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Ultime opération sauvetage pour le "conclave" des retraites
Pour éviter un échec après trois mois et demi de concertation, le "conclave" des retraites voulu par François Bayrou, qui devait s'achever mardi, a droit à une journée de plus, le 23 juin, mais les partenaires sociaux hésitent à s'y rendre. L'opposition à gauche demande des comptes au Premier ministre.
La fin de partie a-t-elle déjà été sifflée? Si la ministre du Travail Astrid Panosyan-Bouvet a redit mercredi matin sur franceinfo sa "confiance" dans la capacité des partenaires sociaux à trouver "les compromis nécessaires", le N.1 du Medef Patrick Martin a confié plus tôt sur France 2 être "très réservé" sur la présence de l'organisation patronale à l'ultime réunion du "conclave" même s'il doit encore "consulter ses instances".
"Nous n'étions pas demandeurs que cette réforme soit réexaminée. A bas bruit, certains sont en train de la détricoter. Or, notre pays a besoin de travailler plus", a-t-il estimé s'opposant à des propositions syndicales qui vont "dans le sens d'une altération du financement de nos retraites".
Au coeur de la nuit de mardi à mercredi, une CFTC en "colère" devant la tournure prise par la concertation, et la CFE-CGC avaient elles aussi laissé planer le doute sur leur venue le 23.
"Le compte n'y est pas à mes yeux, car le but du conclave était d'équilibrer le système des retraites, et à mon avis, là, l'effort va reposer sur les retraités", a souligné Christelle Thieffinne, négociatrice de la CFE-CGC.
- "Lignes écarlates" -
La CPME (patronat des petites et moyennes entreprises) devrait s'installer lundi autour de la table des négociations, mais avec des "lignes rouges, voire écarlates", a nuancé Eric Chevée, son représentant.
"Dans la dernière ligne droite, tout ce qui a été impossible dans la journée - nous avons flirté avec l'échec - a été en partie ouvert", grâce à la médiation de l'animateur de la concertation Jean-Jacques Marette (médiateur expérimenté dans les négociations entre patronat et syndicat, ndlr)", a résumé Yvan Ricordeau, négociateur de la CFDT, pour revenir sur une journée de mardi longtemps bloquée avant le dénouement inattendu au coeur de la nuit.
Parmi toutes les propositions retenues par Jean-Jacques Marette pour dégager un accord, les mesures en faveur des femmes semblent les plus consensuelles, selon les participants.
Les femmes qui ont eu des enfants verraient leur retraite calculée sur les 24 meilleures années (1 enfant), ou 23 meilleures années (2 enfants), d'après les indications fournies par les participants.
Sur la pénibilité, les termes de l'accord semblent plus confus. Pour répondre à une demande insistante de la CFDT, le patronat accepterait l'instauration d'un compte pénibilité -- prenant en considération les manutentions manuelles de charge, les postures pénibles et les vibrations mécaniques -- qui pourrait ouvrir, dans certains cas, à un départ anticipé en retraite.
Sur l'âge de départ sans décote, l'accord se ferait autour d'un âge abaissé à 66 ans et demi contre 67 ans et demi. L'âge de départ sans décote est l'âge auquel il est possible de partir sans pénalité, même si l'on n'a pas cotisé le nombre de trimestres exigés (172).
Il semble acquis que le dispositif des carrières longues se voie alors restreint, et ne puisse plus bénéficier aux personnes ayant travaillé avant l'âge de 21 ans.
- CSG, retraités -
Pour parvenir à l'équilibre financier en 2030, la CSG serait augmentée pour les retraités aux revenus moyens ou supérieurs, et les retraites pourraient être sous-indexées de 0,8 point par rapport à l'inflation en 2026, et 0,4 point en 2027.
La prime seniors, évoquée en début de semaine par François Bayrou, serait elle enterrée.
La réussite ou non de ce "conclave" est un instant de vérité pour M. Bayrou, qui avait lancé ce nouveau format de discussions après un compromis noué avec les socialistes pour éviter une censure du gouvernement.
"A partir du moment où ce conclave n’aboutit pas sur l’abrogation de la réforme des retraites, nous déposerons une motion de censure", a promis Manuel Bompard, coordinateur de la France Insoumise, mercredi matin sur RTL même si LFI aura besoin de l'appui d'autres groupes à gauche pour pouvoir techniquement la déposer.
"Il faut qu'on mette cette question des retraites derrière, ça fait depuis deux ans qu'on ne parle que de ça", a plaidé Astrid Panosyan-Bouvet.
L'idée de ce conclave était principalement de rendre moins impopulaire la réforme des retraites Borne de 2023, qui porte progressivement de 62 à 64 ans le départ à la retraite. Tout en visant l'équilibre financier, alors que le déficit du système est annoncé à 6,6 milliards d'euros en 2030.
G.Haefliger--VB