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En Egypte, "la fille du bus" qui a filmé son harceleur insultée et menacée en ligne
Depuis qu'elle a publié le visage de son harceleur sur les réseaux sociaux, Mariam Shawky essuie une vague de menaces de mort, reflet d'une société égyptienne où les victimes de harcèlement de rue se heurtent souvent à l'hostilité collective.
Lundi, la comédienne âgée d'une vingtaine d'années diffuse une vidéo tournée dans un bus bondé du Caire, pour dénoncer un homme qu'elle accuse de l'avoir traquée et harcelée plusieurs fois près de son lieu de travail.
"Cette fois, il est monté derrière moi dans le bus (...) et s'est permis des propos déplacés", dit sur son compte Tiktok celle que les médias ont surnommée "la fille du bus" - et qui n'a pas répondu aux sollicitations de l'AFP.
Elle espère un instant être soutenue par les passagers... "mais les gens se sont rangés de son côté".
Ses images montrent des hommes au fond du bus la toiser tandis qu'elle interpelle son harceleur. Lui, sourire en coin, la traite de "poubelle" et raille sa tenue : "c'est quoi ces vêtements que tu portes?", avant de s'approcher et d'esquisser un geste violent.
Mariam Shawky crie, mais personne n'intervient. Un passager, chapelet à la main, lui ordonne même de s'asseoir et de se taire. Un autre finit par enlacer l'homme pour le faire asseoir.
- "Le premier à te tuer" -
Les images devenues virales ont, au delà de quelques mots de soutien, surtout engendré une avalanche de commentaires vindicatifs encouragés par certaines personnalités publiques.
"Elle porte un piercing (...) c'est évident ce qu'elle cherche", lance le chanteur Hassan Shakosh.
"Je serai le premier à te tuer", promet un internaute. "Si on t'éliminait, personne ne te pleurerait", assène un autre.
La séquence ravive une question qui tourmente la société égyptienne depuis des années.
En 2010, le film de Mohamed Diab "Les femmes du bus 678", consacré au harcèlement en Egypte, avait fait le tour du monde. Dans une étude de l'ONU en 2013, 99,3 % des Egyptiennes disaient avoir enduré au moins une forme de harcèlement, plus de 80 % être régulièrement importunées dans les transports.
La même année, de vastes manifestations contre les violences sexuelles avaient secoué la capitale égyptienne. En 2014, une loi punissant le harcèlement de rue a été adoptée.
Mais depuis, les changements sont peu visibles. L'application de la loi de 2014 reste opaque - les autorités n'ont jamais donné de chiffres de condamnations.
En 2022, l'affaire de l'assassinat filmé de Nayera Achraf, une étudiante tuée par un homme dont elle avait repoussé les avances, avait révolté, et là aussi saturé les réseaux sociaux. Le coupable avait été condamné à mort et exécuté.
A l'époque, "certains exigeaient sa libération", rappelle Nadeen Ashraf, activiste égyptienne pour les droits des femmes.
- "Réputation de l'Egypte" -
Dans le cas de "la fille du bus", les autorités ont réagi - même si la société d'autobus a nié tout incident dans un communiqué rediffusé par le ministère des Transports.
Au lendemain de la publication de Mariam Shawky, "l'individu apparaissant dans les vidéos a pu être identifié et interpellé", a annoncé le ministère de l'Intérieur.
"Confronté aux faits", il "a nié avoir commis l'infraction ou avoir rencontré auparavant la victime".
Selon la presse locale, il a été relâché sous caution de 1.000 livres égyptiennes (environ 17 euros), avant d'être détenu à nouveau pour une affaire antérieure de détournement de fonds.
Son avocat a demandé une expertise psychiatrique de la jeune femme. "La réputation de l'Egypte a été salie", a accusé Me Ali Fayez sur Facebook. Ces images disent "au monde entier qu'il y a des harceleurs en Égypte, et que les hommes égyptiens encouragent le harcèlement, le défendent et se taisent".
L'affaire révèle surtout "un problème systémique et structurel" ; un délit "comme celui-ci n'est jamais pris au sérieux", note Nadeen Ashraf pour l'AFP.
Et sa "première justification est toujours liée à l'apparence des femmes".
Elle porte le voile ? "On dira que ses vêtements sont trop serrés". Elle n'en porte pas ? "On parlera de ses cheveux". Et "même si elle est en niqab", on critiquera "son maquillage" aux yeux, énumère-t-elle. "Il y aura toujours quelque chose".
M.Schneider--VB