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A Paris, appels et promesses pour lutter contre la malnutrition, à l'heure du repli américain
"Un monde sans faim n’est pas une utopie. C’est un choix", a déclaré jeudi le secrétaire général de l'ONU en ouvrant, par video interposée, un sommet sur la malnutrition à Paris à l'heure où l'aide au développement recule dans de nombreux pays, à commencer par les Etats-Unis de Donald Trump.
"En 2015, les dirigeants du monde ont fait une promesse à l’humanité: éliminer la faim d’ici à 2030. Hélas, nous sommes loin du compte", a dit Antonio Guterres aux représentants de 75 Etats, fondations philanthropiques, agences onusiennes, entreprises... réunis jeudi et vendredi à l'invitation de la France.
"Face à la tentation du repli, les puissances d’équilibre doivent continuer à rester engagées", a déclaré le Premier ministre français, François Bayrou, assurant que "la France prendra(it) sa part", notamment via le Programme alimentaire mondial (PAM) dont elle est cinquième bailleur bilatéral (180 millions d’euros en 2024).
Ce "Sommet Nutrition pour la croissance", tenu pour la première fois à Londres en 2012 et organisé à tour de rôle par les pays hôtes des Jeux olympiques, vise à soutenir la mobilisation à l'égard d'un enjeu aigü qui recueille pourtant moins de 1% de l'aide au développement.
Entre la faim, la sous-nutrition, mais aussi le surpoids et les maladies liées à une alimentation transformée manquant de nutriments, plus de 2,8 milliards de personnes souffrent de malnutrition dans le monde, au Sud comme au Nord, selon la FAO.
Objectif de la réunion, "maintenir un niveau élevé d'engagement politique et financier en faveur de la nutrition", explique l'organisation française.
Elle intervient alors que le président américain, Donald Trump, a décidé le quasi-démantèlement de l'Agence des Etats-Unis pour le développement international (USAID).
La situation était déjà tendue, avec une aide publique au développement en recul dans de nombreux pays dont l'Italie, la Belgique, les Pays-Bas, la France et le Royaume-Uni, dans un contexte de difficultés économiques ou de retour des dépenses militaires.
En 2025, au moins 14 millions d'enfants victimes de malnutrition pourraient ne pas avoir accès à l'aide dont ils ont besoin en raison des coupes drastiques dans l'aide internationale, a mis en garde l'Unicef mercredi.
Pour l'Union européenne, Hadja Lahbib, commissaire à la gestion des crises, chargée notamment de la coopération internationale et de l'aide humanitaire, a annoncé jeudi "un nouvel engagement de 3,4 milliards d'euros pour la période 2024-27 (...) pour renforcer notre combat mondial contre la malnutrition".
- Enjeu économique -
Depuis les années 1990, la lutte contre la malnutrition avait progressé: les retards de croissance ont baissé de 45%. Mais depuis le Covid et son impact sur les systèmes alimentaires et sanitaires, les progrès ont marqué le pas.
Le taux de faible poids à la naissance stagne, le taux d'anémie des femmes en âge de procréer augmente et l'obésité explose, dans les pays riches mais aussi à faible revenu, souligne la Banque mondiale.
Selon l'Unicef, 36 millions d'enfants de moins de cinq ans souffraient de malnutrition aiguë en 2022 et 148 millions présentaient un retard de croissance.
Dans les pays à revenu faible et intermédiaire, le manque à gagner pour le produit intérieur brut (PIB) est estimé entre 11% et 20%. A l'inverse, 100 millions d'euros d'aide publique investis contre la malnutrition, c'est 2,3 milliards d'euros de PIB générés sur 20 ans, selon la Banque mondiale.
La nutrition est le premier levier du développement, a déclaré jeudi le roi Letsie III du Lesotho, décrivant combien la malnutrition affecte la santé mais aussi le développement cognitif, l'éducation et, finalement, le développement d'un pays.
"Dans un monde où les ressources deviennent plus rares, nous devons nous focaliser sur les défis les plus essentiels et les solutions qui marchent. Pour l'Afrique, les besoins en nutrition doivent être notre objectif numéro un", a ajouté le roi du Lesotho, qualifié par Donald Trump début mars de pays dont "personne n'a jamais entendu parler".
Jeudi soir, le président français, Emmanuel Macron, présidera une séquence consacrée à la mobilisation du secteur privé.
Des organisations philanthropiques comme la fondation Rockefeller devraient annoncer des financements. Le point sera fait sur des initiatives telles que celle de l'UE, "Farm", lancée avec l'ONU pour atténuer la crise alimentaire liée à la guerre en Ukraine. Des entreprises sont également invitées.
W.Huber--VB