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Pour stimuler son économie, l'Iran réfléchit au transfert de sa capitale près du Golfe
Délaisser la pollution de Téhéran et ses embouteillages au profit d'une nouvelle métropole balnéaire plus respirable: l'Iran relance un ambitieux projet de déménagement de sa capitale, afin de stimuler une économie mise à mal par les sanctions internationales.
Le déplacement de la capitale iranienne est un sujet récurrent depuis la Révolution islamique de 1979, mais les différents projets ne se sont jamais concrétisés en raison des difficultés logistiques et financières.
Le président Massoud Pezeshkian a pourtant relancé cette idée depuis son arrivée au pouvoir en juillet.
Pour une nouvelle capitale, le gouvernement a identifié comme site potentiel la vaste région du Makran dans le sud du pays, qui borde la mer d'Oman et s'étend sur des centaines de kilomètres jusqu'au Pakistan voisin.
"Le +Paradis perdu+ du Makran doit devenir le futur centre économique de l'Iran et de la région", a déclaré dimanche le chef de la diplomatie iranienne, Abbas Araghchi.
Téhéran, située au pied de la chaîne des montagnes enneigées de l'Alborz, est depuis 1786 le centre politique, administratif et culturel de l'Iran.
Avec sa périphérie, elle compte environ 15 millions d'habitants, dont le quotidien est terni par une pollution de l'air chronique, un trafic dense qui rend les trajets interminables et des ressources limitées.
L'Iran dispose d'abondantes réserves de gaz et pétrole dans le sud du pays, mais la majeure partie des Iraniens habitent dans le nord, notamment à Téhéran, ce qui complique l'approvisionnement et occasionne une crise énergétique.
Cette situation "pèse lourdement sur notre compétitivité", estime le président Pezeshkian, les sanctions mettant un frein aux investissements.
- "Symbole de modernité" -
Le lieu exact pour une nouvelle capitale n'a pas été dévoilé mais cette région comprend le port de Chabahar pour lequel l'Iran a de grandes ambitions.
Le projet est "à l'étude", selon la porte-parole du gouvernement, Fatemeh Mohajerani.
L'AFP n'a pas été en mesure d'obtenir toutes les autorisations nécessaires pour se rendre dans l'immédiat au Makran.
Le projet, qui déplacerait la capitale à plus d'un millier de kilomètres de Téhéran, est loin de faire l'unanimité.
"Ce serait une décision totalement erronée car Téhéran représente vraiment l'Iran", affirme à l'AFP Kamyar Babaï.
"C'est un symbole de la modernité" du pays, ajoute cet ingénieur de 28 ans qui réside dans la capitale.
Téhéran abrite palais historiques et gratte-ciel modernes, bazars animés et parcs verdoyants, des contrastes saisissants en termes d'urbanisme.
Sur le plan stratégique, la ville "est adaptée aux situations d'urgence et de guerre", estime Ali Khaksar Rafsanjani, un professeur d'urbanisme cité par le journal Etemad.
En revanche, le Makran est selon lui "très vulnérable" en cas de guerre, car il borde le Golfe et la mer d'Oman.
Semi-désertique, la région du Makran est connue pour ses massifs montagneux accidentés et ses falaises, ses plages et villages de pêcheurs qui font le bonheur des touristes et son histoire ancienne qui remonte à l'époque d'Alexandre le Grand.
- "Du potentiel" -
L'ancien maire de Téhéran, Pirouz Hanachi, assure que des investissements - non chiffrés - "peuvent régler" les problèmes d'urbanisme de la plus grande ville d'Iran.
Relocaliser la capitale coûterait en revanche "environ 100 milliards de dollars", selon une estimation en avril 2024 de l'ex-ministre de l'Intérieur, Ahmad Vahidi.
L'agence de presse Isna, qui a pesé le pour et le contre d'un tel déménagement, voit "du potentiel" pour le Makran, amené à devenir "un important pôle économique et commercial".
Mais elle souligne que le projet risque d'alourdir le fardeau financier du pays.
Le journal Etemad cite comme atouts "l'accès à l'eau" en raison de la proximité avec la mer "et une vulnérabilité réduite aux tremblements de terre", contrairement à Téhéran qui manque d'eau et se trouve sur plusieurs failles sismiques.
Mais il met également en garde contre le coût élevé du projet et des défis logistiques sans précédent.
Le média en ligne Khabar Online, pointe pour sa part la vulnérabilité du Makran au changement climatique et aux températures élevées qui dépassent en été les 40°C.
Pour Banafsheh Keynoush, membre de l'Institut international d'études iraniennes, le choix du Makran est aussi lié à des considérations stratégiques.
"L'Iran cherche à concurrencer (pour le commerce mondial, NDLR) les ports maritimes de Dubaï et Gwadar", respectivement aux Emirats arabes unis et au Pakistan, relève-t-elle sur X.
Pour cela, l'Iran a besoin de renforcer l'attractivité de Chabahar dans le Makran, selon Mme Keynoush.
D.Schlegel--VB