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Colombie : "Assez de violence, assez de morts", exhortent les proches des 21 civils tués dans un attentat
"Assez de violence, assez de morts", se lamente Joao Valencia, 42 ans, proche d'un des 21 civils tués samedi dans un attentat à la bombe attribué à une guérilla dans le sud-ouest de la Colombie, au cours de funérailles célébrées lundi à Cajibio, proche du lieu de l'explosion.
Des centaines de personnes vêtues de blanc, agitant des drapeaux ou des carrés de papiers immaculés, se sont réunies pour porter en terre six cercueils bénis par un prêtre, a constaté l'AFP.
L'une des banderoles brandies appelle au "respect de la vie, du territoire et (au) droit à vivre en paix". "Assez d'innocents tombés dans cette guerre si absurde", clame une autre, tandis que des photos des défunts, majoritairement des mères de famille, étaient exhibées par leurs proches éplorés.
Ces victimes civiles ont été frappées par une bombe de forte intensité pendant qu'elles circulaient sur la route Panaméricaine reliant les villes de Cali et de Popayan, dans le département de Cauca.
Les autorités l'attribuent à l'EMC (Etat-major central), la principale dissidence des Forces armées révolutionnaires de Colombie (Farc), qui n'a pas adhéré à l'accord de paix de 2016 et sème la terreur en Colombie sous la direction d'Ivan Mordisco, le criminel le plus recherché de ce pays.
C'est l'attentat le plus mortel contre des civils depuis l'explosion de la voiture piégée ayant fait 36 morts qui avait ciblé en 2003 le club El Nogal, un lieu de rassemblement de la haute société de Bogota, attribuée aux Farc, aujourd'hui dissoutes.
- 31 attaques -
Quelque 56 personnes ont été blessées dans l'attentat de samedi et, depuis vendredi, 31 actions attribuées à la guérilla ont au total été enregistrées dans trois départements limitrophes, a dit à l'AFP une porte-parole des forces armées.
Cette "vague terroriste", à l'approche de l'élection présidentielle du 31 mai, est une réponse aux opérations militaires dans la zone, a assuré le ministre de la Défense Pedro Sanchez, accusant de "crimes de guerre" cette guérilla qui se finance principalement par le trafic de cocaïne.
"Le terrorisme, lorsqu'il est employé de cette manière, (...) c'est parce que la pression est si forte (...) que la seule option est d'attaquer ceux qui sont sans défense", a-t-il dit sur les radios locales.
L'offensive s'est poursuivie lundi. A Jamundi, dans le département de Valle del Cauca, des militaires ont retrouvé un camion chargé de poulets entièrement calciné, a constaté un journaliste de l'AFP. Et à l'aube, dans une zone de culture de coca du Cauca voisin, une camionnette chargée d'explosifs a sauté sans faire de victimes, selon des médias locaux.
Le Cauca est l'un des départements les plus visés par les attaques de la guérilla à l'approche du scrutin.
Elizabeth Dickinson, la directrice pour l'Amérique latine d'International Crisis Group, a estimé auprès de l'AFP qu'il s'agissaitt d'"un message adressé à l'Etat : +Nous sommes ici et c'est nous qui commandons+".
Pour Laura Bonilla, la directrice adjointe de la Fondation Paix et Réconciliation, ces attaques s'inscrivent dans une stratégie "d'insécurité et de déstabilisation" destinée à maintenir le "contrôle sur la population civile".
- "Climat de peur" -
Le président Gustavo Petro a qualifié les rebelles de "terroristes" et ordonné une intensification des opérations pour les neutraliser.
Depuis son investiture en 2022, le premier président de gauche de l'histoire de la Colombie a tenté, sans succès, de négocier la paix avec les principales organisations armées, qui se sont au contraire renforcées.
L'expansion des groupes armés "a échappé au contrôle du gouvernement", leurs effectifs ayant doublé en dix ans pour atteindre 27.000 combattants, a souligné Gerson Arias, chercheur à la Fondation Idées pour la Paix.
Depuis l'accord de paix de 2016, divers groupes criminels se disputent les revenus du trafic de drogue, de l'extraction minière illégale et de l'extorsion, un phénomène que "la paix totale (voulue par M. Petro) n'a pas réussi à endiguer", selon Mme Dickinson.
Les candidats à la présidentielle ont condamné l'attentat.
L'héritier politique de Gustavo Petro et favori des sondages, Ivan Cepeda, a mis en garde contre l'impact électoral dans une région où la gauche bénéficie d'"un large soutien", évoquant des évènements ayant pour but de "générer un climat de peur favorisant les intérêts de secteurs d'extrême droite".
Pour les deux candidats qui le talonnent dans les intentions de vote, la responsabilité incombe au camp au pouvoir.
"Il ne s'agit pas d'actes isolés mais d'une stratégie visant à déstabiliser le gouvernement de Petro", a ainsi déclaré l'avocat d'extrême droite Abelardo de la Espriella.
La sénatrice Paloma Valencia, candidate du parti de l'ex-président de droite Alvaro Uribe (2002-2010), juge quant à elle que le gouvernement a "laissé la violence prospérer".
B.Baumann--VB