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Au procès en appel du RN, les mauvais comptes du trésorier de Saint-Just
Trésorier du Front national de 2009 à 2021, Wallerand de Saint-Just s'est péniblement défendu mercredi devant la cour d'appel de Paris, niant avoir chapeauté un système de détournement de fonds du Parlement européen pour alléger les charges du parti d'extrême droite.
À la barre, l'avocat retraité de 75 ans, costume sombre et cravate rouge, se présente comme prenant ses fonctions de trésorier bénévole en 2009 en étant animé du seul souci, par un méticuleux jeu d'économies et de recettes, de maintenir financièrement à flot le FN, laminé dans les urnes en 2007.
C'est dans ce contexte, explique-t-il, qu'il dresse un tableau où se trouvent réparties entre les catégories "Europe", "Siège" et "Equipe Marine", des salariés théoriquement rattachés au Parlement européen.
"Je fais ce tableau car je vois notamment au Paquebot (le siège d'alors du parti à Saint-Cloud, dans les Hauts-de-Seine, NDLR) un certain nombre de personnes qui ne sont pas salariées du RN, je fais ce tableau pour savoir ce qu'ils font, où se trouve leur bureau et par qui ils sont payés", se justifie-t-il.
"C'est curieux cette mention +payés autrement+", tique la présidente Michèle Agi.
En première instance, le tribunal correctionnel de Paris a estimé que Wallerand de Saint-Just était parfaitement informé des "transferts de charges" entre le FN et le Parlement européen, qu'il a "incité" et dont il a "assuré le suivi". Il l'a condamné en conséquence à trois ans de prison, dont deux avec sursis.
Il est reproché à Marine Le Pen, au Rassemblement national (alors appelé Front national) et à dix autres cadres le paiement entre 2004 et 2016 de salariés du parti, qui traversait alors des difficultés financières en raison de mauvais résultats électoraux, avec de l'argent du Parlement européen.
Sur les 25 condamnés en première instance l'année dernière, seule la moitié a fait appel.
- "Marine sait tout cela" -
Après un début d'interrogatoire ronronnant, la difficulté monte d'un cran pour Wallerand de Saint-Just lorsque la cour commence à aborder les cas individuels. Bien vite, il se trouve acculé sur le contrat de Charles Hourcade.
Employé par le FN, ce graphiste a subitement basculé pendant six mois sur un contrat d'assistant parlementaire, de septembre 2014 à février 2015, avant de redevenir officiellement graphiste salarié du parti.
Condamné à six mois avec sursis en première instance pour ces faits, l'intéressé n'a pas fait appel.
"Je ne peux pas imaginer que (l'eurodéputée) Marie-Christine Boutonnet ne va pas lui donner du travail. Pour moi, c'est inimaginable. Quand je lui parle, pour moi, son travail va changer", assure à la barre, embarrassé, M. de Saint-Just.
"Ce n'est pas la même chose que de travailler comme assistant parlementaire que comme graphiste", lui objecte la présidente.
Son inconfort empire quand est abordé un courriel que lui adresse en juin 2014 l'eurodéputé Jean-Luc Schaffhauser au sujet de l'embauche d'assistants parlementaires, un élément accablant de l'accusation au cours de l'instruction et du premier procès.
Dans ce message, M. Schaffhauser s'inquiète auprès du trésorier: "Ce que Marine nous demande équivaut qu'on signe pour des emplois fictifs". "Je crois bien que Marine sait tout cela", lui répond M. de Saint-Just.
"Ça me paraît tellement en dehors de la réalité que je me borne à l'envoyer sur les roses", jure Wallerand de Saint-Just, affirmant mordicus aux juges ne pas "imaginer un instant que (Marine Le Pen) puisse commettre une infraction".
Cette journée marque la fin de la séquence des interrogatoires des prévenus dans ce procès à hauts enjeux politiques, dans lequel Marine Le Pen joue sa candidature à la présidentielle de 2027.
À la reprise lundi après-midi, la cour examinera la personnalité des prévenus avant d'entendre mardi les très attendues réquisitions du parquet général.
F.Stadler--VB