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A l'assaut des rayons de supermarché, des produits hyperprotéinés à l'intérêt limité pour la santé
Yaourts, pâtes, mais aussi fromages, glaces ou saucissons : de plus en plus de versions hyperprotéinés de produits déjà commercialisés envahissent les rayons des grandes surfaces, bénéficiant d'un marketing très poussé malgré leur faible utilité pour la santé.
"C'est vraiment une déferlante", assure Matteo Neri, directeur d'études chez Xerfi. Entre 2020 et 2024, le chiffre d'affaires des produits hyperprotéinés - porté principalement par les yaourts et les skyrs - est passé d'environ 70 à plus de 380 millions d'euros.
"C'est assez considérable et la gamme continue de se développer : saucisson Justin Bridou, fromage Babybel, pâtes Carrefour... Il y a un véritable engouement des industriels et des consommateurs", souligne M. Neri.
Auparavant réservée aux grands sportifs et aux enseignes spécialisées, l'alimentation hyperprotéinée s'est largement démocratisée.
"Il y a une image très positive des protéines qui sont associées à la puissance, aux muscles, à la vitalité, et on se dit que c'est bon pour la santé", explique à l'AFP François Mariotti, professeur de nutrition à Agro-Paris Tech.
Pourtant, la promesse d'apport en protéines vendue par ces produits n'a pas réellement d'intérêt, relativisent les professionnels de santé.
"En France, il n'y a pas de carences en protéines. La quasi-totalité de la population est déjà très au-dessus des recommandations fixées entre 0,8 et 1 gramme de protéines par kilo de poids de corps", détaille Violette Babocsay, diététicienne.
-Marketing "trompeur"-
En misant sur une stratégie marketing rodée autour du sport, de la nutrition et de la santé, ces produits attirent, en plus des sportifs, des personnes soucieuses de leur alimentation, en jouant sur l'idée que les protéines permettent de perdre du poids.
Mais attention aux fausses promesses. Si les protéines contribuent à faire croître la masse musculaire, elles ne peuvent prétendre "favoriser la satiété" ou "aider à contrôler les sensations de faim", a tranché l'Autorité européenne de sécurité des aliments (Efsa).
"Et même pour les sportifs, il y a un maximum au-delà duquel il n'est pas utile d'aller, ce n'est pas +plus j'en mange, mieux c'est+", précise Mme Babocsay.
La diététicienne critique également le marketing "presque trompeur" de certaines versions enrichies en protéines - dont la composition est souvent proche de leur version classique.
Pour rendre leurs produits plus protéinés, les industriels peuvent soit ajouter une source de protéines ou simplement diminuer le taux de matières grasses, ce qui augmente mécaniquement la proportion de protéines.
"Pour la version protéinée du fromage Babybel, il n'y a pas d'ajout de protéines, mais moins de matières grasses", illustre par exemple la professionnelle. "Il faut vraiment s'intéresser aux valeurs nutritionnelles pour se rendre compte que l’écart en protéines entre les deux versions est finalement très limité".
"La composition de la version protéinée est d'ailleurs quasiment identique à la version allégée, avec un packaging noir d'un côté, et bleu de l'autre", ironise-t-elle.
-Des produits plus chers-
Aussi, contrairement aux idées reçues, la mention "protéiné" ne signifie pas que le produit est forcément plus sain. Au contraire, leur composition est parfois encore moins bonne et beaucoup contiennent davantage de sucre, d'additifs ou d'édulcorants...
Le Pr Mariotti déplore ainsi "le dévoiement des messages nutritionnels", utilisés pour promouvoir des produits "mauvais pour la santé".
D'autant que ces produits sont aussi plus chers : "Pour du lait de soja classique, on va être sur 1,85 euro et 4 grammes de protéines pour 100 ml, contre presque 3 euros et seulement 5 grammes de protéines dans une version protéinée", avertit Violette Babocsay.
Le constat est encore plus frappant du côté des yaourts, où des produits déjà riches en protéines comme le petit-suisse coûtent 3,5 euros le kilo, contre 8 euros pour une marque spécialisée.
Ainsi, des aliments qui mettent en avant leur aspect protéiné peuvent l'être beaucoup moins que d'autres qui le sont naturellement -comme le filet de dinde-, sans que leur emballage en fasse mention.
"Beaucoup de produits, même de simples pains de mie nature, peuvent se déclarer +source de protéines+ selon la réglementation. Ce n'est qu'un choix marketing qui a peu de valeur en réalité", illustre Elsa Abdoun, journaliste au magazine Que Choisir.
Revendiquer des propriétés pour la santé sur la base des teneurs en protéines est donc "tout à fait inadapté", déplore le Pr Mariotti.
"Cela met beaucoup de cacophonie, et ça commence à devenir un vrai problème" pointe-t-il.
I.Stoeckli--VB