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Retraites: début de la rencontre entre Borne et l'intersyndicale pour tourner, ou pas, la page
La porte de son bureau va-t-elle claquer ? Elisabeth Borne reçoit mercredi dans un geste "d'apaisement" les syndicats pour tenter de sortir de la crise des retraites, mais ces derniers n'entendent pas passer l'éponge de sitôt, réclamant de concert le "retrait" de la réforme.
Les leaders des huit organisations syndicales sont arrivés peu après 10H00, ensemble et à pied, à Matignon mercredi matin pour demander à la Première ministre de renoncer à sa réforme des retraites, ce que le gouvernement refuse d'envisager.
Ils n'ont pas fait de déclaration. Seule la nouvelle patronne de la CGT Sophie Binet a levé un poing sur le perron.
Les syndicalistes ont prévenu qu'ils quitteraient la réunion si Elisabeth Borne refusait de parler du recul de l'âge de départ à 64 ans, qui cristallise la colère.
C'est la première fois qu'ils sont reçus à Matignon depuis la présentation le 10 janvier de la réforme, qui a généré une mobilisation inédite dans la rue.
La Première ministre a promis qu'elle serait "à l'écoute de tous les sujets" que les syndicats voudraient aborder en dépit de "points de désaccord", en particulier le recul de l'âge.
Si l'exécutif refuse de parler des 64 ans, qui sera la "première intervention" des syndicats, "ça va être compliqué d'aborder les autres sujets", a déclaré mercredi le président de la CFTC Cyril Chabanier sur RFI/France24.
- Impasse -
Il dit avoir "du mal à comprendre" la réunion. "Soit il fallait la faire bien avant, soit si c'est pour nous dire que le gouvernement attend la réponse du Conseil constitutionnel, il fallait le faire après", a-t-il ajouté.
Le leader de la CFDT Laurent Berger a déjà prévenu qu'en cas de réponse négative sur les 64 ans, "on partira". "Ca peut durer cinq minutes", avait abondé pour la CGT Sophie Binet.
Le gouvernement "qui veut tourner la page va voir qu'on ne veut pas tourner la page", a affirmé mardi auprès de l'AFP un leader syndical, à l'issue d'une réunion de l'intersyndicale.
"L'intersyndicale est bien unie, soudée. C'est rassurant, rien n'a changé" depuis le remplacement de Philippe Martinez à la tête de la CGT, a fait valoir ce responsable.
La rencontre avec Mme Borne, qui a lieu la veille d'une 11e journée de manifestations et de grèves contre la réforme, "est déjà écrite", estime un ministre de premier plan, qui table sur une impasse.
Une source syndicale balaie les récentes dissonances entre la CFDT, qui réclame de "retirer ou suspendre" le texte, et la CGT, qui veut le "retrait" pur et simple: "en réalité parler de suspension, c'est comme pour le CPE (Contrat première embauche), c'est ne pas appliquer".
Outre le retrait, la CFDT devrait réclamer une conférence sociale sur le travail et les retraites, selon son secrétaire national Yvan Ricordeau.
- "Autre chose" -
"On est dans une impasse" car "tant qu'il n'y aura pas de retrait (...) on ne passera pas à autre chose", a abondé la patronne des écologistes Marine Tondelier mardi à l'issue d'une rencontre avec Elisabeth Borne, qui consulte tous azimuts pour sortir de la crise.
"Et quand on est dans une impasse, il faut faire demi-tour", a renchéri la leader du PS Olivier Faure, qui a trouvé la Première ministre "démunie" de solutions.
La réforme a généré une mobilisation quasi hebdomadaire inédite allant jusqu'à 1,3 million de personnes dans la rue le 7 mars (selon les autorités), soit davantage qu'en 1995 ou 2010. Et ces manifestations ont connu un regain de tensions après l'adoption sans vote de la réforme au Parlement, via le 49.3.
Les syndicats avaient déjà demandé, en vain, d'être reçus par Emmanuel Macron. Elisabeth Borne les avaient alors renvoyés au ministère du Travail.
Côté gouvernement, le souhait c'est de "négocier autre chose" que les retraites, selon un ministre, "inquiet du niveau de tension", en attendant la décision du Conseil constitutionnel le 14 avril.
Elisabeth Borne considère qu'il y a "beaucoup de sujets à aborder" sur "la qualité de vie au travail, sur les fins de carrière, sur la prévention de la pénibilité".
L'exécutif mise aussi sur la fatigue des manifestants alors que les vacances de printemps débutent le 8 avril. A l'inverse, les syndicats entendent jeudi "montrer que la mobilisation est toujours puissante".
Laurent Berger espère dans L'Obs que le Conseil constitutionnel "censurera la loi". Car "s'il y a censure de points particuliers comme l'index senior, la pénibilité au travail, etc., mais pas des 64 ans, alors ça ne répondra en rien à la conflictualité sociale en cours", selon lui.
Les syndicats comme la gauche comptent également sur la validation par la Haute juridiction du référendum d'initiative partagée (RIP) sur la réforme.
are-sl-sha-fmp/hr/dch
K.Thomson--BTB