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Entre G7 et Brics, l'Inde veut porter la voix du "Sud global"
Invitée du G7 qui débute dimanche mais aussi membre fondateur des Brics, l'Inde souhaite porter la voix du "Sud global", se posant en "passerelle" entre les différents acteurs de la scène internationale, affirme son ministre des Affaires étrangères dans un entretien à l'AFP.
L'Inde n'est pas membre du Groupe des Sept (Etats-Unis, Japon, Allemagne, Royaume-Uni, France, Italie, Canada) mais elle est devenue une habituée de ses sommets, auxquels elle est régulièrement conviée depuis 2019.
"Nous avons été (un pays invité) depuis plusieurs années et je pense que ça a été bénéfique pour le G7", déclare à l'AFP Subrahmanyam Jaishankar depuis Paris, où il a clos samedi une visite en France, en se félicitant d'avoir "la capacité de travailler avec différents pays, sans qu'aucune relation ne soit exclusive".
Pays le plus peuplé du globe, en passe de devenir la quatrième économie mondiale devant le Japon, l'Inde est assise à la table de nombreuses organisations, avec les Occidentaux au G7 ou au sein du "Quad" (Dialogue quadrilatéral pour la sécurité, avec Etats-Unis, Japon, Australie), mais aussi avec la Chine, la Russie et l'Iran au sein des Brics et ou du Groupe de Coopération de Shangaï.
"Nous contribuons activement à la diplomatie internationale et si cela peut servir de passerelle, c'est un atout pour la diplomatie internationale dans une période de relations difficiles et de tensions accrues", fait valoir M. Jaishankar.
Ancienne colonie britannique, indépendante depuis 1947, l'Inde se pose, avec le Brésil, en héraut du "Sud global", qui réunit "des pays qui ont été victimes de l'ordre mondial ces dernières années, ces derniers siècles".
- "Inégalités" -
"Il existe dans les pays du Sud un fort ressentiment face aux inégalités de l'ordre international, une volonté de le changer, et nous en faisons pleinement partie", explique le ministre, en poste depuis 2019: "Aujourd'hui, pour des pays comme les nôtres - nous sommes la plus grande économie du Sud - il est important de nous exprimer, de mener, (..) de faire sentir notre présence".
Cette voix passe aussi par les Brics, devenue "l'une des principales plateformes de rassemblement pour les pays non-occidentaux", dont les chefs d'Etat se réuniront en juillet.
Partisan de "négociations directes" pour résoudre la guerre entre Ukraine et Russie, qui a frappé durement les pays du "Sud" (prix de l'énergie, des céréales, des fertilisants...), M. Jaishankar affiche son scepticisme face aux politiques de sanctions occidentales: "Ca n'a pas vraiment marché jusqu'à présent, non?".
Partenaire commercial et allié politique de la Russie, l'Inde pourrait se retrouver exposée en cas de sanctions dites "secondaires" contre Moscou, souhaitées par les Européens et une partie du Sénat américain, et prévoyant des droits de douane accrus contre les pays importateurs d'hydrocarbures et matières premières russes.
"L'économie mondiale est actuellement sous tension (...). Plus on ajoute des facteurs de tensions, plus les difficultés seront grandes".
- "Equilibre" avec la Chine -
Dans l'ordre mondial actuel, l'Inde doit composer avec la "discontinuité" posée par Donald Trump, dirigeant "très nationaliste qui place les intérêts de son pays au premier plan" et qui a notamment décrété une hausse de 26% des droits de douane contre elle.
Des négociations en cours sur le sujet ont "bien avancé", estime cet ancien ambassadeur aux Etats-Unis (2013-2015).
L'Inde doit également chercher "un équilibre" avec la Chine, autre géant du continent avec qui elle nourrit un conflit frontalier dans l'Himalaya et rival dans la zone Indo-Pacifique, estime-t-il: "Là où nous devons être forts et fermes, nous le serons. Là où nous devons forger une relation stable, nous sommes prêts à le faire".
Pékin est un soutien de son voisin, le Pakistan, que New Delhi accuse de soutenir les activités de "terroristes" islamistes sur son sol.
Le 22 avril, une attaque au Cachemire indien ayant fait 26 morts, la plupart hindous, a déclenché une confrontation militaire de quatre jours entre les deux pays, la plus grave depuis 1999. Narendra Modi a promis une "riposte ferme" à toute nouvelle attaque "terroriste", renforçant le spectre d'une escalade entre les deux puissances nucléaires.
"En 2008, la ville de Mumbai a été attaquée (plusieurs attentats jihadistes ont fait 166 morts, ndlr) et nous avons commis l'erreur de ne pas réagir avec fermeté. Nous sommes déterminés à ne pas répéter ces erreurs. Si des terroristes pénètrent en Inde depuis et grâce au soutien d'un pays voisin, nous les poursuivrons et nous les châtierons".
Mais dans la confrontation du mois de mai, l'Inde n'a jamais envisagé de recourir à l'arme nucléaire, assure-t-il: "Ces inquiétudes émanaient de personnes mal informées et qui ne comprenaient pas ce qui se passait".
N.Schaad--VB