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Ubisoft paye la facture de sa réorganisation avec une perte record sur son exercice 2025-2026
Une année à oublier pour Ubisoft: le géant français des jeux vidéo termine son exercice fiscal décalé 2025-2026 sur une perte nette record à 1,47 milliard d'euros, conséquence de la vaste réorganisation initiée en début d'année ayant entraîné l'annulation de sept jeux et le report de six autres.
Le détenteur des marques "Assassin's Creed" et "Rayman" avait annoncé la couleur dès janvier: sa restructuration, qui va diviser la moitié de ses studios en cinq entités distinctes et réunir les autres dans un réseau global, prend des allures de mission de la dernière chance.
Avec pour objectif de relancer le groupe dans un marché devenu très compétitif.
"Cette transformation sur deux ans implique des décisions difficiles et une performance financière de court terme décevante", a reconnu mercredi le PDG et fondateur du groupe Yves Guillemot, cité dans un communiqué.
Elle s'accompagne également d'un plan de réduction des coûts d'au moins 200 millions d'euros sur deux ans, en plus des 300 millions déjà consentis ces dernières années.
Avec des conséquences déjà concrètes: ces derniers mois, le géant français a poursuivi les fermetures de studios, comme celui d'Halifax au Canada, et réduit ses effectifs un peu partout dans le monde, notamment en Suède, en Finlande et aux États-Unis.
En France, le groupe va aussi voir partir près de 200 personnes de son siège de Saint-Mandé, près de Paris, dans le cadre d'une rupture conventionnelle collective.
-Trajectoire compliquée -
Ubisoft, qui comptait fin mars près de 16.700 collaborateurs, s'est séparé d'environ 1.200 employés en un an, et de plus de 4.000 depuis septembre 2022.
Et ce n'est peut-être pas fini. Le groupe s'attend également à un exercice 2026-2027 compliqué, qui devrait constituer "un point bas dans sa trajectoire" selon Yves Guillemot, "compte tenu d'un calendrier de sorties limité et de coûts de restructuration".
L'éditeur anticipe des "réservations nettes" ("net bookings"), indice de référence du groupe qui désigne les ventes hors revenus différés, et une marge opérationnelle en baisse sur l'année.
De quoi faire frémir les investisseurs, alors que le cours de l'action Ubisoft a été divisé par deux en un an et que le groupe a connu sa pire journée sur les marchés lors de l'annonce de sa réorganisation en janvier.
D'autant que la grogne monte dans les studios: la direction a annoncé une réduction drastique du télétravail, ce qui a mené à une grève de plusieurs centaines de salariés en février.
Pour retrouver un peu d'air, l'éditeur pourra compter sur la sortie le 9 juillet de "Assassin's Creed Black Flag Resynced", remake de l'un des épisodes les plus appréciés de sa saga phare, et de plusieurs "jeux premium" encore non annoncés cette année.
L'éditeur français n'a sorti aucun titre majeur durant cette année fiscale, exception faite du jeu de stratégie "Anno 117 : Pax Romana". Ce qui explique des "réservations nettes" en recul de 17,4% sur l'année, à 1,52 milliard d'euros.
- "Tirer parti de l'IA" -
Il s'attend toutefois à un "fort rebond" à partir de l'exercice 2027-2028 et l'arrivée de titres issues de ses principales marques, notamment Assassin's Creed et Far Cry.
Avec la série guerrière Rainbow Six, ces trois sagas sont réunies au sein de sa nouvelle filiale Vantage Studios, codétenue par le chinois Tencent.
Valorisée à plus de 4 milliards d'euros, cette entité a été créée via l'apport de 1,16 milliard d'euros d'argent frais de la part du géant chinois, dans le cadre d'une transaction validée en novembre.
Pour se relancer, le groupe affirme également vouloir "tirer parti de l'IA pour améliorer l'expérience joueur et renforcer la créativité et l'efficacité des équipes".
Il a dévoilé fin 2025 son projet "Teammates", des IA génératives accompagnant les joueurs pendant leurs parties.
Les difficultés d'Ubisoft s'inscrivent dans un contexte de crise plus large pour l'industrie française du jeu vidéo, qui a vu ces derniers mois plusieurs studios mettre la clé sous la porte et des dizaines de salariés perdre leur emploi dans le cadre de la mise en redressement judiciaire de l'éditeur Nacon.
P.Staeheli--VB