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Tanzanie: après trois jours de violences, la présidente proclamée vainqueur
La cheffe de l'Etat sortante Samia Suluhu Hassan a été proclamée samedi vainqueur de la présidentielle en Tanzanie avec près de 98% des voix, après trois jours de violences électorales ayant fait des centaines de morts selon l'opposition, qui qualifie le scrutin de "parodie de démocratie".
Le pays d'Afrique de l'Est a sombré dans la violence mercredi, jour d'élections présidentielle et législatives qui se sont déroulées sans opposition, les deux principaux adversaires de la cheffe de l'État ayant été soit emprisonné, soit disqualifié.
Mme Hassan a remporté plus de 97,66% des voix, soit 31,9 millions de voix sur 32,7 millions recensées, selon la commission électorale, avec un taux de participation estimé à près de 87%, contrastant avec la faible affluence aux bureaux de vote constatée par l'AFP et d'autres observateurs.
"C'est impossible", a estimé auprès de l'AFP un porte-parole du principal parti d'opposition, Chadema, John Kitoka. "Personne ne s'est rendu aux urnes pour voter, c'est tout simplement ridicule."
Chadema a été exclu des élections et avait appelé au boycott du scrutin. Son chef Tundu Lissu, arrêté en avril, est jugé pour trahison, une accusation passible de la peine capitale.
Qualifiant la victoire écrasante de Mme Hassan de "parodie de démocratie", M. Kitoka a indiqué que les observateurs du parti ont signalé qu'"au moins 800 personnes" avaient été tuées par les forces de l'ordre lors des manifestations contre le pouvoir cette semaine.
- "Régime totalitaire" -
"Nous faisons l'expérience d'un régime totalitaire", a affirmé à l'AFP le père Charles Kitima, secrétaire de la conférence de évêques catholiques à Dar es Salaam, faisant également état d'un "très faible nombre de votants".
"Pour la première fois de l'histoire de notre pays, nous assistons à des tueries de masse de personnes qui protestent", a poursuivi l’ecclésiastique, lui-même agressé et gravement blessé en avril après s'être exprimé publiquement contre le pouvoir.
L'Union africaine, dans un communiqué, a félicité la présidente pour son succès mais a dit "regretter profondément les vies perdues".
Dans un autre communiqué, le ministre des Affaires étrangères tanzanien Mahmoud Thabit Kombo a toutefois souligné "l'intégrité" d'une élection conduite dans "une transparence extrême et en adhérence avec les principes démocratiques".
Le jour du scrutin, l'AFP a entendu des tirs nourris alors que des centaines de personnes protestaient, incendiant notamment un commissariat. La contestation s'est étendue et s'est poursuivie jusqu'à vendredi dans ce pays de 68 millions d'habitants.
Samia Suluhu Hassan a été promue à la tête de la Tanzanie à la mort de son prédécesseur John Magufuli en 2021. Saluée dans un premier temps pour avoir assoupli les restrictions instaurées par son prédécesseur, elle a été accusée ensuite de mener une répression sévère contre ses détracteurs, notamment en amont du scrutin.
Alors qu'elle ne s'était jusqu'ici pas encore exprimée sur les violences, la présidente sortante a déclaré samedi que son gouvernement "condamne fermement" les manifestations. "Ces actes n'ont rien de patriotique", a-t-elle ajouté lors d'une cérémonie retransmise à la télévision d'Etat.
- "Centaines de morts" -
Vendredi M. Kitoka avait estimé auprès de l'AFP que les violences électorales ont fait "environ 700 morts", à partir d'informations récoltées par des membres qui font le tour des hôpitaux du pays.
Un bilan qualifié de "plutôt crédible" par une source diplomatique, qui avait fait état de "centaines de morts". Une source sécuritaire interrogée par l'AFP a reçu des informations similaires mais la vérification des informations reste difficile car une coupure d'internet est toujours en vigueur samedi.
Ces bilans ont été démentis par les autorités.
"Il n'y a eu aucun usage excessif de la force", a réagi vendredi le ministre tanzanien des Affaires étrangères Mahmoud Thabit Kombo sur la chaîne Al-Jazeera, faisant état de "poches de violence" dans le pays. "Je n'ai pas vu ces 700 morts".
Le secrétaire général de l'ONU Antonio Guterres a réclamé vendredi dans un communiqué une "enquête minutieuse et impartiale sur les accusations d'utilisation excessive de la force".
Les violences suscitent d'importantes perturbations. Le port de Dar es Salaam, l'un des plus importants du continent, était fermé vendredi, selon des informations du site de suivi Vessel Finder et de la société néerlandaise de transport maritime Steinweg.
Des magasins manquent de nourriture, les stations-service ont cessé de fonctionner. Un résident a indiqué que les prix de la viande et du poisson ont doublé, voire triplé, et les transports publics sont à l’arrêt.
"Je dors à la mosquée depuis mercredi, quand les violences ont éclaté", a raconté à l’AFP Mohamed Rajab, 52 ans, habitant de Dar es Salaam. "Il n’y a pas de transports. Je ne sais pas quand je rentrerai chez moi."
R.Buehler--VB