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L'UE et l'Amérique latine tentent d'aplanir leurs différends sur l'Ukraine
Les dirigeants des pays de l'UE sont réunis avec leurs homologues d'Amérique latine et des Caraïbes pour deux jours à Bruxelles pour tenter de se rapprocher malgré des divergences notamment sur la guerre en Ukraine.
"Nous avons besoin de nos amis proches à nos côtés en ces périodes d'incertitudes", a déclaré la présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, en accueillant le président brésilien Luiz Inácio Lula da Silva avant le début du sommet réunissant une cinquantaine de dirigeants.
Ursula von der Leyen a annoncé que les Européens allaient investir 45 milliards d'euros dans l'économie de la région latino-américaine, dans le cadre de la stratégie "Global Gateway", réponse européenne au programme chinois des "Nouvelles routes de la soie".
Il s'agit du troisième sommet entre l'UE et la Communauté d'Etats latino-américains et des Caraïbes (CELAC). Le dernier remonte à 2015, et les deux parties essaient de rattraper le temps perdu. Mais le rapprochement n'est pas sans difficultés.
Des désaccords sont apparus dès le début des négociations sur une déclaration commune, notamment en raison de la volonté des Européens de mentionner la guerre déclenchée par la Russie en Ukraine. Les discussions sur ce texte se poursuivaient lundi soir.
L'UE cherche à rallier un maximum de soutiens internationaux face à Moscou, mais les 33 pays latino-américains et caribéens n'ont pas de position commune sur la question, et ne veulent pas voir ce sujet accaparer les discussions.
"La guerre illégale menée par la Russie en Ukraine est une tragédie pour l'Ukraine et pour le monde", a souligné le président du Conseil européen Charles Michel au début de la réunion, rappelant que "la grande majorité des pays de l'Assemblée générale des Nations unies ont voté de multiples résolutions condamnant cette guerre illégale" et qu'il ne fallait pas "permettre à la Russie de réussir".
- "Champ de bataille inutile" -
"Je peux comprendre que les États membres de l'Union européenne soient préoccupés par la situation en Ukraine", a indiqué le Premier ministre de Saint-Vincent et les Grenadines, Ralph Gonsalves, qui exerce la présidence temporaire de la CELAC. "Mais ce sommet ne doit pas devenir un nouveau champ de bataille inutile pour les discours sur cette question", a-t-il estimé.
Lula a quant à lui apporté son "soutien aux initiatives lancées par différents pays et régions en faveur d'une cessation immédiate des hostilités et d'une paix négociée".
Le Brésil s'est refusé à fournir des armes à l'Ukraine ou à imposer des sanctions contre la Russie de Vladimir Poutine. Le président brésilien a suscité la polémique en affirmant à plusieurs reprises que les responsabilités du conflit étaient partagées, même s'il a condamné l'invasion russe de l'Ukraine.
Autre point de tension: une partie des pays de la CELAC a par ailleurs demandé que la déclaration finale mentionne la question des réparations concernant la traite des esclaves.
Côté commercial, la question de l'accord de libre-échange avec le Mercosur (Brésil, Argentine, Uruguay et Paraguay) plane sur le sommet, même si aucune percée n'y est attendue.
Cet accord a été conclu en 2019, après plus de vingt ans de négociations complexes, mais n'a pas été ratifié en raison notamment des préoccupations européennes concernant les politiques environnementales de Jair Bolsonaro.
Son successeur, Lula, a fait de la lutte contre l'exploitation de la forêt amazonienne l'un des principaux objectifs de son gouvernement. Il entend mettre fin à la déforestation illégale d'ici à 2030.
La Commission européenne, chargée des négociations de l'accord, espère une ratification d'ici la fin de l'année. L'Espagne, qui exerce la présidence semestrielle du Conseil de l'UE, souhaite qu'une "feuille de route" puisse être établie lors du sommet.
En amont de la réunion, Ursula von der Leyen avait fait une tournée dans la région à la mi-juin (Brésil, Argentine, Chili et Mexique), où elle avait notamment annoncé la signature d'un protocole d'accord avec l'Argentine sur les matières premières essentielles, notamment le lithium, indispensable à la fabrication de batteries de voitures électriques.
Un métal essentiel pour la stratégie de décarbonation de l'UE, qui va interdire la vente de voitures neuves à moteurs thermiques à partir de 2035.
L'Argentine fait partie des principaux producteurs mondiaux de ce minerai et forme avec la Bolivie et le Chili le "triangle du lithium", avec près de 56% des réserves mondiales.
Un protocole d'accord doit aussi être signé mardi avec le Chili, en présence du président Gabriel Boric.
La Bolivie a quant à elle annoncé fin juin que la Chine et la Russie allaient investir 1,4 milliard de dollars pour ouvrir deux mines de lithium dans le pays.
L.Dubois--BTB