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La direction de Credit Suisse face à la colère des actionnaires
Les actionnaires de Credit Suisse auront l'occasion mardi d'exprimer leur colère et leur frustration sur le rachat de leur banque pour une bouchée de pain et sur lequel ils n'ont eu mot à dire.
Plus de 2.000 actionnaires devraient faire le déplacement à Zurich pour l'Assemblée générale de la deuxième banque du pays, croit savoir le tabloïd Blick, contre 1.300 habituellement et "donner libre cours à leur frustration".
Ils ont de quoi être en colère, leurs actions ne valent plus que 76 centimes pièce depuis le dimanche 19 mars. Un prix dérisoire qui symbolise bien la longue descente aux enfers de l'établissement, pilier de l'économie helvétique.
Credit Suisse a été racheté après d'intenses négociations par sa grande rivale UBS, sous la pression des responsables suisses qui voulaient à tout prix éviter un effondrement.
Et les autorités de régulation ont décidé au nom de l'intérêt supérieur de la place financière suisse que les actionnaires des deux géants bancaires n'auront pas leur mot à dire contrairement à ce qui est la règle.
- Concert de reproches -
L'assemblée générale doit débuter à 10H30 heure locale (08H30 GMT) au Hallenstadion, une salle de concert de Zurich où se produisent les grosses têtes d'affiches et où se tiennent parfois des grands événements d'entreprises.
Mais cette fois, la salle ne devrait pas résonner au rythme de la Abbamania, qui doit s'y tenir en avril, mais accueillir un concert de reproches et récriminations des actionnaires.
Tenir cette assemblée générale "peut sembler un peu absurde", a reconnu Roger Said, le directeur de l'organisation actionnariale Actares, mais cela reste la procédure correcte "tant que la reprise n'est pas entièrement réalisée", ajoute-t-il dans un courriel à l'AFP.
Elle permettra aux actionnaires "d’exprimer leur mécontentement ou leur colère", note-t-il.
Dans un communiqué, cette organisation actionnariale suisse rappelle qu'elle a déjà depuis des années pointé du doigt l'insuffisance de la gestion des risques de Credit Suisse.
"Maintenant que Credit Suisse a définitivement perdu la confiance des marchés", écrit Actares, "il ne reste plus qu'à espérer [..} qu'au moins l’intégration au sein de l’UBS se déroule de manière responsable", ajoute-t-elle.
- Justice -
La liste des griefs est longue tant pour les petits porteurs que pour les gros actionnaires. L'action avait déjà perdu 80% de sa valeur depuis mars 2021, lorsque la banque avait été secouée par la faillite de la société financière britannique Greensill et l'implosion du fonds américain Archegos.
Mais dans le mouvement de panique sur le secteur bancaire après la faillite de la banque américaine SVB, le titre a enfoncé point bas sur point bas dans la semaine du 13 au 17 mars. Et malgré le prix dérisoire atteint par l'action, les actionnaires ne se sont vus proposer que l'équivalent de 0,76 franc par titre, soit tout juste 0,59% de sa valeur à la clôture de la Bourse à l'issue de cette semaine chaotique. Après l'annonce du rachat, le titre est même passé briévement en dessous du prix de l'offre.
Dans les heures suivant l'annonce du rachat, un avocat, Perica Grasarevic, a lancé une plateforme pour aider les petits porteurs à saisir la justice. A son pic, ce site a enregistré jusqu’à 300 demandes par heure, a-t-il indiqué sur Twitter.
Plusieurs points à l'agenda de l'assemblée générale ont été retirés la semaine passée, dont le vote sur le quitus qui permet de décharger les dirigeants de leurs responsabilités et le vote sur leurs futurs bonus, ces deux points devenant "obsolètes" avec le rachat par UBS, avait indiqué Credit Suisse dans un communiqué.
Publiés avant l'annonce du rachat, ces points faisaient l'objet d'une vive opposition de la part des organisations actionnariales.
Dans ses consignes de vote, la société américaine de conseils aux actionnaires Glass Lewis appelle à voter contre la ré-élection d'Axel Lehmann, son président appelé à la rescousse en janvier 2022 pour tenter de redresser la banque. Le fonds souverain de Norvège, le plus gros investisseur au monde, a d'ores et déjà indiqué qu'il votera contre sa ré-élection.
UBS tiendra pour sa part son assemblée générale annuelle mercredi à Bâle.
S.Keller--BTB