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A Abidjan, des initiatives citoyennes face au fléau de la pollution plastique
Au bord de la lagune Ebrié, des hommes ramassent les dizaines de bouteilles qui s'accumulent dans l'eau: à Abidjan, la capitale économique de la Côte d'Ivoire, quelques initiatives citoyennes tentent de s'attaquer au fléau de la pollution plastique.
Pieds et mains immergés dans les eaux sombres, trois bénévoles collectent les bouteilles dans des sacs. Un autre groupe ramasse celles échouées sur le bord de l'eau et vide les sachets rapidement pleins dans de grands filets.
"On fait ça tous les jours", lance Doco Ange Doworo. Avec un groupe d'amis de son quartier, ils parcourent environ deux kilomètres de la berge lagunaire du Plateau, quartier des affaires d'Abidjan, qui accueille lundi la Journée mondiale de l'environnement.
"C'est ici qu'on vit, on veut rendre notre coin propre", ajoute M. Doworo.
Il y a un an, le projet a été repéré par le maire du Plateau, Jacques Ehouo. Aujourd'hui, la sous-directrice du service de l'environnement de la municipalité, Bénédicte Aka, passe régulièrement voir les jeunes et les met en lien avec des entreprises de recyclage.
Ainsi, au lieu d'envoyer les bouteilles s'empiler dans des décharges à ciel ouvert, les déchets sont désormais vendus par ces jeunes à des sociétés qui les recyclent. Un filet part pour 7.000 francs CFA, une dizaine d'euros qu'ils se partagent entre eux.
"Ca permet à quelqu'un qui n'avait rien d'avoir quelque chose", exprime Charles Goré Bi, à l'origine de l'initiative il y a deux ans. Mais pas de vivre de cette activité. Il espère un accompagnement de la mairie, et "un emploi".
A Abidjan, le ministère de l'Hydraulique, de l'Assainissement et de la Salubrité délègue la gestion des ordures à deux entreprises, mais "leur cahier des charges est flou", estime Bénédicte Aka.
Jointe par l'AFP, la communication du ministère n'a pas souhaité s'exprimer.
La nécessité d'organiser le ramassage des déchets plastiques est pourtant urgente, dans cette ville qui produit plus de 288 tonnes de déchets par jour selon l'Unicef.
Pour Charles Goré Bi, la rareté des poubelles en ville est également un problème. Et quand elles sont là, il n'est pas rare de voir des montagnes de déchets à leurs pieds.
"On n'a pas vraiment l'habitude de jeter les ordures dans les poubelles", explique Mme Aka.
"Parfois, des personnes sont juste à côté des poubelles mais elles préfèrent jeter des choses là où c'est plus facile", par terre, poursuit-elle.
- Acheter les déchets plastiques -
Pour changer ce réflexe, le chef d'une entreprise de recyclage a trouvé une solution: acheter le plastique aux citoyens qui pratiquent le tri sélectif, 1.000 francs CFA les 20 kilos (1,50 euro).
Nayef Salamé a créé la société Recyplast en 2019. Depuis 2020, il a installé 50 bornes de collecte de déchets plastiques pour les retransformer "en matière première".
Dans son usine, le bourdonnement assourdissant d'une machine de cinquante mètres de long atteste de la transformation en petits morceaux de bouteilles compactées par blocs, qui remplissent le hangar.
"Pour trouver une alternative à la déforestation", ces morceaux sont vendus à des industriels, ou utilisés par Recyplast pour construire du mobilier urbain ou scolaire, destiné à des écoles, déjà fabriquées à base de plastique recyclé, sur une initiative de l'Unicef en 2019.
S'il reconnaît que l'Etat ivoirien "s'est engagé depuis près de 10 ans" pour enrayer la pollution plastique, M. Salamé déplore "un manque de réglementation dans ce secteur d'activités" et estime qu'il y a encore "beaucoup à faire".
En 2013, le gouvernement ivoirien avait décidé d'interdire la production, la commercialisation, la détention et l'utilisation des sachets plastiques.
Mais l'entrée en vigueur de cette décision en novembre 2014 avait déclenché une manifestation de commerçants à Abidjan et elle est aujourd'hui très peu appliquée dans le pays, qui produit plus de 200.000 tonnes de sachets plastiques chaque année, selon le ministère de l'Hydraulique.
Le Programme des Nations unies pour l'environnement (PNUE) estime que 400 millions de tonnes de plastique sont produites chaque année dans le monde, dont la moitié est conçue pour un usage unique.
Le chemin reste long: une première version d'un traité international contre la pollution plastique doit être rédigée d'ici novembre. Pour un texte définitif fin 2024.
M.Ouellet--BTB