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Affaire Grégory: la mise en examen de la grand-tante remise en question
Ce serait la cinquième invalidation de poursuites dans ce dossier chaotique: 41 ans après le meurtre de Grégory Villemin, les juges étudient mercredi à Dijon une possible annulation de la mise en examen de sa grand-tante, soupçonnée d'être un corbeau.
Le 16 octobre 1984, ce garçon de quatre ans était retrouvé noyé dans la Vologne, une rivière des Vosges. Le lendemain, les parents recevaient une lettre anonyme: "Voilà ma vengeance. Pauvre con", disait le courrier.
Ces mots, estiment les juges enquêteurs, ont été écrits par la grand-tante de Grégory, Jacqueline Jacob. Déléguée CGT, elle aurait été entendue en 1982 traiter de "chef de mes couilles" Jean-Marie Villemin, le père de Grégory à la réussite éclatante: belle maison et poste de contremaître à seulement 26 ans.
Dès le début de l'enquête, les investigations avaient pointé la haine farouche, faite de jalousies ancestrales, que se vouaient les époux Villemin et les Jacob, famille de la grand-mère de Grégory.
Bien que ces derniers n'aient cessé de démentir tout conflit, Jacqueline Jacob, dont l'époux Marcel est un frère de la grand-mère du petit garçon, avait été mise en examen en 2017 pour "enlèvement et séquestration suivie de mort".
Un an plus tard, les poursuites étaient annulées pour vice de forme.
Le 24 octobre 2025, Mme Jacob était une nouvelle fois mise en examen, cette fois, non pas pour avoir participé directement au meurtre de Grégory mais pour l'avoir fomenté, c'est-à-dire pour "association de malfaiteurs".
"La justice n'apprend pas de ses erreurs", en conclut auprès de l'AFP l'un de ses avocats, Frédéric Berna. Il demandera l'annulation de cette nouvelle mise en examen, mercredi, devant la chambre de l'instruction de la Cour d'appel de Dijon, en charge du dossier.
S'il obtient gain de cause, "ce sera la cinquième fois" que des poursuites sont annulées, calcule Me Berna en évoquant le "fiasco" de l'enquête: en 1993, la mère Christine Villemin a bénéficié d'un non-lieu, après avoir été accusée d'être, elle aussi, un corbeau ; en 2018, outre la mise en examen de Mme Jacob, étaient également annulées celles de son mari Marcel, ainsi que celle de Murielle Bolle, belle-sœur d'un suspect, Bernard Laroche, qui a lui été tué par le père de Grégory.
- Des expertises encore en cours -
Les accusateurs de Mme Jacob, 81 ans, soulignent que l'annulation de sa première mise en examen reposait sur un vice de forme et non un manque d'indices. De plus, estiment-ils, de nouveaux éléments ont, depuis, étayé les accusations.
Selon un arrêt que l'AFP a pu consulter, une expertise conduite en 2021 par un spécialiste suisse attribue à Mme Jacob non seulement la lettre du 16 octobre 1984 revendiquant le crime mais également trois autres de 1983, dont une qui menaçait les Villemin en ces termes: "Je vous ferez votre peau" (sic).
Des corbeaux, rétorque Me Berna, "plus d'une vingtaine" ont été identifiés par les nombreuses expertises contradictoires de l'enquête.
Ce n'est de toute façon pas sur le fond que l'avocat demandera l'annulation de la mise en examen, mais sur la forme: les faits sont prescrits, estime-t-il.
Les juges dijonnais ne devraient pas rendre leur décision avant plusieurs mois. De toute façon, Me Berna compte, en cas de revers, se pourvoir en cassation.
Que la défense de Mme Jacob n'attaque pas le fond, cela veut dire qu'elle "admet le sérieux des indices graves et concordants ciblant leur cliente", en conclut François Saint-Pierre, avocat des parents de Grégory.
Le conseil rappelle que des expertises des courriers anonymes sont toujours en cours. "Si elles concluent à l'implication de Mme Jacob, alors elle encourra une mise en examen pour complicité d'assassinat", estime l'avocat. "Il faut que la vérité éclate et que la justice se prononce".
R.Flueckiger--VB