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Le chalutage de fond, une technique de pêche controversée
Des fonds marins raclés pour pouvoir pêcher plus de poissons: le chalutage de fond, dont l'impact environnemental est décrié par les ONG, sera un sujet phare de la conférence des Nations unies sur l'Océan qui s'ouvre lundi à Nice.
Qu'est-ce que c'est?
La pêche au chalut consiste à ramasser poissons et crustacés avec un filet qui peut être tiré par un ou deux bateaux.
Parmi les différents types de pêche au chalut, le chalutage de fond, dénommé "chalutage profond" au-delà de 400 mètres de profondeur, selon Greenpeace.
Un bateau traîne un "chalut", gigantesque filet lesté par une barre métallique, qui racle le fond des océans pour remonter soles, turbots, langoustines ou encore encornets.
Quelle part dans la pêche mondiale ?
Le chalutage de fond représente environ un quart de la pêche sauvage mondiale, selon l'observatoire "Global Fishing Watch".
Pour l'Union européenne, cette méthode apporte un tiers de la production, soit 7,3 millions de tonnes chaque année.
"En France, le chalutage et la drague (structures rigides tirées sur le fond marin par un bateau, NDLR) représentent environ la moitié de la pêche hexagonale en volume et en valeur des débarquements", relève Olivier Guyader, économiste maritime à l'Ifremer, dans une interview publiée début avril sur le site de cet institut français de recherche sur l'océan.
Pourquoi est-ce critiqué ?
Fonds marins abîmés, stocks de poissons épuisés, espèces non-ciblées capturées... les griefs sont nombreux.
"Cette technique est largement utilisée en raison de son efficacité pour capturer de grandes quantités de poissons en une seule opération mais elle est très énergivore", souligne Olivier Guyader.
C'est en effet celle qui requiert le plus de carburant par kilo de poisson débarqué.
Et son impact est destructeur pour les fonds marins: "un seul passage de chalut peut modifier profondément et durablement des habitats fragiles", et "les captures accidentelles de juvéniles (jeunes poissons, NDLR) peuvent perturber la reproduction des espèces", détaille Lénaïck Menot, chercheur en écologie des fonds marins à l'Ifremer, dans ce même entretien.
En outre, elle entraîne "une énorme déperdition puisqu'en moyenne environ la moitié du contenu du filet est rejetée à la mer" et ne sera pas commercialisée, déplore l'ONG Bloom sur son site internet.
Où est-ce interdit ?
En Nouvelle-Zélande, un tiers de la zone économique exclusive est interdite au chalutage de fond, ainsi que près d'un quart de la mer territoriale (zone située à moins de 12 milles nautiques de la côte).
Le Venezuela interdit le chalutage dans ses eaux, même si des pêcheurs dénoncent des actes de pêche clandestine. L'Equateur l'interdit aussi (sauf pour les crevettes), tout comme des départements de la côte Atlantique de la Colombie.
Des restrictions ou interdictions existent dans certaines zones protégées, par exemple aux Etats-Unis, en Australie, au Canada, au Brésil, ou près des côtes péruviennes. Il s'agit souvent de protéger les fonds marins mais aussi la pêche artisanale.
Au Royaume-Uni, la commission environnementale de la Chambre des communes a appelé jeudi le gouvernement à bannir le chalutage de fond dans certaines zones protégées.
"Il faut agir dans les zones où la vie marine est la plus menacée", a plaidé le député d'opposition Toby Perkins dans un communiqué.
Et en Europe?
L'Union européenne interdit depuis 2016 le chalutage en-dessous de 800 mètres, et la Grèce va devenir le premier pays en Europe à l'interdire dans les parcs marins nationaux d'ici à 2026, puis dans l'ensemble des aires marines protégées d'ici à 2030.
Jeudi, l'UE a présenté sa stratégie pour mieux protéger les océans. Alors que des ONG réclament l'interdiction immédiate du chalutage de fond dans les aires marines protégées, les 27 s'en tiennent à une simple recommandation, appelant à mettre fin à cette pratique à l'horizon 2030 dans les aires protégées.
Le gouvernement français soutient lui "une approche au cas par cas": "les interdictions dépendront de la biodiversité à protéger", a indiqué la ministre de la Transition écologique, Agnès Pannier-Runacher, vendredi lors d'une conférence de presse à Nice.
"Quand vous protégez des hauts fonds, vous interdisez tout ce qui racle. Quand vous protégez des oiseaux, ça se joue un peu plus haut dans la colonne d'eau. Quand vous protégez des cétacés, ça se joue au milieu de la colonne d'eau", a-t-elle détaillé.
R.Flueckiger--VB