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Affaire Jonathan: un Allemand jugé pour meurtre vingt-deux ans après les faits
Vingt-deux ans après la disparition et le meurtre de Jonathan Coulom, 10 ans, lors d'une classe de mer en Loire-Atlantique, le procès de Martin Ney, un Allemand de 55 ans, s'ouvre mardi à Nantes devant la cour d'assises.
L'accusé, jugé jusqu'au 5 juin pour l'enlèvement et le meurtre du petit garçon, disparu en avril 2004 à Saint-Brévin-les-Pins et retrouvé mort un mois plus tard, a toujours nié les faits.
Né à Brême, l'homme a été condamné en 2012 en Allemagne à la prison à perpétuité pour les meurtres de trois garçons de 13, 8 et 9 ans entre 1992 et 2001, qu'il a avoués, et pour neuf agressions sexuelles commises après s'être introduit dans des centres hébergeant des enfants.
7 avril 2004, 8H25, Saint-Brévin-les-Pins: les gendarmes sont avertis de la disparition pendant la nuit d'un petit garçon qui séjournait avec sa classe dans un centre de vacances. Son lit était vide au réveil de ses camarades de chambre.
Jonathan, originaire du Cher, a les cheveux châtains coupés courts, les yeux bleus, mesure 1m40, et porte vraisemblablement un pyjama gris à manches longues.
Dès les premières semaines de recherches, les autorités allemandes signalent aux enquêteurs français que les circonstances de la disparition de Jonathan rappellent celles de plusieurs enlèvements et meurtres d'enfants, attribués à un inconnu surnommé l'"homme en noir", en allemand "Schwarzer Mann".
Le corps de Jonathan, lesté d'un parpaing, est retrouvé le 19 mai 2004 dans un étang des environs de Guérande, à une trentaine de kilomètres du lieu de sa disparition. Une cordelette entrave son cou, ses pieds et ses mains.
- Hypothèses -
Les investigations se concentrent d'abord sur l'hypothèse d'un suspect local, qui aurait pu séquestrer l'enfant et aurait connu l'existence de l'étang, invisible depuis les routes alentour.
Des dizaines d'individus font l'objet de prélèvements génétiques, les enquêtes de voisinage se multiplient.
Mais à partir de 2008, de nouveaux rapports d'expertise estiment que Jonathan a pu être tué peu après son enlèvement et son corps immergé rapidement.
De l'autre côté de la frontière, Martin Ney est arrêté en 2011 et reconnaît lors de sa garde à vue les meurtres de trois garçons. Interrogé sur l'enlèvement de Jonathan, il nie les faits et conteste s'être trouvé en France à ce moment.
Selon l'enquête, Martin Ney a posté dès 2004, avant la découverte du corps de Jonathan, un message sur un forum en ligne attribuant le meurtre du petit garçon à "l'homme en noir". Martin Ney admettra par la suite la paternité de ce surnom.
- 13 jours d'audience -
L'enquête connaît un nouveau tournant en 2017, quand un ancien co-détenu de Martin Ney affirme avoir recueilli ses confidences. Celui-ci lui aurait avoué avoir tué un enfant en France, s'étonnant de ne pas avoir été identifié par un homme croisé au moment des faits.
Ces déclarations font écho au témoignage d'un agriculteur qui avait affirmé des années plus tôt avoir croisé un soir d'avril 2004 un individu conduisant une berline immatriculée en Allemagne.
Sous le coup d'un mandat d'arrêt européen, Martin Ney est transféré en 2021 en France, où il est mis examen.
Au fil des 13 jours d'audience, 20 témoins et experts, français et allemands, seront entendus par la cour d'assises.
Pour la famille de Jonathan, ce procès représente la possible fin d'un "très long parcours judiciaire", a déclaré à l'AFP Me Caty Richard, avocate de la grand-mère du petit garçon, partie civile au procès.
"Ce que l'on pourrait espérer, mais sans trop y croire, c'est qu'enfin (l'accusé) prenne ses responsabilités et donne des explications", a-t-elle ajouté.
Sollicitée par l'AFP, l'avocate de Martin Ney n'a pas souhaité s'exprimer. Il sera accompagné d'un traducteur tout au long du procès.
P.Vogel--VB