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"Cela n'a pas de sens": à la frontière, des Canadiens "terrifiés" par l’annonce de tarifs douaniers
Malgré tout, ils gardaient un peu d'espoir. Mais soudain, l'annonce qu'ils redoutaient tous est tombée: le président américain Donald Trump a confirmé lundi l'imposition de droits de douane sur les produits canadiens, plongeant les habitants de Windsor, ville frontalière, dans la consternation.
La commune de 250.000 habitants, installée en face de Détroit, est le cœur battant de l'industrie automobile canadienne. Et elle était jusqu'ici en plein essor.
Mais cela, c'était avant, avant les menaces douanières du président américain. Aujourd'hui, les habitants canadiens se sentent trahis par leur voisin et redoutent les fermetures d'usines et, par ricochet, de nombreux sous-traitants.
"Nous sommes tous terrifiés", lâche à l'AFP Joel Soleski, 26 ans, ouvrier pour Stellantis, le géant automobile. Il dit désormais craindre d'être licencié "jusqu'à nouvel ordre."
Le constructeur est l'un des plus exposés à ces droits de douane, selon un rapport de l'agence Moody's: 40% de ses voitures vendues aux États-Unis (sous les marques Ram, Fiat, Dodge ou Chrysler) sont fabriquées dans les deux pays frontaliers.
Et si Joel Soleski est très inquiet, c'est aussi parce que toute sa vie est ici: "Je viens d'acheter ma première maison", poursuit-il. "Ce sera difficile si ma petite amie doit payer toutes les factures".
Sur le parking de Stellantis lundi, parmi les dizaines de travailleurs qui terminent leur journée de travail, l'angoisse et la colère sont palpables.
Ils viennent d'apprendre que le président américain a douché tous leurs espoirs et affirmé que le Canada et le Mexique n'avaient "plus de marge de manœuvre" pour éviter l'entrée en vigueur, dans la nuit de lundi à mardi, des droits de douane de 25% sur leurs produits entrant aux Etats-Unis.
Pourtant à Windsor, depuis des années, on a presque oublié qu'il y avait une frontière, l'économie est profondément intégrée et les pièces automobiles peuvent traverser la frontière jusqu'à six fois avant qu'un véhicule ne soit assemblé.
- "Aucun sens" -
"Je ne vois pas comment cela pourrait fonctionner", s'indigne John D'Agnolo, président du syndicat qui représente 2.000 travailleurs chez Ford, côté canadien.
La décision de Donald Trump "n'est pas logique et n'a absolument aucun sens", insiste-t-il avec colère. Les premiers licenciements pourraient tomber en quelques semaines, estime ce responsable syndical. Et à terme, selon lui, les véhicules coûteront plus chers pour les consommateurs.
Au total, plus de 2 millions d'emplois sont en jeu au Canada et 500.000 rien que dans la province de l'Ontario, la plus peuplée du pays où est installée Windsor.
Christina Grossi, qui travaille dans le laboratoire de chimie de Ford, est sous le choc: "ce sont nos emplois, nous faisons cela depuis 100 ans", dit-elle.
"On dirait que Donald Trump veut nous voler, c'est terrifiant", ajoute cette quinquagénaire qui se sent fortement trahie par un pays qu'elle a toujours considéré comme un grand allié.
Son fils étudie aux Etats-Unis, elle a des liens très forts depuis son enfance avec son voisin du sud... La "rupture" voulue par Donald Trump n'a pas de sens pour elle.
Cela fait des semaines que le Canada attend de connaitre la décision du président Donald Trump, qui semble prêt à balayer l'alliance solide qui unit les pays depuis plus d'un siècle, un accord de libre-échange et des milliards de dollars d'échanges transfrontaliers quotidiens.
Lundi, le Premier ministre de l'Ontario Doug Ford est de nouveau monté au créneau: "s'ils veulent essayer d'anéantir l'Ontario, je ferai tout pour les en empêcher, y compris leur couper l'énergie".
"Ils dépendent de notre énergie", a-t-il insisté. "Ils ont besoin de sentir la douleur. Ils veulent nous frapper durement. Nous allons riposter deux fois plus fort."
T.Zimmermann--VB