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Droits de douane: comment l'UE peut répliquer à Trump ?
Taxation des produits américains, comme les motos Harley-Davidson, ciblage des champions des services comme Google ou Meta, exclusion des appels d'offre... L'UE dispose d'une vaste palette pour riposter aux droits de douane de Donald Trump.
- Œil pour œil -
Mi-mars, l'Union européenne a choisi de montrer les muscles dès l'entrée en vigueur des droits de douane américains de 25% sur l'acier et l'aluminium. Ces mesures touchent 26 milliards d'euros d'exportations européennes. L'UE a listé des biens américains, pour le même montant, qui seront taxés à partir de mi-avril.
Sont visées des marques emblématiques comme Harley-Davidson, des denrées agricoles comme le soja ou la viande, mais aussi des appareils ménagers comme les réfrigérateurs ou les tondeuses à gazon.
Le commissaire européen au Commerce, Maros Sefcovic, a déclaré vendredi à ses homologues américains que les nouveaux droits de douane de 20% imposés par le président Donald Trump à l'Union européenne étaient "injustifiés", tout en réitérant l'engagement de l'UE à mener des "négociations sérieuses".
Après un échange "franc" de deux heures avec le secrétaire américain au Commerce Howard Lutnick et le représentant de la Maison-Blanche au Commerce Jamieson Greer, M. Sefcovic a déclaré sur X: "J'ai été clair: les droits de douane américains sont préjudiciables et injustifiés. Les relations commerciales (entre l'UE et les États-Unis, NDLR) ont besoin d'une nouvelle approche. L'UE s'est engagée à mener des négociations sérieuses, mais elle est également prête à défendre ses intérêts."
La Commission prépare une nouvelle série de contre-mesures en réponse aux nouveaux droits de douanes américains de 20% annoncés cette semaine pour l'UE par le président Trump.
"Nous essayons d'être intelligents et de frapper là où ça fait mal", explique un fonctionnaire européen, reconnaissant cibler par exemple des produits provenant d'Etats républicains comme la Louisiane, la Géorgie, le Nebraska ou l'Arkansas.
Les Européens estiment que Washington se tire une balle dans le pied, en alimentant une flambée des prix qui fera mal aux consommateurs américains.
"Les Etats-Unis imposent des droits de douane sur tout et tout le monde, y compris sur les bananes et le café qu'ils ne produisent pas. Ce n'est pas très intelligent", souligne le fonctionnaire européen. "Nous aimons le soja, mais nous pouvons l'obtenir au Brésil. Nous n'avons pas besoin de le faire venir des Etats-Unis. Nous aimons les Harley Davidson, mais nous pouvons aussi acheter des Yamaha. Il existe des alternatives et nous ne nous faisons pas mal", précise-t-il.
- Cibler les champions des services -
Les Vingt-Sept envisagent "d'attaquer les services numériques" américains, a affirmé jeudi la porte-parole du gouvernement français, Sophie Primas, en précisant qu'il pourrait s'agir de taxer des services numériques qui aujourd'hui ne le sont pas.
Les États-Unis affichaient avec l'UE un excédent de 109 milliards d'euros dans les services. Ils sont dominants dans la finance (banques, marchés boursiers, cartes de paiement...) et le numérique avec Microsoft, Amazon, Google ou Meta.
"S'ils s'en prennent à notre excédent de biens, nous nous intéresserons à leur excédent dans les services", a prévenu un fonctionnaire de l'UE.
"On est en train d'en parler, et dans ces cas-là, il faut que la riposte soit rendue publique au moment où elle est complète", a expliqué le ministre français des Finances, Eric Lombard, sur BFMTV/RMC vendredi. "C'est un signal qui a été adressé à nos amis américains. Mais on travaille sur un paquet de ripostes qui peut aller tout à fait au-delà des droits de douane", a-t-il ajouté.
- Au-delà des taxes -
"On a des outils de réglementation sur des éléments que je ne veux pas détailler", a indiqué M. Lombard. "Les normes, les échanges de données, des outils fiscaux"... Des mesures peuvent toucher des entreprises alors qu'elles "n'ont pas d'impact sur le coût des produits en Europe", a-t-il insisté.
L'UE s'est par ailleurs dotée en 2023 d'un instrument européen commun qui vise à punir tout pays utilisant des armes économiques pour faire pression sur elle. Ce nouvel instrument, dit "anticoercition", a été pensé comme un outil de dissuasion, à activer après épuisement des voies diplomatiques.
Il autorise différents types de représailles: gel de l'accès aux marchés publics, blocage d'autorisations de mise sur le marché de certains produits, blocage d'investissements... La riposte à M. Trump pourrait concerner "l'accès à nos marchés publics", a d'ailleurs affirmé Mme Primas.
- Calme et unité -
L'avantage de l'outil anticoercition est qu'il permet à l'Europe de riposter sans obtenir un soutien unanime des Etats membres, car il confie plus de pouvoir à la Commission.
"Nous sommes prêts à mettre en œuvre des contre-mesures fermes, percutantes mais proportionnées", a averti jeudi soir le commissaire européen au Commerce, Maros Sefcovic. Forte de son immense marché intérieur de 450 millions de consommateurs, l'UE se montre sereine.
Jusqu'à présent, les Vingt-Sept n'ont montré aucun signe de division, malgré leurs intérêts nationaux divergents. "L'Europe a tout ce qu'il faut pour traverser cette tempête. Si vous vous en prenez à l'un d'entre nous, vous vous en prenez à nous tous. C'est pourquoi nous resterons unis", a affirmé la présidente de la Commission Ursula von der Leyen.
M.Vogt--VB