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A Roubaix, l'histoire se répète pour tenter de sauver le quartier de l'Alma-gare
"On ne partira pas": à Roubaix, dans le quartier prioritaire de l'Alma-gare, un collectif résiste à la démolition prévue de centaines de logements sociaux, construits dans les années 1980 à l'issue d'une mobilisation historique des habitants, co-auteurs d'un aménagement de "référence".
"Raser ces bâtiments, construits selon les souhaits des habitants il y a 40 ans, c'est invraisemblable", rage le président du collectif Florian Vertriest, 29 ans, devant un petit immeuble aux élégantes façades ornées de mosaïques, arcades et têtes d'animaux, de l'architecte Gilles Neveux.
Depuis plusieurs mois, l'éducateur sportif enchaîne rencontres, manifestations et réunions citoyennes. Dans ce quartier qui vote peu, la lutte mobilise: plus de 200 habitants de toutes générations aux derniers rendez-vous.
En jeu, la démolition de 480 logements, essentiellement sociaux, prévue par le "nouveau plan de renouvellement urbain" (NPRU), élaboré depuis 2015 notamment par la mairie de Roubaix et la métropole européenne de Lille.
Le chantier, qui prévoit aussi 390 réhabilitations, 90 constructions et divers équipements sociaux et publics, chasserait un millier des habitants actuels.
L'objectif du projet, chiffré à 133 millions d'euros, est de "dé-densifier" l'Alma-gare, qui souffre d'un parc social "très dégradé", de problèmes "sociaux", "d'insécurité et de deal", selon l'étude d'impact. Et de "diversifier" l'habitat, pour favoriser "la mixité".
- Contre-projet "emblématique" -
"C'est chasser les pauvres", accuse Eric Mouveaux, un travailleur social de 58 ans. Situé entre un nouvel éco-quartier, un campus universitaire et un incubateur de start-up, "l'Alma-gare fait tâche", ironise ce membre du collectif. Il dénonce un "simulacre de concertation", avec des plans "déjà actés".
Pourtant, issu d'une lutte urbaine "emblématique" dans les années 1970/1980, l'Alma est "une référence" en matière d'urbanisme, de participation citoyenne et de politique de la ville, souligne Julien Talpin, chercheur en sciences politiques au CNRS.
A l'époque confrontée au déclin du textile, Roubaix veut déjà démolir ce quartier constitué de courées, ces maisons ouvrières groupées autour d'une cour, jugé insalubre.
Pour sauver leur "sociabilité traditionnelle", les résidents s'organisent. Soutenus, au sein d'un "atelier populaire d'urbanisme" par des architectes et urbanistes, ils imposent un contre-projet: de petits immeubles reliés par des places et des coursives, salués par plusieurs prix internationaux.
Mais crise et chômage rattrapent l’ilot, tandis que la mairie, passée à droite, retire des subventions, et y concentre, avec les bailleurs, les plus précaires, raconte M. Talpin.
Début 2000, coursives et jardins jugés "criminogènes", car investis par le deal, sont largement murés, hérissés de grilles et désormais jonchés d'ordures.
On y "buvait le thé, jouait au foot", regrette le collectif, qui dénonce un sabotage, et "l'abandon total" des bailleurs, surtout "depuis le NPRU". Cet hiver, plusieurs familles ont passé des mois sans eau chaude.
- "Moratoire" -
Un des principaux bailleurs, Lille Métropole Habitat, reconnaît "des dysfonctionnements anciens", et "problèmes de gestion" liés notamment à l'insécurité, mais assure investir "massivement". C'est selon lui l'accélération du NPRU qui "améliorera" la vie des habitants.
L'opposition municipale roubaisienne, comme la présidente des urbanistes des Hauts-de-France Myriam Cau, réclament au contraire un "moratoire", pour préserver un "patrimoine immatériel collectif".
Les habitants mobilisés veulent eux rejouer l'histoire avec un contre-projet, qui sauvegarderait leurs "liens de solidarité" et ferait "revivre" les coursives et espaces communs.
Un premier atelier sera organisé courant mai avec urbanistes et architectes dont Marcellino Saab, directeur associé d'Ausia, une des agences partie prenante du précédent projet. Il entend s'opposer en justice aux démolitions, et juge ces bâtiments "parfaitement réhabilitables".
Les opposants veulent aussi "chiffrer le bilan carbone et humain" des démolitions, alors que, selon eux, 50.000 logements sociaux manquent dans la MEL.
Mais pour le maire DVD Guillaume Delbar, "le cadre signé, contractualisé" n'est "pas négociable". "Élaboré pendant six ans avec des cabinets d'étude, concerté" depuis 2017, le réaménagement est "l'un des moins démolisseurs" de l'Hexagone et recueille un large "consensus", assure-t-il.
"Seuls 7%" des foyers veulent "rester absolument", quand beaucoup d'autres "demandent à partir", insiste-t-il.
Selon l'Agence nationale de rénovation urbaine, qui finance 453 projets en France, des évolutions restent possibles, si les collectivités le demandent. Mais les arbitrages ne doivent plus tarder pour tenir "l'équilibre global du calendrier".
O.Krause--BTB