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Le Scouarnec, "totalement responsable de ses actes" et toujours dangereux, selon les psychiatres
Un accusé "totalement responsable de ses actes", à la "dangerosité très importante" qui pourrait passer de nouveau à l'acte: des experts psychiatres ont dressé lundi à Vannes un portrait inquiétant de l'"énigme" Joël Le Scouarnec, accusé de violences sexuelles sur 299 patients, la plupart mineurs lors des faits.
Deux ans avant le début du procès du chirurgien pédocriminel, les psychiatres Isabelle Alamone et Jean-Jacques Dumond ont mené un entretien dense avec l'accusé, alors déjà condamné à 15 ans de prison pour des violences sexuelles sur quatre enfants.
Un entretien où Joël Le Scouarnec fait preuve d'un "grand contrôle" sur ses paroles et où "on a l'impression qu'il nous dit ce qu'on veut entendre", explique le Dr Alamone devant la cour criminelle du Morbihan.
Même si le médecin, condamné en 2005 pour détention d'images pédopornographiques, répète "moi, je ne viole pas les enfants" et se refuse à évoquer autre chose que "des attouchements furtifs", les psychiatres le jugent "totalement responsable de ses actes": il "savait ce qu'il faisait".
Les experts mettent en doute sa sincérité, évoquant un sentiment de culpabilité "auquel on a du mal à croire".
"Il est possible qu'il savait ce qu'il pouvait dire et ce qu'il devait ne pas dire", estime le Dr Alamone pour qui l'accusé utilise aussi "le flou mémoriel" comme parade à des questions auxquelles il ne souhaite pas répondre.
"Au pied du mur, il dit +je n'en ai pas le souvenir+", raconte-t-elle.
Devant ses victimes qui défilent à la barre depuis le 24 février, M. Le Scouarnec a répété de manière presque systématique "ne pas se souvenir" précisément des faits dont il est accusé. Il les a néanmoins reconnus dans leur intégralité le 20 mars.
- "Extrême décalage" -
"Etant l'avocat d'un homme et non pas d'une cause perdue", son défenseur Me Maxime Tessier insiste sur l'évolution de l'accusé depuis le début du procès.
"La reconnaissance des faits peut être aussi une posture mais il n'est jamais trop tard", concède Dr Alamone.
"Ce n'est pas une posture", rétorque l'avocat.
En 2023, lorsque Joël Le Scouarnec s'entretient avec les deux psychiatres, ces derniers ne notent cependant "aucune compassion" envers ses victimes.
"Il n'a pas de mot sur son ressenti mais aussi sur le ressenti des autres", dit le Dr Alamone qui résume: pour l'accusé, "les autres, c'est le sexe."
Son collègue, lui, insiste sur "l'extrême décalage entre la pauvreté de son expression et la richesse de ses carnets" où le chirurgien a scrupuleusement détaillé la majorité des viols et agressions commis entre 1989 et 2014.
"Ce monsieur, c'est une énigme et l'énigme principale est dans le contraste" avec ce "personnage insignifiant quand on le rencontre", résume Jean-Jacques Dumond.
"Nous n'aurons pas d'explication claire de pourquoi il est devenu pédophile", souligne-t-il, rappelant que l'accusé ne fait état ni de "passé traumatique (ni) d'enfance carencée".
L'expert note une "amnésie infantile" jusqu'aux 11-12 ans de l'accusé, "très inhabituelle".
Est-il un "cas unique"? demande une avocate. "Dans la multiplicité des actes, oui", admet le Dr Dumond. "Honnêtement, c'est la première fois que je vois ça."
- "Très inquiétant" -
Interrogée par la cour sur les propos de l'accusé assurant que ses pulsions pédophiles ont disparu, Isabelle Alamone esquisse une moue discrète.
La "dangerosité criminologique est très importante", affirme la psychiatre, jugeant le "profil très inquiétant". Pour elle, la détention est actuellement "la meilleure garantie" contre un nouveau passage à l'acte.
"Nous ne sommes pas dans sa tête, nous ne savons pas ce qui s'y passe", résume le Dr Dumond.
Mais "même à son âge", "la vigilance sera toujours de mise, il n'y aura pas de guérison en tant que telle", enchaîne sa collègue.
Pour qu'un éventuel traitement médicamenteux fonctionne, il faudra aussi "qu'il demande de l'aide", juge-t-elle.
"On ne doit pas se fier à des paroles. Les faits sont là et ça incite à une grande, grande prudence."
"Je ne formulerai aucune observation", lâche l'accusé depuis son box en réponse à la cour.
L'audience est suspendue. Lorsqu'elle reprend, une nouvelle victime s'avance à la barre.
G.Haefliger--VB