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Après sept semaines de grève, les ouvriers de Boeing ratifient leur accord social
Plus de 33.000 ouvriers de Boeing ont ratifié un nouvel accord social de quatre ans, après plus de sept semaines de grève dont le coût direct dépasse les dix milliards de dollars pour l'avionneur américain et ses fournisseurs.
Après avoir rejeté deux offres, les adhérents de l'IAM-District 751, branche du syndicat des machinistes (IAM) dans la région de Seattle (nord-ouest), ont approuvé à 59% l'accord prévoyant une hausse salariale très proche des revendications, mais pas le rétablissement de l'ancien dispositif de retraite.
La grève a duré 53 jours. La reprise du travail est possible dès mercredi mais, au plus tard, le 12 novembre.
"Il nous appartient maintenant de reprendre le travail et de commencer à construire des avions, d'augmenter la cadence et de ramener cette entreprise sur la voie de la réussite financière", a déclaré lundi soir Jon Holden, président de l'IAM-District 751, lors d'une conférence de presse.
Vers 15H50 GMT, l'action Boeing reculait de 1,28%.
L'accord prévoit une hausse salariale de 38% sur quatre ans. Le syndicat réclamait 40%.
De nombreux employés espéraient aussi le rétablissement du dispositif avec pension de retraite à montant garanti - 42% des syndiqués actuels en disposaient -, supprimé par l'accord social de 2014 au profit d'un dispositif par capitalisation.
Mais, pour Boeing, ce rétropédalage était inconcevable car "excessivement cher".
-"Excellence"-
Kelly Ortberg, patron du groupe depuis août, s'est dit "heureux" de la ratification.
"Les mois écoulés ont été difficiles pour nous tous mais nous faisons partie de la même équipe", a-t-il relevé dans un message adressé aux employés après le résultat du vote. "Il y a beaucoup de travail à accomplir pour retrouver l'excellence qui a fait de Boeing une entreprise emblématique", a-t-il prévenu.
D'après le cabinet Anderson Economic Group, il s'agit de la plus coûteuse grève de ce siècle aux Etats-Unis avec plus de 11,56 milliards de dollars d'impact direct depuis le 13 septembre, dont 6,50 milliards de manque à gagner pour Boeing et 2,87 milliards pour ses fournisseurs.
Le président américain Joe Biden a "félicité" les deux partenaires "d'être parvenus à un accord reflétant le dur labeur et les sacrifices des 33.000 machinistes", mentionnant aussi le soutien de son équipe économique.
"Les bons accords profitent aux travailleurs, aux entreprises et aux consommateurs et sont essentiels à la croissance de l'économie américaine", a-t-il ajouté, quelques heures avant l'ouverture des bureaux de vote pour l'élection présidentielle.
"La partie difficile commence pour Boeing", a commenté Peter McNally, analyste de Third Bridge, mentionnant les problèmes de qualité gangrénant la production "depuis des années".
Pour TD Cowen, la ratification "met un terme à une grève contentieuse".
Il s'agissait de la quatrième offre de Boeing depuis début septembre, mais de la troisième soumise au vote des membres.
-43,65%-
La première, rejetée le 12 septembre par près de 95% des syndiqués qui ont aussi voté une grève immédiate, prévoyait une hausse de 25%. Boeing a ensuite proposé 30%, puis 35% et, finalement, 38%.
Selon le syndicat, la hausse salariale atteindra en réalité 43,65% à l'échéance du contrat puisque la rémunération de référence va augmenter chaque année.
Boeing a également rétabli une prime annuelle (4% du salaire annuel), augmenté la prime de ratification (de 3.000 à 12.000 dollars) et accru la contribution au plan de retraite par capitalisation.
Le constructeur a maintenu son engagement à fabriquer son prochain avion - attendu pour 2035 - dans la région de Seattle, berceau de Boeing, ce qui représente une garantie de dizaines de milliers d'emplois pour plusieurs décennies.
Les dirigeants syndicaux avaient recommandé la ratification de la première offre, arguant n'avoir aucune garantie d'obtenir davantage avec un débrayage, mais ils s'étaient abstenus pour le deuxième vote (rejeté à 64%).
La fin de la grève était cruciale pour Boeing, en grandes difficultés financières, car le débrayage paralysait les deux usines produisant le 737 - son avion vedette -, le 777, le 767 et plusieurs programmes militaires.
Pour Ben Tsocanos, directeur chargé de l'aérospatial chez S&P Global Ratings, la notation de Boeing dépend de "sa capacité à augmenter la production et la qualité pour générer de flux de trésorerie positifs".
L'agence prévoit que Boeing "brûle environ 14 milliards de dollars" en 2024 et que cela se poursuive jusqu'en 2025, soulignant que la levée de capitaux "étonnamment élevée" allait servir "d'amortisseur".
Le géant de l'aéronautique, qui a publié sa pire perte trimestrielle en quatre ans, compte réduire ses effectifs mondiaux de 10% dans les prochains mois et a lancé cette semaine une augmentation de capital géante d'au moins 21 milliards de dollars.
L.Stucki--VB