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Japon: l'économie se contracte au 1er trimestre, l'horizon s'assombrit
Le Japon a vu son économie se contracter de 0,2% au premier trimestre 2025, dans un environnement marqué par une inflation persistante et les vives incertitudes pesant sur ses exportations en raison des droits de douane américains.
Selon une première estimation officielle publiée vendredi par le gouvernement, le produit intérieur brut (PIB) de la quatrième économie mondiale a reculé de 0,2% sur un an sur les trois premiers mois de l'année, après une croissance de 0,6% au quatrième trimestre 2024.
Une performance inférieure à la prévision médiane des analystes sondés par l'agence Bloomberg (-0,1%).
L'archipel avait connu en 2024 une quasi-stagnation (+0,1%) de son PIB en termes réels (corrigés de l'inflation).
Il avait cependant enregistré en fin d'année dernière un brusque sursaut, avec une croissance de 0,6% au quatrième trimestre, à la faveur d'un excédent commercial accru. Mais cet élan s'est vite essoufflé sur les premiers mois de 2025.
La conjoncture reste maussade: l'inflation (hors produits frais) a accéléré à 3,2% sur un an en mars, tirée par l'envolée persistante des prix de l'énergie et des céréales (+25%), avec notamment une flambée record de 92,5% sur un an des prix du riz, base essentielle de la cuisine japonaise.
L'inflation persistante, quasi-systématiquement supérieure ou égale à 2% depuis 2022, contribue à effriter le pouvoir d'achat et pèse toujours sur les dépenses des ménages nippons, en dépit d'un récent sursaut de ces dernières. La consommation privée est un pilier du PIB national.
Or, cette conjoncture précaire se voit fragilisée encore davantage par l'offensive douanière engagée par le président américain Donald Trump.
- Taxes douanières -
Proche allié de Washington, le Japon est visé depuis début avril par des surtaxes douanières américaines de 25% sur l'automobile et l'acier. Or, l'automobile a représenté l'an dernier environ 28% des exportations japonaises à destination des Etats-Unis, et représente un emploi sur huit dans le pays.
Le Japon est par ailleurs menacé d'une surtaxe "réciproque" de 24% sur toutes ses exportations, mise en pause jusqu'à début juillet, et à laquelle Tokyo tente d'échapper via ses négociations avec l'administration Trump.
"En cas d’échec des négociations, il y aurait des conséquences négatives pour l’économie japonaise et les marchés actions", a affirmé Katsutoshi Inadome, stratégiste senior chez SuMi TRUST.
La Banque du Japon (BoJ) a récemment pris acte de cet assombrissement de l'horizon économique: elle ne table plus que sur une croissance du PIB japonais de 0,5% sur l'année budgétaire 2025 entamée début avril, contre 1,1% prévu précédemment.
"L'introduction de taxes douanières de grande envergure devrait avoir un impact sur l'activité commerciale mondiale, et les incertitudes accrues sont susceptibles d'avoir un impact important sur le moral des entreprises et des ménages dans le monde entier, ainsi que sur les marchés financiers", s'est alarmée la BoJ dans un rapport publié le 1er mai.
"La croissance économique du Japon devrait ralentir, les politiques commerciales entraînant l'essoufflement économique des autres pays et pénalisant les bénéfices des entreprises nationales", insistait l'institution.
Après une hausse des ventes vers les Etats-Unis, grâce aux entreprises soucieuses de gonfler leurs stocks avant les surtaxes douanières, le commerce nippon pourrait souffrir.
Les composantes de l'indice manufacturier PMI "montre déjà une diminution des commandes à l'exportation, tandis que la baisse des exportations chinoises vers les États-Unis et le ralentissement économique américain devraient peser sur les bénéfices des entreprises japonaises et sur le PIB nippon jusqu'au troisième trimestre 2025", avertissent les experts de la banque UBS dans une note.
"Cela pourrait avoir un impact sur les primes de fin d'année et les négociations salariales du printemps prochain", de quoi continuer à pénaliser la consommation, ajoutent-ils.
Face à la conjoncture maussade, et compte tenu de la possibilité de négociations tarifaires prolongées entre les États-Unis et la Chine, la BoJ pourrait attendre jusqu'à 2026 pour reprendre ses hausses de taux.
Elle avait maintenu ses taux inchangés début mai, pointant ses inquiétudes face au risque de ralentissement économique mondial.
Dans ce contexte, le plan de relance d'environ 136 milliards d'euros adopté fin décembre par le gouvernement du Premier ministre Shigeru Ishiba, via des rabais fiscaux, aides et subventions pour conforter le pouvoir d'achat, peine à faire effet.
Tout comme la mise sur le marché de stocks de riz tirés des réserves stratégiques nationales échoue jusqu'à présent à faire baisser significativement les prix de cet aliment de base pour le public.
H.Kuenzler--VB