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Un dimanche sans JDD qui préoccupe la gauche et la majorité
Un dimanche sans son Journal du dimanche: plusieurs responsables politiques de gauche ainsi que la ministre de la Culture ont fait part de leur vive préoccupation autour de la situation au JDD, en grève contre l'arrivée d'un directeur marqué à l'extrême droite.
La rédaction a reconduit à la quasi-unanimité sa grève jusqu'à mercredi prochain, pour tenter d'empêcher l'arrivée à la tête du JDD, désormais contrôlé par Vincent Bolloré, de Geoffroy Lejeune, tout juste licencié de Valeurs actuelles.
Le mouvement a paralysé le site internet, avant d'empêcher dimanche la sortie de l'édition papier, un évènement rarissime dans l'histoire de l'influent hebdomadaire, scruté dans le monde politique pour ses interviews dominicales.
"Mon rituel du dimanche, c'était de me réveiller avec le JDD", a fait savoir la ministre Rima Abdul-Malak sur les réseaux sociaux. "Je comprends les inquiétudes de sa rédaction. En droit, le JDD peut devenir ce qu'il veut, tant qu'il respecte la loi. Mais pour nos valeurs républicaines comment ne pas s'alarmer ?", a-t-elle poursuivi.
Une formulation regrettée par le patron de Mediapart, Edwy Plenel: "Un capitaliste qui possède un média ne doit pas pouvoir en faire +ce qu'il veut+. En ne respectant pas l'indépendance des rédactions, il s'attaque à un droit fondamental, la liberté de l'information. De plus le JDD touche des aides publiques de l'Etat", a-t-il rétorqué.
Des déclarations qui rejoignent la principale revendication des salariés en grève: que la direction renonce à nommer M. Lejeune directeur de la rédaction.
"La rédaction du JDD refuse d'être dirigée par un homme dont les idées sont en contradiction totale avec les valeurs du journal", a fait savoir la Société des journalistes (SDJ).
Ils redoutent de voir se répéter une méthode déjà dénoncée ailleurs dans les médias contrôlés par Vincent Bolloré: valse des dirigeants et interventions sur la ligne éditoriale, peur qu'elle ne bascule à l'extrême droite, au prix d'une éventuelle hémorragie de journalistes.
- Appui de la profession -
Ils ont reçu un vaste appui de la profession: une trentaine de sociétés des journalistes de grands médias, dont France Télévisions, Le Figaro, Le Monde, Le Parisien, Libération, Radio France ou encore Paris Match, leur ont apporté leur soutien, dans une tribune publiée sur Mediapart dimanche.
La cheffe de file de la CGT Sophie Binet a estimé que "l'extension de l'empire médiatique de Bolloré (était) un grave danger pour la démocratie".
Une inquiétude largement partagée à gauche, où plusieurs responsables politiques ont dénoncé l'ambition supposée du milliardaire, qui contrôle désormais plusieurs grands médias (comme Canal+, Paris Match, Europe 1 et CNews) de préparer le terrain à une prise de pouvoir de l'extrême droite dans la perspective de la présidentielle de 2027.
La députée écologiste Sandrine Rousseau a apporté son soutien aux salariés et le chef du Parti socialiste Olivier Faure s'est dit "très inquiet pour le pluralisme".
"On a aujourd'hui un problème de concentration dans les mains (...) de Vincent Bolloré, c'est tout une galaxie qui se met au service d'un homme et au service d'une ambition, d'une idéologie", a-t-il poursuivi sur Radio J. "L'ambition, c'est de conquérir le pouvoir, je rappelle que Vincent Bolloré était derrière la candidature d'Eric Zemmour à la dernière présidentielle".
Il a appelé à une nouvelle législation pour garantir la liberté de la presse et l'indépendance des rédactions, les socialistes travaillant au Parlement à une proposition de loi sur le sujet.
Une perspective à laquelle la présidente de l'Assemblée nationale, Yaël Braun-Pivet, n'a pas fermé la porte. "Compte tenu des évolutions technologiques, du paysage également de la presse, il faudrait revoir tout cela", a-t-elle déclaré à propos de la concentration dans les médias, interrogée dans Un dimanche en politique, sur France 3.
Au RN, le député Jean-Philippe Tanguy a regretté dans Questions politiques (France Inter/Le Monde/France Télévisions) que la ministre de la Culture "donne son opinion sur une ligne éditoriale" d'un journal, mais dit n'être pas "du tout opposé au fait qu'il y ait une réflexion démocratique sur qui peut posséder des médias en France".
T.Bondarenko--BTB