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Après la tempête en Libye, sur la côte, on a "tout perdu"
Sur la côte est de la Libye, douze jours après le passage de la tempête Daniel, les localités se succèdent et, avec elles, des paysages de désolation: routes effondrées, maisons éventrées par des arbres, troupeaux décimés, champs engloutis...
Autrefois, Soussa, située à une soixantaine de kilomètres à l'ouest de Derna, la ville la plus touchée avec des milliers de morts et de disparus, était connue pour ses maisons avec vue sur la Méditerranée, louées à des visiteurs de passage.
Le soir du 10 septembre, des torrents d'eau se sont abattus sur elles, avec une puissance folle, du haut de la montagne en surplomb. Aujourd'hui, seules quelques maisonnettes remplies de boue se dressent, chancelantes, au milieu des gravats.
Dans d'autres quartiers plus épargnés, mais où les services publics étaient déliquescents de longue date, les robinets sont à sec et l'électricité n'est revenue que depuis peu.
"L'eau est un vrai problème", raconte à l'AFP l'un des habitants, Ahmed Saleh, âgé de 34 ans. En attendant que la centrale à l'entrée de la ville reprenne du service, des volontaires "nous apportent de l'eau dans des citernes venues des villes voisines", dit-il.
- "Tout perdu" -
L'usine de dessalement, qui alimente 320.000 personnes dans la région, est encore à l'arrêt alors que ses employés s'activent à sortir tuyaux, cuves et autres équipements de la boue gluante qui les recouvre.
Milad Saleh, 63 ans, dont 34 dans le traitement des eaux, se rappelle du premier jour après les inondations: "les tuyaux étaient bouchés par du bois, des pierres et de la boue".
Pour le directeur administratif du site, Ezz El Guedri, "il faudra une semaine, peut-être dix jours pour relancer les machines".
Alors qu'à Soussa, on attend l'eau sur l'imposant site antique grec de Cyrène, on se passerait bien des bouillons d'eau à l'odeur nauséabonde qui sortent du sol au pied des colonnes des temples et polluent la Fontaine d'Apollon.
Sur ce site, classé depuis 2016 par l'Unesco comme patrimoine mondial en péril, il faudrait rapidement évacuer l'eau et consolider les monuments, selon des archéologues.
A Marawa, plus à l'ouest, dans le Jabal al-Akhdar, la zone la plus humide et fertile du pays, les machines agricoles ne seront pas relancées de sitôt.
"Au moment où on devait commencer à récolter et vendre, on a tout perdu", raconte à l'AFP Salem Fadhel, 29 ans. "Toutes les cultures ont été recouvertes, une soixantaine de fermes ont été dévastées", poursuit-il, au milieu d'un champ de laitues dont les têtes émergent à peine de la boue rouge au milieu de tuyaux d'irrigation arrachés.
Certains ont été privés de leurs plants d'oignons "qu'ils vendaient jusqu'à Tripoli", la capitale située dans l'Ouest, ainsi que leurs tomates, pommes de terre, fruits et céréales.
"C'est une catastrophe, les gens avaient lancé toutes les dépenses de la saison et maintenant, ils n'ont plus rien", se lamente-t-il, alors que derrière lui, un trou béant s'ouvre en lieu et place d'une route qui s'est effondrée, tuant un habitant.
- "On ne peut pas gérer seuls" -
S'il n'a pas survécu, c'est "parce que les routes sont hors d'usage" après la tempête, mais aussi parce qu'il n'y avait pas les véhicules et les équipes de sauvetage nécessaires à Marawa, estime-t-il.
Rujab Abdelmollah al-Barassi, lui, réclame de longue date de meilleurs services médicaux. "Les autorités nous ont fait plein de promesses avant même la catastrophe mais rien n'a changé à Marawa", accuse-t-il.
Au siège du Croissant-Rouge, à Benghazi, la grande ville de l'Est où siège une autorité affiliée au camp du puissant maréchal Khalifa Haftar, le constat est le même.
"Nous n'avons pas les équipements de sauvetage, ni les véhicules nécessaires, il nous faut du soutien du monde entier, nous ne pouvons pas gérer cette crise seuls et elle va durer longtemps", assure à l'AFP Faraj al-Hassi, en charge des programmes médicaux.
En Libye, plongée dans la tourmente depuis la chute de Mouammar Kadhafi en 2011, "on a une expérience énorme de la gestion des conflits armés", dit-il, mais la crise née des inondations causées par la tempête Daniel "dépasse largement nos capacités".
En tout, 17 villes et localités ont été touchées. Et à chaque jour qui passe, "le nombre de déplacés grandit", poursuit-il.
Ils sont déjà plus de 43.000, selon l'ONU.
M.Vogt--VB