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Procès Le Scouarnec: la personnalité de l'accusé au coeur du deuxième jour d'audience
Le procès de Joël Le Scouarnec, jugé depuis lundi par la cour criminelle du Morbihan pour des viols et agressions sexuelles sur 299 jeunes victimes, a repris mardi pour une deuxième journée où doit être sondée la personnalité de l'ancien chirurgien, avec le témoignage attendu de son ex-épouse.
Défileront à la barre un enquêteur de personnalité mais surtout les trois enfants de l'accusé et leur mère, qui affirme ne jamais avoir eu le moindre soupçon sur la pédocriminalité de son mari. Malgré des écrits de ce dernier laissant penser le contraire, et malgré une première condamnation du chirurgien pour détention d'images pédopornographiques en 2005, déjà à Vannes.
"Je n'étais pas au courant de ses penchants, de ses poupées. Je n'ai eu connaissance de ses cahiers qu'après son interpellation", assurait-elle début février dans une interview au quotidien Ouest-France.
Pauline, une des victimes, confiait à l'AFP avant l'audience son espoir d'avoir "des réponses". "J'espère qu'elle va nous dire la vérité surtout. On attend de savoir si elle ne savait pas ou s'il nous ment (...) On a beaucoup de doutes".
"Aujourd'hui, je trouve que c'est une étape importante du procès, vraiment (…) Et ce serait bien de savoir le début de l'histoire, même si ça n'enlève rien à ce qu'il nous a fait, parce que c'est atroce", a ajouté Pauline.
- "ce silence" -
Pour la Fondation pour l'enfance, qui s'est constituée partie civile, l'enjeu de l'audience est que les victimes aient "quelques réponses à leurs questions" et des clés de compréhension du "fonctionnement familial": "pourquoi ce silence, pourquoi cette incapacité à parler, (...) quels ont pu être les blocages familiaux, notamment de son ex-femme, mais qui sont des blocages finalement assez classiques dans notre société", a déclaré Joëlle Sicamois, sa directrice.
Lundi, l'accusé, âgé de 74 ans, crâne chauve entouré de cheveux blancs, porteur de lunettes et vêtu d'une veste noire, a pris la parole pour la première fois. "Si je comparais devant vous c'est qu'effectivement un jour, alors que pour la plupart ce n'étaient que des enfants, j'ai commis des actes odieux", a-t-il déclaré en fin d'audience, d'une voix hésitante.
"Je suis parfaitement conscient aujourd'hui que ces blessures sont ineffaçables, irréparables", a-t-il ajouté, disant vouloir "assumer la responsabilité" de ses actes.
Au cours d'un propos liminaire, la présidente de la cour Aude Buresi a assuré à l'accusé que "devant cette cour, vous n’êtes ni un objet de curiosité, ni un sujet d'études, ni un débat de société. Mais un justiciable avec un certain nombre de droits".
Selon Me Cécile de Oliveira, qui défend plusieurs victimes, Joël Le Scouarnec réagit "sur un ensemble de crimes et de délits qui lui sont reprochés, qui est une litanie extrêmement longue (…) et je dirais qu'il réagit d'une manière ultra adaptée, parce que je pense que c'est un homme qui sait s'adapter d'une façon exceptionnelle".
- "pédophile" revendiqué -
L'audience de lundi a donné lieu à une passe d'armes entre avocats de parties civiles, certains dénonçant la constitution de parties civiles du Conseil national de l'Ordre des médecins (CNOM) et du Conseil départemental de l'Ordre des médecins du Morbihan, dont ils dénoncent l'inaction.
L'avocate Negar Haeri a rappelé que le CNOM "défend les intérêts collectifs de la profession, qui ont été salis par les agissements reprochés à Joël Le Scouarnec, la place du conseil est donc sur le banc des parties civiles aux cotés des victimes".
L'ancien chirurgien consignait méticuleusement dans des carnets et des fichiers le nom, l'âge et l'adresse de ses victimes ainsi que les violences infligées, souvent sous couvert de geste médical.
Ses journaux intimes, et l'ampleur inédite de cette affaire, ont été découverts lors d'une perquisition à son domicile en 2017, après que sa voisine de six ans l'a dénoncé auprès de ses parents pour viol.
Au total, Joël Le Scouarnec, qui se revendique "pédophile" depuis des décennies dans ses écrits, est jugé pour 111 viols et 189 agressions sexuelles, aggravés par le fait qu'il abusait de sa fonction de médecin. Il encourt une peine maximale de 20 ans de réclusion.
Le verdict est attendu le 6 juin.
E.Burkhard--VB