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Procès libyen: Sarkozy contredit Guéant, tout en le ménageant
Nicolas Sarkozy a contredit mercredi Claude Guéant, dont des écrits ont fragilisé sa défense, mais s'est gardé de toute nouvelle mise en cause de la probité de son ancien bras droit, qui avait déclenché leur rupture au procès en appel sur les accusations de financement libyen de sa campagne de 2007.
Pour ouvrir ce qui sera son cinquième jour à la barre, M. Sarkozy prend quelques notes en écoutant le président Olivier Géron lire les deux dépositions écrites, datées des 11 et 26 avril, rédigées par son ancien secrétaire général à l'Elysée, empêché par sa santé d'assister aux débats.
À ce procès, dont la décision est prévue en novembre, Nicolas Sarkozy, 71 ans, joue gros: sa place dans l'histoire, son honneur d'ancien président et sa liberté de citoyen, lui qui a déjà passé 20 jours derrière les barreaux.
Condamné en première instance à cinq ans de prison ferme pour association de malfaiteurs, il avait été reconnu coupable d'avoir sciemment laissé Claude Guéant et son ami Brice Hortefeux discuter d'un financement de sa campagne par la Libye du dictateur Mouammar Kadhafi, en échange de contreparties, un "pacte de corruption" qui aurait été noué en 2005 mais que les trois hommes nient.
Parmi ces contreparties, Kadhafi aurait notamment demandé que soit levé le mandat d'arrêt international visant son beau-frère Abdallah Senoussi, N.2 du régime, après sa condamnation à la perpétuité pour l'attentat contre le DC-10 d'UTA en 1989 (170 morts).
Certes, dans ses écrits à la cour, Claude Guéant, 81 ans, réfute toujours qu'une action ait été entreprise pour régler la situation judiciaire de Senoussi. Mais il livre aussi le récit inédit d'un dîner, le 25 juillet 2007 à Tripoli, où Nicolas Sarkozy, fraîchement élu à la présidence, s'était rendu au lendemain de la libération des infirmières bulgares dans laquelle il avait joué un rôle déterminant.
A la fin du repas, Nicolas Sarkozy l'aurait fait venir pour que Kadhafi lui répète "la préoccupation qu'il venait de lui exprimer concernant Senoussi". "Claude, voyez cela", aurait alors intimé Nicolas Sarkozy. Claude Guéant explique qu'il allait obtempérer et se renseigner de nouveau, tout en affirmant avoir été conscient qu'il était impossible de donner satisfaction aux Libyens.
Selon Nicolas Sarkozy, même si elle avait existé, une telle scène n'aurait finalement que peu d'importance. Mais surtout, dit-il sans ambiguïté, elle n'a jamais eu lieu: "La seule fois où M. Kadhafi m'a parlé" de Senoussi, "c'est en 2005", lors d'une visite qu'il effectuait en tant que ministre de l'Intérieur. Il a déjà dit avoir opposé une fin de non-recevoir à cette requête.
Un démenti à Claude Guéant donc, mais de la retenue à la barre aussi: cette fois, pas de mise en doute de la probité de celui qui fut un rouage essentiel de son pouvoir. "Je ne dis pas que M. Guéant ment", "sa mémoire a évolué", poursuit-il.
- "A se taper la tête contre les murs" -
Cela peut d'ailleurs arriver à tout le monde puisque lui-même concède "une erreur": il se trompait quand il affirmait n'avoir pas été informé de quatre déplacements en Libye de Claude Guéant entre 2008 et 2010.
"Ces voyages ont existé", étaient officiels, la presse en a fait état, dit-il désormais. Mais leur importance était relative à une époque où la Libye était retombée "en bas de la pile des relations internationales françaises". Ils lui étaient donc sortis de l'esprit.
Le président l'interroge aussi sur ce coffre de Claude Guéant dans une banque proche de l'Opéra. Etait-ce pour y stocker du liquide provenant des fonds du ministère de l'Intérieur? "Je n'y crois pas, je ne peux pas l'imaginer et je ne le pense pas", répond Nicolas Sarkozy. Et "Claude Guéant a le droit à la présomption d'innocence."
Surtout, poursuit-il, au-delà des fissures dans leur front de défense, les deux hommes restent alignés sur l'essentiel: il n'y a pas eu d'argent libyen dans la campagne et "jamais, ni lui, ni moi, nous n'avons voulu faire quelque chose pour Senoussi".
L'ancien chef de l'Etat rappelle avoir publiquement pris position durant sa campagne présidentielle contre ce pouvoir présidentiel de grâce. Et, le sujet Senoussi n'a pas été abordé lors de la visite de Kadhafi en décembre 2007 à Paris, déroule-t-il sans être déstabilisé.
Claude Guéant, qui avait expliqué avoir laissé traîner jusqu'en 2009 le sujet Senoussi et avoir maintenu les Libyens dans le doute pour ne pas fragiliser des relations renaissantes, a-t-il rendu compte de ses démarches, même s'il les savait vouées à l'échec? Mais "rendre de compte de quoi?", s'agace Nicolas Sarkozy. "Rien n'a été fait, c'est à se taper la tête contre les murs!".
Nicolas Sarkozy doit désormais être interrogé par les parties et le parquet général.
H.Weber--VB