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Réponse à la tribune anti-Bolloré: Canal+ assigné en justice pour discrimination
"Canal+ comparaîtra devant la justice": la Ligue des droits de l'Homme et la CGT Spectacle ont annoncé samedi avoir engagé une action en justice pour discrimination après les propos du dirigeant de Canal+, indiquant ne plus vouloir travailler avec les signataires d'une tribune anti-Bolloré.
Sollicitée par l'AFP, la direction de la chaîne n'a pas souhaité réagir.
Maxime Saada, président du directoire de Canal+, a fait le "choix brutal de discriminer", accusent l'ONG et la fédération syndicale dans un communiqué. Les propos du patron de la chaîne secouent depuis une semaine le monde du cinéma, réuni pour le festival de Cannes qui s'achève samedi soir.
Dimanche, M. Saada avait affirmé ne plus vouloir travailler avec les signataires d'un texte qui dénonce "l'emprise de l'extrême droite" sur le cinéma à travers l'homme d'affaires Vincent Bolloré, actionnaire de référence de Canal+.
"Je n'ai pas envie de travailler avec des gens qui me traitent de crypto-fasciste", avait lâché un Maxime Saada agacé, dimanche dernier, en plein festival.
"Il est grand temps que les mondes de la culture et du savoir se coalisent et se révoltent contre l'œuvre réactionnaire du groupe Bolloré. L'action judiciaire est l'un des tremplins nécessaires à cette révolte", a commenté auprès de l'AFP l'avocat de la CGT Spectacle et de la LDH, Me Arié Alimi.
- "Climat dissuasif" -
"En stigmatisant publiquement les signataires d'une tribune relevant du débat d'intérêt général, les propos de Maxime Saada sont susceptibles de porter atteinte à l'exercice effectif de leur liberté d'expression, en créant un climat dissuasif propre à décourager toute prise de parole critique au sein du secteur audiovisuel et culturel", détaillent le syndicat et l'ONG dans cette assignation au civil, que l'AFP a pu consulter.
Dans ce texte, les demandeurs sollicitent du tribunal judiciaire de Nanterre qu'il "enjoigne à la société Canal+ de s'abstenir de toute mesure d'exclusion, de refus de collaboration, de discrimination à l'encontre des signataires de la tribune".
La tribune et sa réponse ont secoué le monde du cinéma en plein festival de Cannes: à 600 signataires au moment de la publication de la tribune, ses auteurs revendiquaient jeudi sur Instagram plus de 3.800 signataires.
Certains, à l'instar de l'actrice Anna Mouglalis, ont comparé la "liste noire" des signataires à une forme de "maccarthysme".
- Omniprésence de Canal+ -
Dans cette tribune, le rôle clef de Canal+ dans la production et la distribution cinématographique française est rappelé.
Côté production, Canal+ s'est engagé à investir 160 millions d'euros en 2026 et 170 millions en 2027 dans le cinéma français, après 150 millions en 2025, en recul toutefois par rapport aux 220 millions investis les années précédentes.
Canal+ est présent à toutes les étapes de la vie d'un film, de son préfinancement jusqu'à sa distribution et son exploitation en salle. Le groupe a ainsi acquis en septembre 34% du capital d'UGC, le réseau de salles qu'il espère contrôler dans sa totalité à partir de 2028.
Interrogée mardi lors des questions au gouvernement, la ministre de la Culture Catherine Pégard a dit regretter la déclaration de Maxime Saada. "Au milieu des inquiétudes et des critiques des professionnels, inquiétudes légitimes, je voudrais que la raison et le dialogue puissent l'emporter sur les menaces", a-t-elle ajouté.
Le président de l'Arcom Martin Ajdari a émis le souhait de voir la situation s'apaiser. "Je pense qu'il y a quand même de nombreux acteurs qui doivent se parler, redescendre un peu après la vivacité des polémiques", a-t-il déclaré.
Dans le même temps, la Société des réalisateurs et réalisatrices de films (SRF), qui regroupe 500 cinéastes, a proposé une médiation entre les signataires de la tribune et les équipes cinéma de Canal+.
R.Buehler--VB