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Amiante: le tribunal de Paris refuse la tenue d'un procès pénal réclamé par des victimes
Le tribunal correctionnel de Paris a jugé vendredi irrecevable une citation directe déposée en novembre 2021 par près de 2.000 victimes du scandale de l'amiante, qui espéraient obtenir par ce biais un procès pénal contre 14 personnes ayant eu des responsabilités au niveau national.
Le tribunal a prononcé la nullité de cette procédure en raison de son "imprécision", expliquant que les prévenus n'étaient "pas en état de pouvoir relier ce qui est reproché à chacun" à des victimes précises.
Les plaignants ont désormais la possibilité soit de redéposer une citation, soit de faire appel de la décision du tribunal.
"Dans cette affaire on peut refaire une citation et c'est ce qu'on va faire, très clairement", a annoncé Michel Parigot, responsable de l'association nationale des victimes de l'amiante (AVA), après l'énoncé de la décision.
Selon lui, l'imprécision reprochée à la citation est "due au fait que la justice n'a pas fait son travail". "Il n'y a pas eu d'instruction qui a été faite pendant 26 ans et (...) ils n'ont pas cherché les documents alors que nous, nous en avons trouvé énormément", a-t-il fustigé.
"En tant que victime, on ne peut pas comprendre qu'au bout de 25 ans encore on se pose des questions", a réagi de son côté Pierre Pluta, ex-ouvrier des chantiers navals de Dunkerque et président de l'Ardeva, une association régionale de défense des victimes. "Je ne baisserai pas les bras, je l'ai promis aux victimes", a-t-il ajouté, les larmes aux yeux.
Depuis environ trois ans, la plupart des dossiers de l'amiante instruits à Paris se sont conclus par des non-lieux, au grand dam des victimes qui réclament un procès pénal pour juger les responsables de ce scandale.
Pour y parvenir, quelque 1.800 victimes ont décidé de déposer une citation directe, ce qui permet à la victime d'une infraction de saisir directement un tribunal pénal. Dans ce genre de procédure, il n'y a pas d'investigations menées par des magistrats. Charge aux plaignants de collecter les éléments de preuve et de désigner les suspects.
Celle-ci a été adressée à quatorze anciens représentants de ministères, des dirigeants d'entreprises ou des médecins, âgés de 62 à 84 ans, qui auraient selon les plaignants cherché à retarder l'interdiction de la fibre cancérigène, intervenue en 1997.
Les plaignants souhaitaient qu'ils répondent de leurs liens avec le Comité permanent amiante (CPA), décrit dans un rapport sénatorial de 2005 comme un "lobby" pro-amiante actif entre 1982 et 1995, alors que toutes les variétés d'amiante étaient classées cancérigènes par l'Organisation mondiale de la santé (OMS) depuis 1977.
I.Meyer--BTB