont besoin", relève Nathalie Boisson, qui projette de tripler le nombre d'inscriptions d'ici 2027.
L.Wyss--VB