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En Allemagne, le virage à droite de la génération Z
L'humeur est au beau fixe lors d'une rencontre de jeunes conservateurs allemands, dans le nord du pays, où la charge d'un orateur contre les politiques climatiques des Verts suscite les applaudissements de l'auditoire âgé de moins de 30 ans.
Parmi eux Niels Kohlhaase, 25 ans, cadre dans une entreprise du bâtiment, dont la priorité est la relance de l'économie allemande, en récession depuis deux ans.
La victoire promise au candidat de la droite Friedrich Merz, favori du scrutin législatif de dimanche, lui donne de l'espoir : ancien avocat d'affaires ayant longtemps travaillé chez BlackRock, géant américain de la gestion d'actifs, Merz "a de bons contacts aux Etats-Unis", qu'il mettra à profit une fois au pouvoir, fait valoir le jeune homme.
Quand l'animateur de la soirée, organisée dans un bar de Rotenburg (nord) par le mouvement de jeunesse des chrétiens-démocrates (CDU), fustige les écologistes, opposés à la relance du nucléaire, l'assistance acquiesce vivement.
Les Verts avaient été plébiscités par les jeunes lors des dernières législatives en Allemagne, arrivant en tête chez les 18-24 ans lors du scrutin de 2021, une période où le mouvement de lutte pour le climat Fridays for Future attirait des dizaines de milliers de personnes dans les rues.
Aux élections européennes de juin 2024, les 16-24 ans ont d'abord voté pour le parti conservateur (17%) en tête dans leur tranche d'âge comme dans l'ensemble de la population, devant le parti d'extrême doite AfD.
- Coupure est/ ouest -
"Le mouvement pour le climat implique de renoncer à beaucoup de choses et la génération Z (née entre 1997 et 2012) n'a jamais appris à le faire", décrypte Rüdiger Maas, président de l'institut de recherches sur les générations, dans un entretien à l'AFP.
Leur rapport à la Seconde guerre mondiale est également "différent de celui de leurs aînés", hantés par la culpabilité des horreurs commises par les nazis, explique le chercheur.
Différence majeure entre les jeunes sensibles aux valeurs de droite: "à l'est du pays, ils votent AfD, à l'ouest ils choisissent les conservateurs", selon M. Maas.
Une division qui recoupe l'ancienne ligne de partage entre l'ex-République fédérale allemande, terre d'immigration depuis des décennies, et l'ex-Allemagne communiste où la société était "relativement homogène, sans beaucoup d'étrangers" avant la vague migratoire de 2015-16, constituée majoritairement d'exilés syriens et afghans, et l'afflux des réfugiés ukrainiens après l'invasion de leur pays par la Russie.
Lors de trois élections régionales dans l'est du pays, à l'automne 2024, l'AfD a nettement progressé chez les 18-24 ans au détriment des Verts, selon l'institut infratest dimap.
"On arrivera à diviser par deux le score de l'AfD seulement avec une politique migratoire raisonnable", estime Josh Heitmann, 21 ans, fils d'exploitants agricoles, favorable au durcissement du droit d'asile prôné par Friedrich Merz.
- TikTok et Instagram -
Conscients que la bataille pour l'électorat des moins de 30 ans se joue sur les réseaux sociaux, les conservateurs ont tenté de rattraper leur retard.
Le député Philipp Amthor, 32 ans, s'est vu confier l'animation d'une cellule spéciale en charge des contenus sur TikTok ou Instagram. De tous les partis politiques allemands, l’AfD est le plus présent sur TikTok, ont analysé les chercheurs.
La "Team Merz" ne réagit pas forcément aux fausses informations, notamment de l'extrême droite et de ses "trolls", "pour éviter leur propagation", souligne Nina Weise, 24 ans, experte des réseaux sociaux du parti conservateur.
"Les partis démocratiques ont un handicap sur TikTok car l'algorithme favorise les contenus extrémistes", ajoute-t-elle.
"Nous misons avant tout sur du contenu politique, même si le rire est autorisé sans pour autant se livrer à des danses sur TikTok", insiste M. Amthor qui s'est filmé le haut du corps intégralement platré pour encourager à voter par correspondance.
Pour Niels Kohlhaase, ces efforts sont payants: "C'est la première fois que les posts de la CDU me parlent", avoue-t-il.
D'autres en revanche ne sont pas encore convaincus: Cleo Heitmann, 19 ans, qui accompagne son frère à la soirée de Rotenburg, "oscille entre la CDU et les sociaux-démocrates" et se décidera "seulement dans l'isoloir".
J.Sauter--VB