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Crash du Rio-Paris: Airbus et Air France condamnés en appel pour une "catastrophe annoncée"
"L'histoire d'une catastrophe annoncée": dans un revirement judiciaire, la cour d'appel de Paris a déclaré jeudi Air France et Airbus coupables d'homicides involontaires pour la "chaîne causale" qui a abouti au crash du vol Rio-Paris en 2009, accident le plus meurtrier de l'aviation française.
Au terme de dix-sept ans d'un tortueux parcours judiciaire, la compagnie aérienne et le constructeur, qui avaient été relaxés en première instance, ont été condamnés à la peine maximale de 225.000 euros d'amende pour ce crash ayant coûté la vie à 228 personnes. Une condamnation essentiellement symbolique mais désastreuse pour leur image.
"L'analyse du tribunal (de première instance) ne prend pas en compte l'existence de la chaîne causale dans laquelle s'inscrit l'action des pilotes et qui a entraîné le décès de l'intégralité des passagers de l'AF447", a résumé la présidente Sylvie Madec en conclusion de deux heures d'explication d'un arrêt infirmant le précédent jugement.
À l'issue du procès en première instance, le tribunal correctionnel de Paris avait relaxé en 2023 sur le plan pénal Airbus et Air France tout en reconnaissant leur responsabilité civile. Il avait considéré que si des "imprudences" et "négligences" avaient été commises, "aucun lien de causalité certain" n'avait "pu être démontré" avec ce crash.
Or pour les trois magistrats de la cour d'appel de Paris, ce crash dans l'Atlantique de l'A330 d'Air France "ne peut s'envisager autrement que dans un processus dynamique" résultant d'une "accumulation" de fautes au long cours des deux sociétés, engageant donc leur responsabilité pénale. "L'accident du vol AF447 est l'histoire d'une catastrophe annoncée qui aurait pu être évitée", ont-il tancé.
Cette condamnation est un revers sévère pour les deux entreprises de l'aérien, qui avaient jusqu'ici bénéficié d'une succession de décisions favorables au cours de l'information judiciaire puis du premier procès.
Fustigeant à la sortie de l'audience, par la voix de son avocat Simone Ndiaye, une décision "qui répond à des considérations qui n'ont rien à voir avec la justice, avec le droit, avec la sécurité", Airbus a aussitôt annoncé se pourvoir en cassation. Air France n'avait pas réagi dans l'immédiat.
- "Orgueil technologique" -
Dans ce dossier sujet à de vives tensions entre les entreprises mises en cause et les proches des disparus dans l'Atlantique, "une page s'est tournée" avec cette condamnation, a salué Danièle Lamy, présidente de l'association Entraide et Solidarité AF447.
La justice "pour la première fois, condamne des multinationales aéronautiques et place la sécurité au-dessus de toute autre considération économique. Ces prestigieuses sociétés ne pourront plus se dérober derrière leur suffisance et orgueil technologique", a-t-elle déclaré à la presse.
Le 1er juin 2009, le vol AF447 reliant Rio de Janeiro à Paris s'abîme en pleine nuit dans l'Atlantique, quelques heures après son décollage, entraînant la mort de ses 216 passagers et 12 membres d'équipage. A bord de l'A330 immatriculé F-GZCP se trouvent des personnes de 33 nationalités, dont 72 Français et 58 Brésiliens.
Les boîtes noires ont confirmé le point de départ de l'accident: le givrage des sondes de vitesse Pitot alors que l'avion volait à haute altitude dans la zone météo difficile du "Pot au noir", près de l'équateur.
La cour d'appel a retenu contre Airbus plusieurs fautes liées à la sous-estimation de la gravité des défaillances des sondes anémométriques et au défaut d'information de compagnies aériennes dont les avions en étaient équipés.
Quant au transporteur Air France, la justice a retenu à charge des formations des pilotes inadaptées à ce danger et une prise en compte insuffisante d'incidents récurrents liés au phénomène de givrage des sondes.
En première instance comme en appel, Airbus et Air France se sont farouchement défendus de toute faute pénale. Le constructeur a notamment pointé les actions erratiques et mauvais choix de l'équipage dans l'urgence de l'avion en décrochage, perdant jusqu'à 3.000 mètres d'altitude par minute.
Sans exclure que des "erreurs de pilotage" ont pu être commises au cours des 4 minutes 30 secondes entre le givrage des sondes et l'impact contre l'océan, la cour d'appel a toutefois estimé que l'équipage n'était pas suffisamment armé face à cette "panne extrêmement complexe".
"Les pilotes de l'AF447 ont vraiment tout tenté pour sortir de cette situation absolument épouvantable. Ils étaient allés jusqu'au bout de leurs possibilités et rien ne peut leur être reproché", a indiqué la présidente.
La condamnation d'Airbus et Air France "ne remet pas fondamentalement en cause la qualité de (leur) expertise", a précisé la magistrate, déclarant qu'elles "restent globalement et légitimitement reconnues".
P.Staeheli--VB