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Procès libyen: Guéant riposte par procuration et déstabilise Sarkozy
Le coup le plus dur est donc venu de son ancien bras droit: empêché par sa santé d'assister au procès libyen en appel, c'est par la voix de son avocat que Claude Guéant a déstabilisé mardi Nicolas Sarkozy, qui avait mis en cause sa probité à l'audience.
Pour le dernier jour de son interrogatoire, le contraste avec les audiences précédentes ne saurait être plus cruel pour l'ex-chef de l'État, condamné à cinq ans de prison pour association de malfaiteurs en première instance.
Les choses ont tourné vinaigre cinq minutes après l'ouverture de l'audience mardi: Me Philippe Bouchez El Ghozi, avocat de Claude Guéant, se lève et entame deux heures tendues de riposte à l'ancien président, qui s'était dit "surpris" par ce que le dossier lui aurait révélé sur le compte de M. Guéant.
"Si, comme c'est vraisemblable, il est sous-entendu que l'intérêt personnel serait un intérêt financier, je tiens à affirmer que je n'ai jamais de ma vie reçu ni sollicité d'argent de quiconque. Le sous-entendre est grave", y écrit l'ancien préfet de 81 ans.
Outre sa rencontre secrète avec le beau-frère du dictateur Mouammar Kadhafi, Abdallah Senoussi, Claude Guéant est accusé d'avoir accepté une montre de luxe puis 500.000 euros de l'intermédiaire Alexandre Djouhri.
"Pourquoi raisonnez-vous par hypothèse pour Claude Guéant" en laissant entendre qu'il aurait pu bénéficier d'argent libyen? demande Me Bouchez El Ghozi, calme mais implacable: "un raisonnement par hypothèse serait admissible pour Claude Guéant mais pas pour vous ?". L'absence de preuve d'un financement libyen de sa campagne est un argument central de Nicolas Sarkozy.
Comme la semaine dernière, l'ex-président vante le travail "remarquable" de son ancien secrétaire général à l'Elysée. Mais il répète sa gêne sur "des éléments apparus dans le dossier qui ne pouvaient pas relever de son travail".
- "Claude, voyez cela" -
Il y a toutefois quelque chose que Me Bouchez El Ghozi peine à comprendre: comment celui que Nicolas Sarkozy qualifiait d'"honnête homme" en première instance ne le serait subitement plus un an plus tard?
"Le pouvoir présente une telle pression que certains peuvent, à un moment ou un autre, disjoncter", suppute le prévenu. Puis, un peu plus loin, glacial: "Peut-être qu'il m'a fallu un temps de digestion. Parfois j'ai trouvé que certaines choses étaient un peu indigestes. Indigeste, c'est le mot. Et encore je suis très calme".
L'avocat ne relâche pas l'étreinte. Nicolas Sarkozy, inhabituellement nerveux, s'agace. "Pardon, mais vous n'êtes pas mon avocat", dit-il. "Non. Je suis celui de Claude Guéant", riposte Me Bouchez El Ghozi avant de susurrer: "Des esprits chagrins pourraient considérer que ces déclarations pourraient constituer une nouvelle stratégie de défense facilitée par l'absence médicalement imposée de Claude Guéant...".
"J'ai dit ce que j'avais à dire, pas par stratégie, par conviction", rétorque Nicolas Sarkozy. Même si, lâche-t-il, sa condamnation a pu jouer dans son cheminement: "l'association de malfaiteurs, là, c'est trop pour moi".
C'est ce délit qui lui avait valu d'être condamné en septembre: lui était reproché d'avoir laissé M. Guéant et un autre proche, Brice Hortefeux, négocier fin 2005 un financement de sa campagne présidentielle avec Abdallah Senoussi qui aurait, en échange, été notamment en quête d'une amnistie ou d'une grâce après sa condamnation à perpétuité pour avoir commandité l'attentat du DC-10 d'UTA (170 morts).
Dans son attestation, Claude Guéant soutient que Kadhafi a évoqué le sort judiciaire de son beau-frère lors d'un dîner officier à Tripoli en juillet 2007, avec Nicolas Sarkozy, fraîchement élu président. "Claude, voyez cela", lui aurait alors demandé le chef de l'Etat.
Un épisode catégoriquement démenti par Nicolas Sarkozy, qui cingle: "Je suis heureux pour Claude Guéant qu'il ait retrouvé cette mémoire-là et qu'il soit suffisamment en forme pour se souvenir de ce qu'il s'est passé il y a 19 ans."
À la barre, Nicolas Sarkozy dit comprendre "qu'il y ait pu avoir beaucoup de tristesse, de regrets, d'aigreur" chez Claude Guéant.
"Mais quand je suis rentré à la (prison de) la Santé, vous croyez que j'avais des sentiments grandioses à l'endroit de mes amis qui avaient rencontré Senoussi ?", grince-t-il.
H.Weber--VB