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Début d'une grève inédite aux Etats-Unis chez le "Big 3" de l'automobile
Le syndicat des employés de trois grands constructeurs automobiles américains a lancé dans la nuit de jeudi à vendredi une grève inédite simultanée dans trois usines aux Etats-Unis, faute d'avoir trouvé un accord dans les négociations portant notamment sur la hausse des salaires.
Devant l'usine Ford de Wayne, dans la région de Detroit (Michigan), des klaxons et des applaudissements ont accueilli dans la nuit l'arrivée du président du syndicat United Auto Workers (UAW), Shawn Fain, qui avait annoncé un peu plus tôt avoir choisi pour lancer ce mouvement trois sites, un dans chaque groupe (General Motors, Stellantis et Ford).
"Ce soir, pour la première fois de notre histoire, nous allons faire grève chez les +Big Three+", les "Trois Grands" constructeurs auto américains, avait prévenu le patron de l'UAW, devant le blocage des négociations sur les conventions collectives et notamment sur la hausse des salaires.
Environ 12.700 employés devraient débrayer vendredi, selon le syndicat.
Mais le mouvement pourrait s'étendre, a souligné Shawn Fain, qui a enjoint les quelque 146.000 membres de son organisation travaillant pour ces constructeurs à se tenir prêts à débrayer en fonction de l'évolution des négociations.
Un conflit social prolongé ou élargi pourrait avoir des conséquences politiques pour le président Joe Biden, dont le bilan économique est critiqué, en particulier du fait de l'inflation tenace.
- 40% d'augmentation -
A un peu plus d'un an du scrutin présidentiel, il marche sur des œufs, entre son soutien affiché aux syndicats et le spectre d'un coup porté à l'économie américaine.
Le président a prévu de s'exprimer dans la journée sur le sujet.
Selon le cabinet de conseil Anderson Economic Group (AEG), une grève de dix jours pourrait représenter plus de cinq milliards de dollars de perte de revenus pour l'économie américaine.
Les négociations entre syndicats et constructeurs ont commencé il y a deux mois pour élaborer les nouvelles conventions collectives pour quatre ans. Les employés du secteur réclament des revalorisations salariales et plus d'avantages, alors que les constructeurs automobiles, qui ont enregistré des profits ces dernières années, ont serré la vis après la crise financière de 2008.
La dernière grève du secteur, qui remonte à 2019, n'avait affecté que GM. Elle avait duré six semaines.
L'UAW réclame un relèvement des salaires de quelque 40% sur quatre ans, alors que les trois constructeurs n'ont pas été plus loin que 20% au plus, selon le syndicat.
"Cette entreprise se fait de l'argent sur notre travail depuis des années. Je pense qu'il est temps qu'elle rende quelque chose", a témoigné Paul Sievert, employé à l'usine Ford de Wayne depuis 29 ans.
Les trois géants historiques de Detroit ont notamment refusé d'accorder en outre des jours de congés supplémentaires et d'augmenter les retraites, assurées par des caisses propres à chaque entreprise.
- Offre "concurrentielle" -
Dans un communiqué, Ford s'est dit "absolument résolu à parvenir à un accord récompensant les employés et protégeant la capacité de Ford à investir pour le futur".
Selon le groupe, la contre-proposition transmise jeudi soir par l'UAW "n'a montré que peu de différences par rapport aux demandes initiales" du syndicat. Ford a qualifié l'offre qu'il avait faite au syndicat il y a plus de deux jours "d'historiquement généreuse avec d'importantes hausses salariales" et d'autres avantages.
Interrogée sur CNN vendredi, Mary Barra, la dirigeante de GM, a quant à elle défendu les propositions des constructeurs, qui comprennent "non seulement une augmentation de 20% du salaire brut, mais aussi le partage des bénéfices, des soins de santé de classe mondiale et plusieurs autres caractéristiques. Nous pensons donc que nous avons une offre très concurrentielle sur la table", a-t-elle affirmé.
"Nous sommes extrêmement déçus par le refus des dirigeants de l'UAW de s'engager de manière responsable pour atteindre un accord équitable dans le meilleur intérêt de nos employés, de leurs familles et de nos clients", a réagi de son côté Stellantis dans un communiqué.
Tentant de déminer le terrain, Joe Biden a parlé par téléphone jeudi soir à Shawn Fain et les dirigeants des constructeurs pour faire le point.
Mi-août, il avait plaidé pour un accord "gagnant-gagnant" et "équitable", renforçant les droits des travailleurs pendant la transition vers les véhicules électriques.
D.Schaer--VB