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Ukraine : Macron parle à Trump puis tient une réunion de crise avec des pays-clés européens
Un "tournant" pour la sécurité européenne : l'Europe tente lundi au cours d'une réunion d'urgence à Paris d'afficher une posture commune pour déjouer la menace de rester spectatrice pendant que Donald Trump négocie la fin de la guerre en Ukraine dans un tête-à-tête avec la Russie.
Plusieurs dirigeants de pays-clés européens, dont le Britannique Keir Starmer, l'Allemand Olaf Scholz et le Polonais Donald Tusk, ont rejoint le président français Emmanuel Macron dans l'après-midi à l'Elysée pour une rencontre convoquée à la hâte. Les chefs des gouvernements espagnol, néerlandais et danois y participent aussi, tandis que l'Italienne Giorgia Meloni devait arriver en retard.
"La sécurité de l'Europe est à un tournant", a écrit sur X la présidente de la Commission européenne Ursula von der Leyen à son arrivée dans la capitale française, où est aussi présent le secrétaire général de l'Otan Mark Rutte. "Nous avons besoin d'un état d'esprit d'urgence" et d'"un sursaut dans notre défense", a-t-elle ajouté.
Juste avant le début de ces entretiens, Emmanuel Macron s'est entretenu au téléphone avec Donald Trump, qui a semé le désarroi en Europe en parlant la semaine dernière avec Vladimir Poutine pour déclencher les grandes manoeuvres diplomatiques sur l'Ukraine. D'autant que l'émissaire américain Keith Kellogg, qui ira jeudi en Ukraine, a clairement laissé entendre que Washington ne voulait pas des Européens à la table des négociations.
- Divergences -
La réunion de crise de lundi inaugure un ballet diplomatique qui se poursuivra avec des pourparlers inédits américano-russes prévus pour mardi en Arabie saoudite, où est arrivé le secrétaire d'Etat américain Marco Rubio. Ceux-ci concerneront en particulier de "possibles négociations sur l'Ukraine", selon le Kremlin, même si la diplomatie américaine en a minimisé la portée en assurant qu'il ne s'agirait pas du début d'une "négociation".
Le chef de l'Etat ukrainien Volodymyr Zelensky se rendra en tout cas également en Arabie saoudite mercredi, après avoir prévenu que son pays "ne reconnaîtrait" aucun accord conclu sans lui sur son propre avenir.
Le Premier ministre Keir Starmer a pour sa part fait savoir qu'il rencontrerait "la semaine prochaine" Donald Trump à Washington.
Mais le rendez-vous que tous attendent désormais, et beaucoup redoutent, est celui entre le président américain et son homologue russe. Il devrait avoir lieu "très bientôt", a fait savoir le locataire de la Maison Blanche.
Avant de se retrouver à Paris en petit comité au cours d'une réunion qui pourrait être suivie d'autres élargies au reste des Européens, le Vieux Continent a étalé ses divergences.
Le Royaume-Uni, qui aimerait jouer un rôle de facilitateur entre les Etats-Unis et les Européens, s'est dit prêt dimanche à dépêcher "si nécessaire" des troupes en Ukraine pour "contribuer aux garanties de sécurité". La Suède a également affirmé lundi ne "pas exclure" le déploiement de soldats si les négociations permettent d'installer "une paix juste et durable".
En revanche, le Premier ministre polonais Donald Tusk, un fort soutien de Kiev, a assuré lundi avant son départ pour Paris que la Pologne n'enverrait pas de militaires en Ukraine.
Comme l'Espagne, l'Allemagne juge de son côté "prématurées" ces discussions sur l'envoi de troupes, souhaitant "d'abord attendre de voir si et comment la paix, comme nous l'espérons, s'instaure en Ukraine".
- Rapprochement russo-américain -
Une conférence sur la sécurité s'est achevée dimanche à Munich, en Allemagne, où le discours hostile du vice-président américain J.D. Vance à l'encontre des alliés des Etats-Unis a sidéré les Européens.
Dimanche, un conseiller d'Emmanuel Macron a fait part de la "nécessité pour les Européens de faire plus, mieux et de manière cohérente pour notre sécurité collective".
"Nous ne serons pas en mesure d'aider efficacement l'Ukraine si nous ne prenons pas immédiatement des mesures concrètes concernant nos propres capacités de défense", a renchéri lundi Donald Tusk.
Les pays de l'Union européenne vont d'ailleurs chercher cette semaine à Bruxelles à accroître rapidement leur aide militaire à l'Ukraine, avec, en particulier, une quantité "minimum" d'un million et demi d'obus d'artillerie, selon plusieurs diplomates européens.
Mais, signe des divisions dans l'UE, la Hongrie de Viktor Orban, un dirigeant à la fois proche de Moscou mais aussi du président américain, a fustigé "des dirigeants européens frustrés, pro-guerre et anti-Trump" qui "se réunissent pour empêcher un accord de paix en Ukraine".
Pour le chef de la diplomatie russe Sergueï Lavrov, l'Europe n'a pas sa place dans les futures négociations car elle veut "continuer la guerre".
L'Ukraine entre le 24 février dans la quatrième année du conflit déclenché par l'invasion à grande échelle par la Russie.
Ursula von der Leyen et ses commissaires européens se rendront en Ukraine, pour marquer l'anniversaire de cette attaque.
Volodymyr Zelensky a exhorté les Européens à éviter un accord forgé par les Américains "dans le dos" de Kiev et de l'Europe.
Mais au sujet d'une participation de l'Europe aux négociations, l'émissaire américain Kellogg a répondu, laconique : "Je fais partie de l'école réaliste, je pense que ça ne va pas se produire".
cf-vl-cl-fff/hr/bds
K.Hofmann--VB