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Au laboratoire de la préfecture de police, des experts avec la tête et les jambes
De la neutralisation d'un gilet explosif au Bataclan à l'analyse au spectromètre d'une poudre suspecte, les experts du Laboratoire central de la préfecture de police (LCPP) usent autant leurs chaussures que leurs paillasses au service des enquêteurs dans les affaires les plus complexes.
A l'aide d'un scalpel, Alisson Aujoux, mains gantées, ouvre avec délicatesse une enveloppe adressée à "Mr Le Président - Elysée - France" placée dans une boîte hermétique, appelée tente de confinement.
A l'intérieur, une feuille avec une tête de mort imprimée et une poudre blanche.
L'ingénieure, protégée par une combinaison, un masque et des lunettes, en prélève un petit échantillon qu'elle place sur le "Hazmat", un spectromètre infrarouge qui permet de déceler les matières dangereuses.
Verdict de l'appareil : de la simple levure chimique, utilisée à l'occasion de cet exercice.
Des analyses complémentaires sont réalisées ensuite au laboratoire avec des machines plus performantes, comme le spectromètre Raman et son laser à 532 nanomètres de longueur d'onde.
"Notre spécificité, ce sont les produits inconnus. On part d'une poudre blanche et on découvre plein de composés. On a pu identifier des insecticides interdits en France depuis des années", souligne Dorian Terret, jeune chimiste de 25 ans, tout juste embauché.
"On couvre toute l'Île-de-France, soit 10% de la population française. Donc ça fait beaucoup de monde, beaucoup d'affaires, beaucoup d'analyses, c'est pour ça que c'est hyper important d'avoir ce laboratoire", souligne-t-il.
Au total, le laboratoire effectue 1.500 à 2.000 interventions chaque année, réparties entre ses trois permanences, disponibles H24 : le déminage (colis suspects, bombes d'aviation, visites de sécurité, etc.), les explosions-incendies et les risques chimique, biologique, radiologique (poudres, pollution atmosphérique, etc.)
Attentats terroristes en 2015, incendies de la cathédrale Notre-Dame ou du site Lubrizol à Rouen en 2019, explosion rue Saint-Jacques à Paris en juin dernier, le savoir-faire du "labo" de la PP a été sollicité pour les dossiers les plus médiatiques.
- "Urgence" -
Fort de 200 personnels, il offre à ses 60 ingénieurs et 70 techniciens "un mélange de sciences et d'adrénaline du terrain sans équivalent en France", affirme son directeur Christophe Pezron.
"On travaille parfois dans l'urgence. Lors d'une enquête sur un incendie, on peut ainsi être amené à analyser des gants qui ont été portés par des mis en cause dans le cadre d'une garde à vue et il faut rendre les résultats dans la journée", explique Karine Van Niel, spécialiste de l'analyse et de la recherche des liquides inflammables.
Grâce à une série d'appareils aux noms obscurs pour le béotien (thermodésorbeur, chromatographe en phase gazeuse, spectromètre de masse), elle peut déterminer à partir d'une seule goutte la présence ou non d'un liquide inflammable.
"En cas d'absence de liquide, cela peut vouloir dire que l'incendie a été causé par un autre moyen, comme un briquet. On est là pour aider les enquêteurs. Nos résultats vont vraiment orienter leurs conclusions", explique Mme Van Niel.
A moins d'un an des Jeux Olympiques, le laboratoire central s'attend à voir son activité s'accroître pendant la compétition, notamment sa permanence déminage, la plus visible et la plus connue du grand public. Et cela a déjà commencé. "Depuis le début des travaux pour les JO, on a déterré sept ou huit bombes", souligne Bruno Bergeron, chef des équipes de démineurs.
Sur le terrain, le laboratoire dispose d'une grosse vingtaine de démineurs, dont quatre détachés à la Brigade de recherches et d'intervention (BRI) de Paris, depuis les attentats de 2015. La majorité sont d'anciens militaires.
La sécurisation des sites d'épreuves et d'accueil des athlètes, sans compter la hausse attendue des signalements de colis suspects avec l'afflux des supporters et touristes, nécessitera des renforts, notamment de la sécurité civile, de la gendarmerie et de l'armée.
Le LCPP a également collaboré à des travaux de doctorat à l'Université Paris-Saclay sur la modélisation des mouvements de foule afin d'optimiser l'aménagement des quais de Seine lors de la cérémonie d'ouverture et déterminer le nombre et la position des issues de secours.
Ici encore, un labo avec la tête... et les jambes.
A.Ammann--VB