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Les librairies Gibert, victimes du marasme du livre, parient sur l'occasion
Les librairies Gibert, emblématiques du Quartier latin à Paris, vont demander leur placement en redressement judiciaire en raison du "déclin du marché des livres neufs" et veulent désormais se concentrer sur l'occasion.
Cette décision, annoncée lundi, illustre les difficultés des librairies dans un contexte de recul global de la lecture et de concurrence des sites de vente sur internet.
Employant 500 personnes, Gibert exploite dans douze villes 16 magasins, dont cinq à Paris.
Ce réseau, qui se revendique premier libraire indépendant de France, va "solliciter la protection du tribunal des activités économiques de Paris par l'ouverture d'une procédure de redressement", qui sera examinée mardi, a-t-il indiqué dans un communiqué.
Cette procédure lui permettra de poursuivre l'activité de ses magasins avec un gel des dettes et la garantie des salaires.
Le groupe explique que son "modèle actuel est pris dans un effet ciseau entre l'explosion de ses coûts fixes (loyers, énergie) et le déclin du marché des livres neufs avec une compression des marges sur ce marché".
Pour assurer sa pérennité, Gibert entend revenir à "son ADN historique", la vente de livres d'occasion, car c'est "un marché porteur qui connaît 10% de croissance par an et offre une meilleure maîtrise de la chaîne de valeur et des marges".
Son objectif est donc de "devenir le leader français du livre d'occasion", en doublant la part de ses ventes d'ici 2029", de 30 millions d'euros en 2025 à 60 millions. Ce segment a représenté l'an passé 35% de son chiffre d'affaires annuel de 86 millions d'euros.
- Boom de l'occasion -
L'occasion est un secteur qui connaît depuis plusieurs années une croissance importante, mais l'essentiel du marché est capté par des plates-formes en ligne comme Amazon, au détriment des librairies physiques. Un débat a été lancé pour qu'il assure aussi des revenus aux auteurs et éditeurs, en prolongeant le droit d'auteur.
"Les temps sont durs", car de nombreuses librairies ont vu "leur fréquentation baisser au début de l'année", a déploré la libraire parisienne Marie-Rose Guarnieri, animatrice de la Fête de la librairie indépendante, organisée samedi dernier dans 700 librairies en France, Belgique, Suisse et Luxembourg.
"Un certain nombre d'entre elles ne savent pas si elles vont passer l'année", a-t-elle signalé à l'AFP.
Pour la direction de Gibert, "la période que nous connaissons tous est complexe, mais nous avons de vrais atouts pour réussir notre projet de transformation".
"Gibert est une marque forte au savoir-faire solide, qui a toujours su se réinventer au gré des crises qui ont traversé son histoire depuis 1886", a-t-elle assuré.
Le groupe, qui avait été séparé en deux enseignes (Gibert Joseph et Gibert Jeune) jusqu'en 2017, se présente comme "la première librairie et le premier disquaire généraliste indépendant de France avec plus de 500.000 références neuves et d'occasion", vendant aussi des vidéos et de la papeterie dans certains de ses magasins.
Depuis 2020, l'enseigne a tenté de s'adapter en développant l'e-commerce, en renégociant les loyers de ses magasins ou en fermant certains d'entre eux. Il avait ainsi provoqué un choc en 2021 en baissant le rideau de quatre de ses librairies qui animaient la place Saint-Michel, en plein cœur de Paris.
Le groupe a gardé au quartier latin, longtemps coeur de la vie intellectuelle parisienne, une grande librairie située près de l'université de la Sorbonne. Il y a aussi ouvert en 2025 un espace consacré à la romance, genre littéraire en vogue.
G.Frei--VB