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France Télévisions: Ernotte Cunci décroche un troisième mandat aussi inédit qu'incertain
Première présidente de France Télévisions à avoir effectué deux mandats, Delphine Ernotte Cunci a été reconduite mercredi pour un troisième, sur lequel plane toutefois une incertitude en cas de création d'une holding chapeautant tout l'audiovisuel public.
Nommée pour cinq ans par l'Arcom, le régulateur de l'audiovisuel, Mme Ernotte Cunci a été préférée à trois autres candidats. En 2015, elle avait été la première femme promue à la tête de France Télévisions, puis, cinq ans plus tard, était devenue la première dirigeante renouvelée pour un deuxième mandat.
En la reconduisant à nouveau, l'Arcom "a fait le choix de privilégier la continuité à la tête du groupe, dans un contexte marqué par des incertitudes majeures", a souligné le régulateur dans sa décision.
Le nouveau mandat de Mme Ernotte Cunci débutera le 22 août.
La dirigeante de 58 ans faisait figure de favorite face aux trois autres prétendants: Frédérique Dumas, productrice et ex-députée macroniste, Irène Grenet, ancienne directrice générale adjointe de FranceTV Publicité, et Jean-Philippe Lefèvre, ex-directeur de l'antenne de Public Sénat.
Tous quatre avaient été entendus lundi et mardi par l'Arcom.
- Pro-réforme -
Dans son projet, Mme Ernotte Cunci avait notamment souligné qu'elle souhaitait donner la priorité à la plateforme france.tv et repenser l'organisation du groupe public autour de cette dernière.
Par ailleurs, la dirigeante soutient ardemment le projet gouvernemental de holding commune pour l'audiovisuel public, plusieurs fois repoussé. C'est selon elle une "arme de dissuasion contre la privatisation".
Outre France Télévisions, la holding chapeauterait également Radio France (dont la présidente, Sibyle Veil, a été reconduite fin 2022), l'Institut national de l'audiovisuel (Ina) et peut-être France Médias Monde (France 24 et RFI).
En l'état, la proposition de loi stipule que le futur PDG de la holding présidera les conseils d'administration de ses filiales.
Le nouveau mandat de la présidente de France Télévisions pourrait donc être écourté, même si le texte peut évoluer jusqu'à son éventuelle adoption définitive.
Si cette réforme arrive à son terme malgré l'opposition des syndicats des entreprises concernées et de la gauche, Mme Ernotte Cunci fait figure de prétendante logique à la présidence de la holding.
La ministre de la Culture Rachida Dati, qui porte le projet de réforme, a récemment annoncé qu'il serait de retour en juin devant le Parlement.
"Je suis déterminée sur cette réforme" et n'y "renoncerai sûrement pas", avait-elle martelé le 7 mai sur France Inter.
"Il y a une majorité pour voter ce texte", a assuré la porte-parole du gouvernement, Sophie Primas, mercredi devant l'Assemblée nationale.
L'année dernière, Mme Dati défendait carrément une fusion des entreprises de l'audiovisuel public mais ce projet avait été suspendu par la dissolution de l'Assemblée en juin.
- "Maîtrise des dépenses" -
France Télévisions comprend les chaînes France 2, France 3 et ses 24 antennes régionales, France 4, France 5, franceinfo et le réseau Outre-mer La Première. Le groupe compte quelque 8.800 salariés (équivalent temps plein) et bénéficie d'un financement par l'Etat de 2,5 milliards d'euros pour 2025.
En reconduisant Mme Ernotte Cunci, l'Arcom dit avoir "tenu compte des transformations engagées ces dernières années", des "résultats d'audience sur les antennes et la plateforme france.tv" ainsi que "des engagements de la candidate", dont sa "stratégie numérique".
L'Arcom a également mis en exergue "les engagements pris pour viser l'équilibre budgétaire par la maîtrise des dépenses".
A l'actif de Mme Ernotte Cunci figurent le lancement en 2016 de la chaîne franceinfo (dont les audiences restent toutefois faibles), et le récent rapprochement de France 3 et France Bleu sous la marque "Ici". Elle a également mis sur pied plusieurs plateformes, Okoo, Lumni, france.tv.
La dirigeante a toutefois fait l'objet de critiques des syndicats: "le climat social s'est considérablement dégradé", estime la CGT de France Télévisions, en déplorant "une réduction nette de près de 1.000 emplois sur 10.000 en dix ans", sur fond d'austérité budgétaire.
G.Frei--VB