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L'âge de la retraite revient doublement dans le débat
L'actualité voit double avec l'âge de la retraite cette semaine: c'est un des points urticants entre les partenaires sociaux du "conclave", dans sa phase finale, et un volet clivant du futur rapport du Conseil d'orientation des retraites (COR).
Critiqué par les syndicats pour son mutisme au "conclave" jeudi dernier, le Medef a abattu une carte mardi soir: le principal représentant du patronat ne veut pas toucher à l'âge de départ à 64 ans.
Cette annonce survient alors qu'il ne reste plus que trois journées de travail, ce mercredi, ce jeudi et le 17 juin, aux participants encore présents pour tenter de parvenir à un accord.
Le but est d'arrondir les angles d'une réforme 2023 impopulaire - qui porte l'âge de départ de 62 à 64 ans - et de viser l'équilibre financier du régime des retraites à l'horizon 2030, alors qu'un déficit de 6,6 milliards d'euros s'annonce si aucune contre-mesure n'est prise.
Ce conclave, qui a commencé le 27 février et devait à l'origine s'achever le 28 mai, a déjà connu son lot de portes qui claquent, avec les départs précoces de FO et la CGT, côté syndicats, et de l'U2P, côté patronat, pour les artisans.
Il ne reste plus que cinq participants, Medef et CPME (petites et moyennes entreprises) pour le patronat, CFDT, CFTC et CFE-CGC côté salariés.
- "Injustices" -
Mais derrière sa position inflexible sur l'âge de départ, le Medef a relancé le jeu en se disant prêt à avancer "sur l'usure professionnelle" et à "faire en sorte que la maternité n'impacte pas le déroulement de carrières des femmes".
"La question de la maternité et de la pénibilité, c’est la première fois que le Medef en parle. S'il a pu avancer sur (ces sujets), on va pouvoir aussi parler de la question de l'âge", a commenté Marylise Léon, secrétaire générale de la CFDT, sur franceinfo TV.
La CFDT veut "un bougé sur l'âge", avec une "position de départ à 62 ans", mais ce syndicat se sait "particulièrement attendu, depuis 20 ans", sur "la pénibilité", a martelé sa responsable.
La proposition du Medef d'évoluer sur pénibilité et maternité, mais pas les 64 ans, "est light", a jugé auprès de l'AFP Cyril Chabanier, numéro un de la CFTC, qui dit attendre la suite au "conclave".
François Hommeril, à la tête de la CFE-CGC, balance entre deux sentiments. "Est-ce qu'on ne laisserait pas de côté le sujet des 64 ans, pour essayer de réparer les injustices que cette réforme a créé ?", s'interroge-t-il ainsi d'abord auprès de l'AFP. En ajoutant qu'il "ne valide pas" et ne validera "jamais les 64 ans".
La question de l'âge était déjà revenue dans le débat public par un biais surprise. Vendredi dernier, au lendemain d'une séance du "conclave", plusieurs médias, dont l'AFP, ont eu connaissance d'une version de travail du rapport du Conseil d'orientation des retraites (COR).
- "66,5 ans en 2070" -
Contrairement aux usages, ce texte, élaboré sous la houlette de Gilbert Cette, économiste et soutien d'Emmanuel Macron lors de la présidentielle 2017, ne se contente pas de lister les leviers possibles. Le pré-rapport flèche ainsi une option: repousser l'âge du départ à 64,3 ans en 2030, 65,9 ans en 2045 et 66,5 ans en 2070.
Cette piste est la seule "expansive", augmentant la production de richesse du pays, selon ce document, contrairement aux autres voies - accroître les cotisations salariales ou patronales ou peser sur le niveau des retraites - jugées "récessives", freinant la production de richesses.
Les syndicats sont logiquement vent debout. Cette projection en 2070, "c'est une peau de banane lancée aux discussions" du "conclave", juge Marylise Léon, évoquant une "sortie prématurée d'un rapport" qui n'est pas définitif.
La CGT entend "modifier" cette "synthèse pas acceptable", a également insisté sur franceinfo TV la semaine dernière Sophie Binet, sa secrétaire générale.
Ce texte sera soumis jeudi aux 41 membres du COR: des partenaires sociaux, parlementaires, associations familiales et de retraités, administrations et "personnalités qualifiées" (statisticiens, économistes, etc). Le COR parviendra-t-il à une rédaction consensuelle ?
R.Flueckiger--VB