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Au nord-est de l'Inde, l'exode annoncé des migrants du Bangladesh
Promesse prestement tenue. Trois semaines après le succès historique du parti du Premier ministre ultranationaliste hindou Narendra Modi dans l'Etat indien du Bengale occidental (nord-est), la campagne d'expulsion des migrants du Bangladesh voisin a déjà commencé.
Ces derniers jours, plus de 200 d'entre eux se sont massés spontanément devant le poste frontière de Hakimpur, à 80 km de la mégapole de Calcutta, dans le but de rentrer au pays en échappant aux foudres des autorités indiennes.
"On nous a dit de partir immédiatement, ou bien le gouvernement prendrait des mesures plus fermes", explique à l'AFP Hasina Bibi, 45 ans, en étreignant sa fille de 4 ans.
"Nous étions venus ici (en Inde) dans l'espoir de trouver un emploi", poursuit la mère de famille, inquiète, "mais nous voulons désormais rentrer au Bangladesh, même si nous ignorons tout de ce qui nous y attend".
Début mai, le Bharatiya Janata Party (Parti nationaliste indien, BJP) de M. Modi, au pouvoir à New Delhi depuis 2014, a été proclamé vainqueur des élections au Parlement du Bengale occidental en se faisant fort "d'identifier, interpeller et expulser" les migrants clandestins.
Peuplé de 100 millions d'habitants, dont 30% de confession musulmane, l'Etat était dirigé depuis 2011 par Mamata Banerjee, une féroce adversaire du Premier ministre.
Sitôt investie, la nouvelle majorité du BJP a ordonné l'ouverture de centres de détention à l'intention des migrants en situation selon elle irrégulière, suscitant un vent de panique dans la communauté d'origine bangladaise.
- "Infiltrés du Bangladesh" -
"Je n'ai pas de papiers, je sais que je ne vais pas pouvoir rester", constate Akhtarul Sekh. Alors ce Bangladais de 29 ans, qui travaillait depuis plus de six ans en Inde comme couturier, a rallié la frontière avec sa femme et ses deux filles pour la passer en évitant la case prison.
"Les autorités ont dit qu'elles ne voulaient plus de nous, que nous étions des infiltrés du Bangladesh", abonde Shamim Mondal, 26 ans, qui a lui aussi rejoint ce début d'exode.
"Les gens se pressent depuis mardi au poste de Hakimpur parce qu'ils ont entendu dire qu'il était possible d'y repasser la frontière", confirme à l'AFP un responsable de la police locale, Subrata Saha.
Selon lui, leur sort est déjà scellé. Tous ont été regroupés dans un camp de fortune et seront remis à la police des frontières indienne (BSF) pour être formellement expulsés.
Un nouvel épisode de l'histoire agitée des migrations dans la région depuis la fin du règne britannique en 1947.
A l'indépendance, le Bengale d'alors avait été divisé en deux, sa partie occidentale à majorité hindoue placée sous l'autorité de l'Inde et sa partie orientale à majorité musulmane sous celle du Pakistan oriental, devenu le Bangladesh en 1971.
Les mouvements de population entre les deux pays n'ont jamais cessé, rythmés par leurs crises politico-diplomatiques.
- "Impuissants" -
Depuis plus d'un an, avant même la victoire électorale du BJP au Bengale occidental, des milliers de personnes, pour la plupart musulmanes et dont le séjour en Inde a été jugé illégal, ont été expulsées manu militari au Bangladesh, notamment de l'Etat voisin d'Assam.
De nombreuses ONG s'en sont émues, dénonçant un véritable "profilage ethnique".
"Mes parents ont rejoint l'Inde depuis le Bangladesh il y a plus de vingt ans", raconte aujourd'hui un de ceux qui ont rejoint Hakimpur, Abdul Sheikh, 20 ans.
"Je suis né à Calcutta mais je n'ai jamais eu les papiers prouvant ma nationalité indienne", s'inquiète le jeune homme, "et je ne sais pas comment je vais établir maintenant que je suis légalement citoyen du Bangladesh".
L'an dernier, le Bangladesh avait confirmé avoir renvoyé certains expulsés au motif qu'ils étaient citoyens indiens.
"On est impuissants", avoue Ariful Sardar, un maçon de 29 ans entré illégalement en Inde en 2023 pour y gagner de quoi payer les soins de son père, malade. "On rentre parce que le gouvernement indien nous l'a ordonné".
Quelques migrants sont parvenus à échapper aux forces de sécurité indiennes en franchissant de nuit la rivière qui sépare les deux pays, concède sous couvert d'anonymat à l'AFP un responsable des gardes-frontière.
"Elle n'est pas très difficile à traverser", dit-il, "et de plus en plus compliquée à surveiller pour nous".
P.Vogel--VB