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A Pékin ou Los Angeles, l'architecte chinois Ma Yansong harmonise nature et futurisme
De loin, l’œuvre de Ma Yansong ressemble à un immense vaisseau spatial posé dans les rues bordées de palmiers près du centre de Los Angeles. A moins que ce ne soit à un nuage bas.
Qu'importe après tout à l'architecte chinois, pour peu que l’œuvre "éveille la curiosité".
Ma Yansong a signé au cours des deux dernières décennies, en Chine et ailleurs, des dizaines de projets visuellement saisissants alliant nature et lignes épurées.
Son style aux airs de science-fiction s'accorde parfaitement avec le Lucas Museum of Narrative Art qui ouvre ses portes au public le 22 septembre à Los Angeles. Le musée a été fondé par George Lucas, le cinéaste de "Star Wars", et par son épouse, la femme d'affaires Mellody Hobson.
"Le bâtiment dégage une atmosphère futuriste qui suscite l'enthousiasme", décrit Ma Yansong à l'AFP dans les bureaux pékinois de MAD Architects, le cabinet qu'il a fondé en 2004.
"Quand les visiteurs iront au Lucas Museum, chacun viendra avec son propre regard", estime l'architecte de 50 ans, inscrit l'an dernier sur la liste des 100 personnes les plus influentes du magazine américain Time.
"Peut-être apercevront-ils un rayon de lumière traversant le bâtiment, et ils entreverront les nuages, le ciel, voire le cosmos. Cela suscite la curiosité et fait naître de nouvelles idées. Cette diversité de pensée est inestimable".
- Peinture traditionnelle -
Originaire de Pékin, Ma Yansong a grandi dans une maison à cour intérieure typique des "hutongs", les ruelles historiques de la capitale. "Le lien avec la nature était très étroit", se rappelle-t-il en évoquant les petits espaces ouverts disséminés dans ces quartiers.
Il est parti à l'étranger pour se former à l'architecture, a obtenu son diplôme à la Yale School of Architecture, aux Etats-Unis, et a travaillé brièvement dans l'agence de l'Irako-Britannique Zaha Hadid, prix Pritzker d'architecture en 2004.
Ma Yansong et son cabinet ont essaimé des réalisations emblématiques à travers la Chine, comme l'opéra de Harbin, perché sur les rives glaciales de la rivière Songhua.
Hors de Chine, son nom est associé aux "Absolute Towers", deux tours résidentielles qui se contorsionnent dans la banlieue de Toronto, ou à un musée consacré aux migrations à Rotterdam (Pays-Bas).
Ma Yansong puise son inspiration dans la peinture traditionnelle chinoise dite "shanshui", ou "montagnes et eau", qui représente généralement des paysages naturels.
Le Lucas Museum s'intègre à son environnement extérieur grâce à des pelouses, des arbres, des plans d'eau et une toiture végétalisée équipée de panneaux solaires. "Si on observe un jardin chinois, on voit un environnement totalement naturel, bien qu'il ait été conçu artificiellement".
"On débat aujourd'hui au niveau mondial sur l'écologie et la manière de rapprocher les gens de la nature; or, je trouve que l'architecture traditionnelle orientale maîtrisait cela il y a longtemps déjà", dit-il.
- "Maître de la ville" -
Ma Yansong adhère à ce qu'il considère comme un "changement majeur" dans l'architecture et qui place les gens, plutôt que les bâtiments, au cœur de la création. "Nous n'utilisons pas l'architecture pour afficher notre richesse ou notre pouvoir", proclame-t-il.
Bien que nombre de clients de MAD possèdent des ressources financières considérables, Ma Yansong assure que son objectif n'est pas simplement d'impressionner, mais de créer "des espaces d'une valeur unique dont les gens puissent profiter".
Le bureau pékinois de MAD est situé au cœur d'un quartier de hutongs, non loin de là où Ma Yansong est allé à l'école dans son enfance. "J'aime ces petites rues, avec leurs arbres, les passants et cette atmosphère particulière de la vie urbaine quotidienne".
Ma Yansong explique que, quand il élabore un projet, il souhaite garantir aux résidents leur "liberté de mouvement". C'est cette idée qui a guidé la réalisation de Baiziwan à Pékin, un complexe de logements sociaux en faveur de personnes à faibles revenus.
A la différence des blocs qui ont proliféré dans les villes chinoises au fil de décennies d'urbanisation, Baiziwan propose un plan ouvert, avec un jardin surélevé et un ensoleillement optimisé. Il ne voulait pas que ses bâtiments "ressemblent à des palais ou des temples imposant le respect". "Je veux que le lieu soit ouvert et que chacun s'y sente maître de la ville".
D.Schlegel--VB