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Scandale des écoutes illégales en Grèce: huit ans de prison pour les quatre accusés
Près de quatre ans après l'affaire des écoutes téléphoniques illégales en Grèce, la justice a condamné jeudi quatre personnes parmi lesquelles un ancien militaire israélien à huit ans de prison ferme dans ce retentissant scandale qui a éclaboussé le gouvernement conservateur.
Deux Israéliens et deux Grecs, tous absents au moment de l'énoncé du verdict, ont été reconnus coupables notamment de "violation du secret des communications téléphoniques" par la cour pénale d'Athènes.
Leurs avocats ont immédiatement annoncé leur intention de faire appel et le juge unique de cette cour a précisé qu'ils resteraient libres en attendant le procès en appel.
Ils ont également été reconnus coupables "d’intervention dans un système d'archivage de données à caractère personnel (...) de manière répétée" ainsi que "d'accès illégal à un système d'information ou à des données", selon le juge.
- logiciels espions -
Parmi les accusés figure Tal Dilian, un ancien militaire israélien, fondateur d'Intellexa, une entreprise spécialisée dans la fourniture de logiciels espions et qui a commercialisé en Grèce le logiciel Predator.
Sa compagne ainsi que deux anciens responsables grecs de cette société sont les trois autres condamnés.
Plus de 90 responsables politiques, dont des ministres du gouvernement de Kyriakos Mitsotakis, des journalistes, des entrepreneurs et de hauts gradés de l'armée ont été la cible du logiciel Predator.
"C'est une bonne journée pour la démocratie et l'Etat de droit en Grèce", s'est félicité Thanassis Koukakis, un journaliste d'investigation à l'origine des révélations en 2022 et lui-même victime d'espionnage.
"Il s’agit d’une lourde défaite pour l’État parallèle organisé par le système du palais Maximos (le siège du Premier ministre, ndlr) et par le Premier ministre Kyriakos Mitsotakis", a jugé Nikos Androulakis, chef de l'opposition socialiste Pasok-Kinal, victime d'une tentative d'infection de son téléphone portable lorsqu'il était député européen.
Le tribunal va par ailleurs transférer le dossier au parquet de première instance d'Athènes pour enquêter sur des faits d'espionnage.
"Des membres du gouvernement, de l'EYP, des chefs des forces armées, des ministres et d'autres personnes ont été victimes mais n'ont pas été convoqués pour être interrogés sur la présence éventuelle de secrets d'État sur leurs téléphones portables", a justifié le juge.
En 2023, Intellexa avait été placée par les Etats-Unis sur une liste l'empêchant de réaliser toute transaction commerciale avec des personnes physiques ou morales américaines, au même titre que la société Cytrox, qui avait développé Predator.
Tal Dilian, ancien officier du renseignement des forces de défense israéliennes, avait aussi fait l'objet de sanctions à titre individuel.
Predator est un logiciel sophistiqué permettant d'infiltrer des téléphones portables et d'accéder aux messages, aux photos et même d'activer le micro et la caméra à distance.
L'affaire avait éclaté début 2022 lorsque Thanassis Koukakis avait découvert avoir été mis sur écoute par les services de renseignement (EYP) et son téléphone infecté par Predator.
L'affaire avait tourné au scandale politique lorsque, en juillet 2022, M. Androulakis avait annoncé que son téléphone portable avait fait l'objet d'une tentative d'infection par ce logiciel.
Acculé, le Premier ministre, Kyriakos Mitsotakis, avait assuré que l'Etat grec n'avait "jamais acheté ou utilisé" Predator.
Une affirmation qui n'a pas été jugée convaincante par le procureur chargé de l'affaire.
- "Watergate grec"-
"Predator n'est pas accessible aux particuliers, il n'est proposé à la vente qu'aux services de l'Etat", a-t-il fait valoir lors de son réquisitoire le 6 février.
Ce "Watergate grec", comme le surnomment les médias, avait entraîné la démission de l'un des plus proches collaborateurs du Premier ministre, qui est également son neveu, Grigoris Dimitriadis.
Le directeur des services de renseignement EYP avait également quitté ses fonctions.
Kyriakos Mitsotakis avait aussi dû affronter une motion de censure au Parlement.
La décision de la Cour suprême grecque, en juillet 2024, de disculper les services de renseignement et les responsables politiques avait provoqué la colère des victimes et des organisations de défense des droits humains.
"On peut se demander si l'affaire a réellement fait l'objet d'une enquête ou si tout a été mis en œuvre pour l'étouffer", avait dénoncé devant la Cour, l'avocat de M. Androulakis, Christos Kaklamanis.
Le leader socialiste a déposé un recours devant la Cour européenne des droits de l'homme (CEDH).
H.Gerber--VB